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Une crise sanitaire qui dure: quels impacts sur les parents et les enfants ?

mis à jour le 06/04/2021

Quelles conséquences la crise sanitaire a et aura sur les parents et les enfants ? Nul ne le sait précisément. En effet, les répercussions de la situation que nous vivons depuis plus d’un an dépendent de plusieurs facteurs : réalités sociales des familles, histoire et dispositions psychologiques de chacun et de chacune, moment de la pandémie… Aucune généralité ne peut être faite. Cette période aura des effets mais il est trop tôt pour savoir lesquels.


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Claire Vicente-Brion

Cet article est réalisé avec Claire Vicente-Brion, psychologue clinicienne en centre de PMI et en crèche, au Département du Val-de-Marne.

Photo: D.R

Découvrez le sommaire de cet article: 

Une situation inédite

Une crise vécue différemment selon les personnes

Et le masque dans tout ça : quelles conséquences ?

Comment aider les parents dans cette période ?

Confinement et maltraitance

 

Une situation inédite


© Pixabay

Le premier confinement a marqué un arrêt brutal et immédiat de la quasi-totalité de toute activité habituelle : travailler, aller à l’école, passer du temps avec sa famille élargie, sortir avec ses amis et amies, faire les boutiques, aller au cinéma, pratiquer des activités sportives, voyager, se faire la bise… Adultes et enfants ont soudainement été privés de leur liberté de mouvements.

Alors qu’en mars 2020 le monde découvrait le confinement en étant soumis à des restrictions inédites, aujourd’hui, les contraintes imposées durent et se renforcent à nouveau avec le « confinement » annoncé le 11 mars et, depuis le 6 avril, la fermeture des écoles et des crèches. Malgré le déploiement de la vaccination, les perspectives futures sont incertaines. La situation est toujours très anxiogène.

L’accumulation des difficultés rencontrées depuis 2019 (avec les grèves des transports en commun en région parisienne) contribue à la saturation des esprits
Habituellement, les adultes vivent en se projetant à moyen et long termes. Or, aujourd’hui, ce n’est plus possible et le fait qu’il n’existe pas de date de fin à la situation actuelle amplifie l’anxiété.

 

Une crise vécue différemment selon les personnes


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Alors que certaines familles paraissent apprécier le fait de se retrouver et l’apaisement que peuvent procurer les sollicitations moins importantes qu’habituellement, pour d’autres, le repli sur la cellule familiale est plus compliqué. 

Une forme de phobie sociale peut parfois également s’installer : peur constante de l’autre, peur de s’infecter en sortant de chez soi…

Chaque personne réagit comme elle le peut, en fonction de sa situation : état de la famille avec laquelle on vit cette crise, ressources du foyer, histoire et ressources psychiques de chacun et de chacune sont à prendre en compte. Le fait que la Covid ait touché ou non son entourage a également un impact.

Dans tous les cas, pour toutes et tous, la vie a changé. Un exemple concret de ce changement : la modification des rituels. Naissance, décès, anniversaires, évènements familiaux… Tout est bouleversé. Nous sommes soumis à une absence de collectif auquel nous ne sommes pas habitués.

 

Et le masque dans tout ça : quelles conséquences ?


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Le masque est une contrainte. Mais, une fois encore, tout le monde ne le vit pas de la même manière. À ce jour, il n’existe pas d’étude de santé publique sur les conséquences du port du masque par les enfants.

Cependant, force est de constater qu’avec un masque, on entend moins bien et on parle plus fort. 

Le port du masque peut aussi entraîner de la fatigue, notamment chez les enfants. Cela peut se concrétiser par une excitation plus grande en fin de journée.

Des retards de langage sont également constatés, mais ils existaient avant la crise. Le port du masque des adultes, et notamment du personnel enseignant, et des enfants dès le CP a sûrement des effets mais ce n’est pas la seule explication. La place croissante des écrans dans la vie quotidienne des enfants, l’état psychique des familles, et tout simplement le fait de parler ou non à ses enfants y contribue vraisemblablement aussi.


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Prenez le temps de questionner vos enfants sur la situation actuelle, sur le fait de devoir porter le masque ou d’être entouré de personnes masquées ; cela vous permettra de mieux comprendre comment ils vivent la situation. 

Peut-être que les plus jeunes vous diront qu’ils ne se souviennent pas qu’avant on ne portait pas de masque dans la rue ou dans les magasins.

« N’hésitez pas à parler de la situation à vos enfants même s’ils sont jeunes, conseille Claire Vicente-Brion.  Vous pouvez leur expliquer qu’avant c’était comme à la maison : que personne ne portait de masque, même à l’extérieur, et que, lorsqu’il n’y aura plus de problème de maladie ça sera à nouveau comme ça. Vous pouvez aussi leur dire que vous espérez que ça reviendra bientôt comme avant et que l’on peut échanger ensemble sur ce qui est difficile ou inquiétant ».

 

Comment aider les parents dans cette période ?

Se déculpabiliser

Baisse de moral, déprime, impression que ça ne va jamais s’arrêter…

« Je conseille aux parents de prendre conscience de ce qui est compliqué pour eux et de se déculpabiliser. Chacun réagit comme il peut, on n’est pas toujours de bonne humeur, on a le droit d’avoir des baisses de moral. Il est important d’en parler avec ses enfants et de leur dire qu’ils n’y sont pour rien » explique Claire Vicente-Brion.

Les enfants ne doivent pas avoir l’impression qu’ils sont responsables de notre état d’énervement ou de préoccupation. On ne peut pas toujours parler de manière posée à son enfant mais il a besoin que des mots soient mis sur ce qu’il ressent.

Surtout, ne leur dites pas que tout va bien si ce n’est pas le cas car ils le sentiront. On peut dire aux plus jeunes que l’on est préoccupé par des « choses de grandes personnes » mais que ce n’est pas de leur faute.

« Les médias ne favorisent pas la prise de recul. Lors du premier confinement ils étaient par exemple très indicatifs sur la manière d’occuper les enfants, de concilier travail, école des enfants, moments de détente pour chacun et chacune. Il faut se détacher de ces injonctions et se faire confiance », conseille la psychologue.

 

Prêter attention à ses enfants

Comme pour les adultes, certains enfants vivent plus facilement que d’autres cette période.

Plus précisément, les enfants vivent la situation selon la manière dont les adultes qui les entourent la vivent. D’où l’importance d’échanger.

« Le dialogue entre parents et enfants est primordial. Expliquer par exemple que l’on est moins disponible pour telle ou telle raison permet d’apaiser les plus jeunes. Demander à son enfant comment il va est tout aussi important », considère la psychologue.

Prenez le temps d’observer vos enfants. La vie n’est pas un long fleuve tranquille, il est normal qu’un enfant fasse par exemple la tête de temps en temps. Mais, si son comportement change de manière durable, ça peut être un signe d’alerte.

 

Leur expliquer pourquoi leurs repères ont changé

Dans le contexte actuel, le collectif est limité au strict minimum. Les enfants peuvent en souffrir.

Les familles n’ont plus la possibilité de rentrer dans les écoles maternelles pour accompagner leurs enfants jusqu’à leur classe. Les échanges avec l’équipe enseignante ou l’équipe périscolaire sont aussi très limités même si de très bonnes idées telles que des blogs ont émergé. L’école et la famille sont en quelque sorte devenues deux cercles bien distincts pour les enfants, sans beaucoup de liens.

Une autre conséquence induite c’est la diminution des échanges entre parents. Ils se croisent moins, que ce soit à la sortie de l’école, au sein des crèches ou en salle d’attente des centres de PMI ou chez les médecins. Cela ne favorise pas la création de liens, qu’ils soient « formels » (lors des réunions de parents à l’école par exemple) ou « informels ».

Expliquer à ses enfants que cette situation est temporaire, le temps que la maladie disparaisse les rassurera.

 

Ne pas garder ses doutes et inquiétudes pour soi


©Mathieu Genon

En tant que parents ne gardez pas vos inquiétudes pour vous. Les équipes des centres de PMI départementaux sont à votre disposition pour échanger lors des consultations avec les puéricultrices, médecins ou psychologues, lors des pesées ou encore lors d’accueils individualisés. Les parents peuvent à tout moment pousser la porte des centres, avec ou sans rendez-vous, pour demander un conseil ou discuter.

Vous pouvez également vous tourner vers les écoles auprès de l’équipe enseignante et des psychologues scolaires. 

Il existe aussi des lieux d’accueils parents-enfants ( 0-4 ans): Maisons pour tous à Champigny-sur-Marne, la maison des familles et de la parentalité à Saint-Maur, les lieux d'accueil enfants-parents (LAEP) dans 18 villes du Val-de-Marne dont Bonneuil-sur-Marne et Le Perreux-sur-Marne… 

D’autres existent sur Paris et accueillent sur le week-end : La Maison Verte, le 104, l’IRAEC

Et enfin, les réseaux d’écoute téléphoniques peuvent aussi vous conseiller de manière anonyme

Enfance et Covid est joignable gratuitement au 0805 827 827 du lundi au vendredi de 13h à 15h et par mail (contact@enfance-et-covid.org).

Allo parents en crise dispose d’un service téléphonique gratuit au 0805 382 300. Ce numéro est joignable 6 jours sur 7, de 10h à 13h et de 14h à 20h.

Souvent, le simple fait de discuter peut rassurer et aider à aller mieux.

 

Continuer de vivre autant que possible !

Au Parc départemental des Lilas
©Alex Bonnemaison

Certaines personnes peuvent avoir peur de s’infecter en sortant de chez soi. Pourtant, les enfants ont besoin de bouger, courir, sauter ! Profitez des parcs départementaux qui restent ouverts pour vous aérer.

Pour les enfants qui ne sont ni accueillis en crèche ou chez une assistante maternelle, ni scolarisés, il est fondamental d’avoir des moments ouverts sur le « monde extérieur » pour pallier l’absence de socialisation. Rien que de voir d’autres personnes, même sans leur parler, est bénéfique autant pour les parents que pour les enfants.

Jeux de société
©Eric Legrand

Vous pouvez aussi essayez de passer un peu de temps en famille autour d’une activité qui vous plait (jeux de société, jardinage, bricolage…) ou regarder ensemble un dessin animé ou un film adapté à l’âge de vos enfants. Ne vous mettez surtout pas la pression et faites des choses que vous avez envie de faire.

Passer du temps en famille ne doit pas être ressenti comme une contrainte. 

Il n’y a aucun modèle parfait à suivre, le plus important est de vous faire confiance, confiance dans la capacité à apporter un environnement serein à vos enfants malgré la situation.

 

Confinement et maltraitance

La diminution des liens avec l’extérieur peut, dans certains cas, avoir une triste conséquence : l’augmentation des faits de maltraitance.

Que la maltraitance soit directe sur l’enfant ou que celui-ci soit témoin de violences intrafamiliales, les répercussions sur les enfants sont immenses. 
Si un enfant vous semble être en danger au sein de sa famille, n’hésitez pas à contacter le 119, numéro national, gratuit et joignable 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.

Les éléments communiqués par téléphone sont étudiés par des équipes professionnelles et formées.

Si des inquiétudes apparaissent, l’information est transmise au Département compétent qui évalue la situation, et en cas de danger grave met tout en œuvre, en lien avec la justice, pour protéger l’enfant. S’inquiéter n’est jamais une erreur, mieux vaut appeler que rester avec ses doutes.

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