Conseil départemental

Le rapport des 1000 jours ou comment favoriser le développement de l’enfant

Connaissez-vous la notion des "1000 jours" de l’enfant ? Reprise dans un rapport national éponyme, cette période concerne une étape cruciale de la vie comprise entre le 4ème mois de grossesse et les deux ans de l’enfant. Pourquoi un tel rapport ? Quel lien avec le Département ? Tour d’horizon.


© Djamila Calin
Cet article a été préparé avec des spécialistes de la petite enfance du Département du Val-de-Marne.

La commission des "1000 premiers jours" : l’enfant au cœur des attentions

Un rapport pluridisciplinaire


Le soutien à la parentalité, l’une des missions des centres de PMI © Aumercier Michel

En septembre 2019, était lancée la commission nationale des "1000 premiers jours", présidée par le neuropsychiatre Boris Cyrulnik. 

L’objectif ? S’intéresser au parcours de santé global de l’enfant depuis le 4ème de grossesse jusqu’aux 2 ans de l’enfant et favoriser le soutien à la parentalité dans une perspective à long terme. Il est en effet reconnu que beaucoup de choses se jouent dans l’enfance entrainant des répercussions une fois adulte. 

Pour la première fois, 18 spécialistes travaillant aux côtés des parents et des jeunes enfants se sont réunis pour produire le rapport des 1000 jours : gynécologue-obstétricienne, sage-femme, médecins, neuropsychiatre, pédopsychiatres, psychologues, psychothérapeute, éducatrice de jeunes enfants.

L’originalité de la démarche est d’avoir des regards croisés d’expertes et experts sur une période où se construisent les citoyennes et citoyens de demain. C’est inédit et très positif, explique Marie Kennedy, vice-présidente en charge de la petite enfance et de la protection maternelle et infantile. 

Un focus sur l’enfant et son environnement


À la crèche départementale Louis Blanc d’Alfortville faisant partie du "Plan 500 places" © Djamila Calin

La vie in utero et les premières années de vie du bébé sont particulières a bien des égards. L’enfant évolue de manière phénoménale : il grandit (jusqu’à la taille de son cerveau qui est multipliée par 5 !), il interagit, puis il va parler et devenir plus autonome… Dans cette période, l’environnement dans lequel l’enfant évolue joue un rôle primordial. Un environnement sain aura des répercussions positives sur la santé tout au long de la vie. L’environnement familial est également capital. Un enfant ayant grandi dans un univers sécurisé sera deux à cinq fois moins fréquemment hospitalisé au cours de sa vie qu’un enfant ayant connu des périodes d’insécurité prolongées*. 


Au centre de PMI de Saint-Mandé © Mathieu Génon

Alors que plus de la moitié des parents* considèrent qu’il est difficile d’être parent, le soutien à la parentalité est fondamental. Il permet notamment de limiter les risques d’isolement et de faire face à certaines images faussées, véhiculées par la société. La période périnatale peut être une période compliquée et plus difficile que celle imaginée et rêvée. L’accompagnement des futurs parents et des parents par des professionnelles et professionnels a donc toute son importance.

 

Quels dispositifs concrets sont contenus dans le rapport ?

Deux mesures ont déjà été prises

L’allongement du congé de paternité et de l’accueil de l’enfant fait partie des mesures contenues dans le rapport des 1000 jours.

À partir du 1er juillet, il sera ainsi de 25 jours calendaires ou 32 jours calendaires en cas de naissances multiples.


Lors d’une consultation en centre de PMI © Michael Lumbroso

L'entretien prénatal précoce, temps d’échange et d'écoute ayant lieu à partir du 4ème mois de grossesse, est également devenu obligatoire depuis le 1er mai 2020.

Cet entretien peut avoir lieu avec :

  • un ou une sage-femme exerçant en libéral, en PMI (protection maternelle et infantile) ou en maternité,
  • ou un ou une médecin généraliste,
  • ou un une gynécologue.

 

Les sages-femmes travaillant dans les centres de PMI du département mènent depuis plusieurs années ces entretiens 

Les acteurs et actrices de la petite enfance en attente d’un cadre juridique clair


Lors d’un accueil individualisé avec une éducatrice de jeunes enfants, en centre de PMI départemental © Mathieu Génon

D’autres préconisations sont faites parmi lesquelles :

  • L’importance de l’accueil collectif au sein des crèches pour favoriser la socialisation de l’enfant.
  • La création de "Maisons des 1000 jours" comme "carrefours de rencontres et lieux ressource". 
  • La création d’un référent parcours pour accompagner les parents depuis la grossesse jusqu’au post-partum.

Cependant, aucuns moyens financiers, humains ni logistiques ne sont précisés. 

À la lecture du rapport on comprend bien que le Département a un rôle à jouer mais il faudrait un plan d’actions national plus concret pour savoir dans quelle mesure nous pouvons nous engager. Nous l’attendons depuis près d’un an, expose Marie Kennedy. 

Les Départements font en effet partie des intervenants incontournables de la petite enfance au regard des missions que lui a confié l’Etat.


Le Département est en charge de l’agrément, de la formation et du suivi des assistantes et assistants maternels © Djamila Calin

À travers leurs services de protection maternelle et infantile ils agissent en faveur de la santé de la mère et de l’enfant, proposent un suivi médico-social aux femmes enceintes et aux enfants de moins de 6 ans et assurent des actions de prévention et de soutien à la parentalité. Les Départements ont également en charge l’agrément, la formation et le suivi des assistantes et assistants maternels. À travers l’aide sociale à l’enfance, ils ont la responsabilité des jeunes qui connaissent des situations de risques ou de danger. Enfin, ils agréent les établissement d’accueil du jeune enfant, les EAJE (crèches, micro-crèches, haltes garderies, jardins d’enfants et les établissements réalisant du multi-accueil).

Par ailleurs, de par les compétences en matière d’actions sociales que l’Etat leur a confié, les Départements sont légitimes pour contribuer à lutter contre les inégalités sociales et la pauvreté pour permettre à chaque enfant de bénéficier de la même attention et des mêmes chances. 


Construction de la crèche départementale René Rousseau, à Champigny, faisant partie du "Plan 500 places" – août 2020 © Djamila Calin

En plus de ces missions obligatoires, le Département du Val-de-Marne a la particularité de gérer en direct 77 crèches départementales, et bientôt 78, et d’être engagé dans un plan visant à créer 500 places supplémentaires au sein de ses établissements. Depuis toujours, la priorité est d’y proposer un accueil centré sur les besoins de l’enfant et pas seulement un "mode de garde". L’intérêt de l’accueil collectif étant cité dans le rapport des 1000 jours, le Département a un rôle à jouer et attend que les mesures à mettre en place soient précisées. Les conditions d’épanouissement de l’enfant au sein de ses établissements resteront sa priorité.


À l’école départementale des puéricultrices © Mathieu Génon

Alors que le rôle incontournable des professionnelles et professionnels y est également souligné et que les métiers de la petite enfance sont en tension dans toute la France, le Département reste par ailleurs attaché à la gestion directe de deux écoles (l’une pour former des puériculteurs et puéricultrices et l’autre pour former des auxiliaires de puériculture) et d’un centre de formation continue à destination du personnel du secteur médico-psycho-social. Pour accompagner chaque enfant avec ses particularités et ses propres besoins, il semble en effet important que les équipes qui travaillent aux côtés des enfants disposent d’une formation diplômante.

Le rapport des 1000 jours fait ainsi écho à bon nombre d’actions en faveur de la petite enfance déjà mises en place dans le département ou en cours de réflexion. Un plan d’actions national dans lequel seraient précisés les moyens et le budget alloués est indispensable pour développer de nouveaux dispositifs de manière pérennes.

* Source Le rapport des 1000 jours.

A lire aussi