Aménagement, gestion et biodiversité : cas de l’île de Pissevinaigre

mis à jour le 20/01/2015

La dynamique naturelle des îles, principalement liée à celle de la Marne, est désormais durablement modifiée. Afin de tenter de pallier à cette situation et aux conséquences de certains aménagements passés, les orientations actuelles de gestion impliquent des interventions régulières.

L'objectif est de favoriser une plus grande diversité des milieux naturels, d'accroïtre la richesse des espèces de faune et de flore et de permettre une meilleure résilience.


Saulaie sur l’île de Pissevinaigre – © M. GENON

Dans cette optique, un cycle de gestion forestière est entamé sur l’île de Pissevinaigre depuis 2012. Il se déroule une fois par an et tient compte de plusieurs impératifs :

  • la faible superficie des îles : elle implique de réaliser de petites coupes et de répartir les interventions sur plusieurs années,
  • les périodes de reproduction de la faune : il s’agit de ne pas intervenir de mars à août, afin d’éviter par exemple les destructions de nids,
  • le maintien des berges par les systèmes racinaires, en conservant le rideau d’arbres des berges,
  • le maintien d’un volume de bois mort sur pied: il permettra le développement d'une faune qui utilise des cavités ou des décollements d’écorces (insectes, oiseaux etc.),
  • la persistance d’un rideau boisé paysager.

L’exemple de l’île de Pissevinaigre témoigne des conséquences d’un aménagement sur la biodiversité. L’île fait l’objet depuis 1982 d’une gestion spécifique qui a évolué au cours du temps. En 1990-1991, l’état de santé dégradé des peupliers, autrefois plantés dans une perspective économique, a conduit à les remplacer par de nouvelles essences exotiques : les alignements d'arbres sur la photo de gauche ci-dessous témoignent d’une gestion axée alors sur le caractère paysager plutôt qu’écologique.


Ile de Pissevinaigre en 1994 et 2012

On note trois évolutions majeures entre ces deux photos prises avec 20 ans d’écart :

  • Peu visibles sur ces photos, les berges les plus en contact avec la Marne ont retrouvé un cortège d’essences forestières typiques des bords de rivières, comme l’Aulne glutineux ou le Saule blanc, qui se sont installées et développées spontanément.
  • La majeure partie des anciennes plantations évolue très peu, ne comporte qu’un nombre limité d’essences locales, et surtout n’est plus concernée par la régénération du sous-bois par exemple.
  • Enfin, les aménagements réalisés en 2009 ont permis de recréer des milieux humides qui n’existaient plus et/ou qui ne pouvaient plus se développer ou de manière marginale compte tenu de la faible dynamique actuelle. Cet aménagement a concerné un reprofilage complet d’une partie de l’île.


Reprofilage sur l'île de Pissevinaigre après travaux en 2009 - © CG94/DEVP

Zone reprofilée sur l'île de Pissevinaigre en juillet 2011 - © CG94/DEVP

Le centre des îles est généralement peu en contact avec la Marne, car surélevé. De plus, les périodes d’immersion correspondent à des périodes de crues, le plus souvent hivernales, qui ne coïncident pas avec le développement d’une végétation associée, notamment d’une ripisylve. C’est pourquoi l’aménagement s'est donné pour objectif de modifier la forme de l’île, en abaissant sa hauteur afin de recréer des zones de contact avec l'eau et les conditions d’une immersion plus fréquente et plus longue sur les bordures. En parallèle, un chenal a été creusé afin de recréer un faciès de zone humide, devenue très rare dans ce contexte urbain.

Les berges ainsi reprofilées, ou "retouchées", permettent le développement de vasières et de formations d’hélophytes, c’est-à-dire de plantes qui se développent de préférence les pieds dans l’eau ou un substrat humide et la tête au soleil, comme certains joncs, carex ou le Roseau commun.