Conseil départemental

Les îles, témoins des usages passés

mis à jour le 25/09/2014

Associées à l’imaginaire des guinguettes, dépositaires de la culture des Bords de Marne, les îles sont les témoins d’une rivière vivante, récréative et touristique. Aujourd’hui, elles font partie de l’identité du territoire.

Les îles, anciennement composantes de l’économie locale

Les îles sur la Seine et la Marne étaient pleinement intégrées à l’économie locale, depuis l’époque gallo-romaine jusqu’au XIXème siècle :

  • le gué ou passage de la rivière :

Les îles sont des endroits privilégiés pour traverser la rivière, et mettre en place un pont ou un gué entre deux rives. Les passeurs, qui exercent aujourd’hui encore à Choisy-le-Roi et à Nogent-sur-Marne, grâce à l’association Au Fil de l’Eau, utilisaient des bacs pour permettre le passage d’une rive à l’autre. Pour en savoir plus sur les passeurs d'Au Fil de l'Eau

  • les moulins :


Exemple de moulin-pendant sur l'île de Charentonneau à Maisons-Alfort (Arch. nat. NIII seine 212)

Une quinzaine de moulins se trouvaient sur la Marne, dont certains existent encore, tels le Moulin de la Chaussée et le Moulin des Corbeaux à Saint-Maurice. D’autres se trouvaient sur la Seine, par exemple à Charenton. Ces moulins permettaient de produire du blé. Il s’agissait de « moulins-pendants » : une structure fixe reposant sur une armature de pieux fichés dans le lit de la rivière. Les placer sur une île formant un bras de rivière permettait de ne pas gêner la navigation. 

  • la pêche :

Les îles offrent aux poissons des habitats diversifiés : des berges pour se reproduire (frayères) et des fonds souvent moins profonds, au courant plus faible que dans le lit principal de la rivière, ce qui favorise le développement de la faune piscicole. Par conséquent, ce sont des zones de pêche privilégiées pour tous les amateurs.

Le nom des îles des Gords, sur la Marne, témoigne encore des pratiques de pêche à plus grande échelle, qui étaient coutumières par le passé. Le terme « gords » fait en effet référence à de grands filets retenus par des pieux qui piégeaient les poissons entre la rive d’une île et la berge de la rivière.

Souvent propriétés de communautés religieuses ou de particuliers, les îles étaient louées pour divers usages (pêche, pâturage…). Certains contrats comportaient une clause selon laquelle le locataire devait garantir la pérennité de l’île en stabilisant ses berges via des plantations de saules, qui fournissaient également du bois pour la vente (chauffage, tuteurs…).

La Seine et la Marne, de l’île de la Cité, à Paris, jusqu’à Villeneuve-Saint-Georges pour la Seine, et de la confluence à Saint-Maur-des-Fossés, pour la Marne, relevaient du domaine royal (« l’eau du roi ») ; le pouvoir royal concédait donc le droit de pêche sur ces zones.

 

Les îles, lieu de loisirs et de tourisme à partir du XIXème siècle

A partir de 1840, avec le développement industriel, les gués et les bacs disparaissent au profit des voies ferrées et d’aménagements permettant une navigation fluviale plus soutenue (quais, écluses…). La Seine est « corsetée », de façon à faciliter le trafic fluvial, et à empêcher son débordement dans la plaine de Créteil. Ces nouvelles infrastructures entraînent la disparition des îles.

Sur la Marne, lieu de baignade jusqu’en 1970, les îles s’inscrivent très vite dans le développement du tourisme : les guinguettes et bals musette des bords de Marne accueillent les Parisiens le week-end. La guinguette du Martin-Pêcheur, sur l’île du même nom, en perpétue encore aujourd’hui la tradition.

Pour découvrir et redécouvrir les îles et leur histoire, des audioguides sont disponibles dans les offices de tourisme. Ils remémorent notamment l’histoire de l‘île Fanac à Joinville-le-Pont, qui abritait à cette époque de nombreux loisirs : guinguette, location de bateaux, clubs nautiques… et décrivent les îles naturelles de la Réserve Naturelle Départementale, à Champigny-sur-Marne.


Société d'encouragement du sport nautique sur l’île des Loups

Les îles, encore et toujours terres de légendes…

Quelle que soit l’époque, les îles suscitent le mystère et provoquent l’imagination. En faisant un tour en bateau avec les bateliers d’Au Fil de l’Eau, vous en apprendrez de belles sur les îles, ne serait-ce qu’à travers leur nom : les pêcheurs d’antan de l’île des Gords, le vin des guinguettes sur l’île de Pissevinaigre, les roucoulades au creux de l’île d’Amour… L’Ile des Loups s’appellerait ainsi, selon une légende, à cause des loups chassés par les soldats lors de la guerre de 1870, qui se seraient réfugiés sur l’île.  Où est le vrai, où est le faux ?

Aujourd’hui encore, contes et légendes gravitent autour des îles : en 2007, la Ville de Champigny-sur-Marne a ainsi offert un conte de noël sur les sortilèges de la sorcière de Pissevinaigre. L’été dernier, un jeune garçon aurait ainsi été transformé en ragondin par la maudite sorcière !

 

Source : Etude D’une rive à l’autre – Histoire de la Seine dans le Val-de-Marne, par Karine Berthier (Service départemental d'Archéologie, CG94, 2009)