Effets de l’activité physique sur l’organisme et la santé : quelques bonnes raisons d’en faire !

mis à jour le 16/06/2014

La relation entre la pratique d’activités physiques et la santé est acceptée voire visée comme un objectif par le plus grand nombre. Cependant, les effets attendus ne sont pas forcément réalistes. On constate également que trop souvent,  les effets réels et les phénomènes sous-jacents sont mal connus.  Quels effets sur la santé peut-on attendre de la pratique d’activités physiques et à quelles conditions ? Autant d’arguments qui peuvent être utilisés par des entraîneurs pour justifier leurs propositions ou convaincre les sceptiques.

Par Rachid Ziane

La relation entre la pratique d’activités physiques et la santé est acceptée voire visée comme un objectif par le plus grand nombre. Cependant, les effets attendus ne sont pas forcément réalistes. On constate également que trop souvent,  les effets réels et les phénomènes sous-jacents sont mal connus.  Quels effets sur la santé peut-on attendre de la pratique d’activités physiques et à quelles conditions ? Autant d’arguments qui peuvent être utilisés par des entraîneurs pour justifier leurs propositions ou convaincre les sceptiques.

Effets sur le mental

L’activité physique a globalement un effet stimulant, antidépresseur et épanouissant. Il semblerait que ces phénomènes soient renforcés par la confrontation régulière à des situations et des environnements variés.

Qu’il s’agisse de durée, d’intensité ou de complexité de la tâche et/ou des situations, la progressivité reste  une caractéristique à donner à la nouveauté.

On sait également que l’exposition à la lumière naturelle joue un rôle favorable contre la dépression. Ceci incite à s’exercer dehors ou à se rendre à pied sur le lieu de la pratique. Quoiqu’il en soit on recommande de  s’exposer au moins une demi-heure par jour à la lumière du soleil.

Effets sur l’appareil locomoteur

Contrairement à une idée reçue, fondée sur une analogie avec les machines mécaniques, l’organisme ne s’use que si on ne s’en sert pas… ou trop (arthrose, lésions diverses). L’activité physique permet de stimuler ses fonctions et la restauration des tissus (cartilagineux, osseux, nerveux). Elle permet l’entretien de l’appareil locomoteur :

- passif, c’est-à-dire le squelette (solidification, maintien de la masse osseuse, lutte contre la décalcification…),

- actif, c’est-à-dire les muscles (volume, force, endurance, souplesse, antagonistes…).

Il n’est pas nécessaire de s’entraîner longtemps et avec une intensité élevée pour cela. Mais c’est la fréquence des stimulations générées par l’activité physique quotidienne qui induit ces effets.

Activités physiques, arthroses et lombalgie

L’activité physique est-elle recommandée dans le cas de maladie articulaires ?

Par l’activité physique régulière et « pour certaines maladies telles que l'arthrose, la douleur peut être réduite » Kujala (2009). Ceci concernerait les personnes souffrant de gonarthrose, de coxarthrose, de polyarthrite rhumatoïde, d’arthrite juvénile idiopathique, de spondylarthrite ankylosante… les activités aérobies et les exercices de renforcement musculaire des membres inférieurs permettraient une diminution de la douleur et une amélioration de la fonction globale.

Par ailleurs, pour les personnes lombalgiques, le renforcement musculaire lombo-abdominal assorti d’exercices de proprioception, permettent une diminution des douleurs et du temps d’arrêt de travail.

Effets de l’activité physique sur le système hormonal

L’activité physique stimule la libération de certaines hormones et régule la production d’autres. Quelques exemples sont présentés ci-dessous de façon non-exhaustive :

- Les hormones de la glande thyroïde, "thermostat" et régulatrice du métabolisme énergétique, sont stimulées par :

  • l’exposition à des variations de températures (chaleurs d’été, sorties hivernales, activités aquatiques…),
  • l’activité physique consommatrice d’énergie et libératrice de chaleur.

L’activité physique en particulier en extérieur est alors un entraînement de la fonction de thermorégulation. Autrement dit et de ce point de vue, plus on se protège en évitant de s’exposer à l’environnement, plus on se fragilise. Il ne s’agit pas non plus de se mettre en danger en s’exposant à des températures extrêmes et sans précaution !

- L’hormone arginine vasopressine (antidiurétique) et son antagoniste l’aldostérone sont sécrétées respectivement par l’hypothalamus et les glandes corticosurrénales. Leur production est stimulée par l’exposition à la chaleur, les variations d’hydratation de l’organisme (apport d’eau et sudation).

- Hormones sexuelles et libido : si l’entraînement intense est "consommateur" de certaines hormones au détriment de la libido, à l’inverse, l’activité physique modérée serait plutôt stimulante voire régulatrice.

- L’hormone de croissance continue d’être produite après l’arrêt de la croissance. Elle participe ainsi à la restauration des tissus. L’activité physique stimule sa production au bénéfice entre autre de la masse musculaire et de la densité osseuse.

- Grand consommateur de sucre et par son effet hypoglycémiant, l’activité physique réduit les besoins en insuline. Ceci est intéressant en particulier chez les personnes diabétiques insulinodépendantes.

- L’activité physique agit comme un régulateur de l’appétit, dépendant des hormones ghréline et de ses antagonistes la leptine et l’obestatine.

- L’activité physique stimule la production de l’hormone du stress (adrénaline) et celle de l’humeur (sérotonine) et permet de réguler le sommeil.


En régulant la production de certaines hormones et même en en "consommant" une partie, l’activité physique participe à l’équilibre hormonal. Elle participe à la régulation de nombreuses activités physiologiques avec des effets psychologiques.

Effets de l’activité physique sur l’appareil digestif et le système excrétoire

L’activité physique est consommatrice des nutriments provenant de la digestion, dont les lipides. Les lipides utilisés comme "carburant" ne viennent pas s’ajouter aux réserves de graisse de l’organisme, ni au dépôt de cholestérol des artères (athérome).

L’activité physique stimule l’élimination des déchets :

- elle amplifie les échanges respiratoires,

- elle stimule la sudation,

- elle régule la miction (concentration des urines),

- elle favorise  le travail intestinal post-exercice (Pilardeau,1995).

L’activité physique assure le "malaxage" des organes et favorise le drainage des tissus sollicités.

Effets de l’activité physique sur le système cardiovasculaire

La pratique régulière, fréquente et prolongée d’une activité physique entraîne des adaptations de l’appareil cardio-vasculaire.

Certaines adaptations portent sur la structure des tissus et des organes :

- Les activités à dominante aérobie (jogging, natation, vélo, randonnée, roller…) entraînent une cavitation ou augmentation de la taille des cavités du cœur.

- Les exercices impliquant un travail de force ou d’explosivité, entraîneraient plutôt une pariétalisation ou renforcement et un épaississement du muscle cardiaque.

- Les tissus sollicités par l’effort seraient mieux vascularisés.  A terme, le réseau de capillaires veineux et artériel s’y densifierait : on parle alors de capillarisation.

- L’entraînement permettrait d’entretenir voire d’améliorer l’élasticité des vaisseaux sanguins dont la rigidité peut résulter de dépôt de cholestérol (athérome) et de la consommation de tabac.

- L’activité physique préserve pour partie des effets délétères du stress sur l’appareil cardio-vasculaire et améliore sa résistance contre cet agent pathogène.

D’autres adaptations portent sur l’activité de ces organes :

- L’entraînement en endurance aérobie permettrait de réguler l’activité électrique du cœur. Ceci est intéressant pour les personnes sujettes à une arythmie cardiaque non morbide.

- L’entraînement en puissance et avec changement de rythme stimulerait aussi l’activité électrique du cœur en permettant des adaptations à ce type d’effort.

- Si l’effort physique augmente temporairement la tension (pression sanguine), l’entraînement régulier en endurance aérobie est un facteur de lutte contre l’hypertension artérielle.

Certaines de ces adaptations sont immédiates (augmentations de la fréquence cardiaque et du volume d’éjection systolique).

D’autres ne s’installent qu’à la suite d’entraînements fréquents et réguliers pratiqués pendant plusieurs mois voire années (cavitation, pariétalisation,  capillarisation, modification durable de l’activité électrique du cœur, baisse de la fréquence cardiaque de repos).

D’autres enfin sont à éviter (décrochage d’un morceau de plaque d’athérome, rupture d’anévrisme, fibrillation cardiaque…). Ceci peut survenir à la suite d’entraînements :

- peu progressifs,

- trop intenses,

- sans respect de période de récupération et de repos,

- intercalés entre des épisodes tabagiques.

Progressivité de l’effort, récupération et hygiène de vie sont ainsi un minimum à s’imposer.

 « L’activité physique a également un effet positif chez les insuffisants cardiaques, notamment en améliorant la consommation maximale d’oxygène (VO2 max), en améliorant l’endurance à l’exercice […]  » Grosclaude et Zilteiner (2010).

Effets de l’activité physique sur le système pulmonaire

L’entraînement en particulier aérobie stimule l’activité mécanique et chimique de la ventilation pulmonaire. Il améliore :

- les capacités et volumes respiratoires,

- la souplesse de la cage thoracique,

- la force des muscles inspirateurs et expirateurs.

Effets de l’activité physique sur la mortalité

La pratique d’activités physiques pourrait réduire la mortalité : « chez les patients sous traitement souffrant de maladies chroniques, l’exercice est efficace pour améliorer le pronostic […] retardant la mortalité » Kujala (2009). Alors que pour certains la maladie est un prétexte pour ne pas pratiquer d’activité physique, les médecins et les éducateurs sportifs sont incités au contraire à en préconiser.

Une étude menée pendant 35 ans sur des hommes de plus de 50 ans débutant une activité physique régulière conclue que : « Au bout de dix ans, le taux de mortalité des patients avait atteint le même taux que les sujets déjà actifs au préalable. La réduction de mortalité après dix ans était ainsi comparable à celle observée après cessation de la fumée [tabac] » (Byberg  & al., 2009).

Ces deux résultats peuvent venir en appui à un argumentaire de promotion des activités physiques pour la longévité.

Caractéristiques à donner à l’activité physique pour la santé

L’activité physique modérée prescrite à des fins de prévention voire de complément de traitement devra être :

- régulière (au moins une fois par semaine, l’idéal étant au moins une demi-heure par jour),

- raisonnée (50% de l'activité maximale de la personne dans les premiers temps),

- raisonnable (préservant des incidents ou accidents).

Par ailleurs, cela ne peut pas dispenser d’une bonne hygiène de vie : l’alimentation doit être équilibrée et adaptée à la dépense énergétique et au métabolisme propre à chacun. L’hygiène de vie en général doit être revue régulièrement (sommeil, tabagisme, alcool…).

Conclusion

Les biens de l’activité physique sur la santé ne sont plus à démontrer. « A ce jour, de nombreuses publications scientifiques ont montré les bienfaits de l’activité physique tant dans le traitement des maladies chroniques que dans leur prévention […] Aujourd’hui, la liste des bienfaits de l’activité s’est considérablement allongée : optimalisation du système musculo-squelettique, diminution du risque de cancers, amélioration du profil psychologique, diminution de l’incidence de la maladie d’Alzheimer, diminution du nombre d’hospitalisations, amélioration de l’indépendance à domicile du patient âgé. » Grosclaude et Zilteiner (2010).

Avec le "sport-santé", le terme "sport" doit être compris au sens large d’activité physique de loisir et non pas comme sport de compétition…

Si trop de sport nuit à la santé, l’absence d’activité est tout aussi dangereuse. Le problème est donc une question d’équilibre en particulier pour s’opposer à la sédentarisation qu’offre ou qu’impose (selon le point de vue) les sociétés technologiques.

Mais l’équilibre, ce n’est pas la stabilité inerte : Renforcer l’organisme, c’est renforcer ses capacités de retrouver l’équilibre dont on l’a temporairement privé. Pour cela, il s’agit de s’exposer avec progressivité à des situations qui contraignent l’organisme à s’adapter. Chaque acteur de terrain a certainement un rôle à jouer dans cette problématique de santé publique.

Références

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