Conseil départemental

La douleur de la pratique sportive

mis à jour le 14/08/2014

Faut-il les écouter ou les dépasser ?
De nombreux récits d’exploits sportifs font l’apologie de ces héros qui ont su aller au-delà de leur douleur. Avaient-ils raison ?

Par Jean Pierre PEYRAUD, Médecin CG94

Faut-il les écouter ou les dépasser ?
De nombreux récits d’exploits sportifs font l’apologie de ces héros qui ont su aller au-delà de leur douleur. Avaient-ils raison ?

Les endorphines ou les hormones du bonheur
La pratique sportive engendre un ensemble de secrétions hormonales en réponse à une augmentation des besoins de l’organisme. Parmi les principales, citons l’insuline qui fait pénétrer le glucose dans les cellules musculaires, le cortisol qui accroît la mobilisation des acides gras libres, l’adrénaline qui favorise la redistribution du débit sanguin et augmente la fourniture énergétique. Les endorphines sont des hormones de l’effort qui jouent un rôle essentiel. Ce sont des neurotransmetteurs produits par notre cerveau. Ils ont un effet euphorisant, anxiolytique et atténuent la douleur. Les endorphines ou morphines endogènes ne sont connues que depuis une trentaine d’années ; elles ont été localisées essentiellement dans la corne postérieure de la moelle, du tronc cérébral, du thalamus et du système lymbique (dans le cerveau) ; soit dans les zones neurologiques impliquées dans ce qu’on appelle la nociception (perception des signaux douloureux). Les endorphines bloquent ainsi les messages douloureux en se fixant sur les récepteurs spécifiques. Elles ont aussi un rôle dans la thermogenèse (régulation de la température du corps) et sur l’ensemble du système immunitaire. Elles pourraient intervenir aussi dans les processus de régulation émotionnelle, de réponse au stress, ainsi que dans le contrôle du comportement alimentaire.
Les endorphines sont sécrétées proportionnellement à l’intensité et à la durée de l’effort. Leur taux peut être multiplié par 5 et leurs effets perdurent plusieurs heures après l’arrêt de l’exercice. Afin d’observer les effets positifs escomptés, l’exercice doit durer au moins 20 à 30 minutes avec une fréquence cardiaque d’au moins 70% de la FC maximale.
Ces endorphines pourraient expliquer en partie certains bénéfices de la pratique sportive.

Perception de la douleur
La sensation de douleur est différente chez le sportif et chez le non sportif. C’est la capacité à se dépasser qui la modifie. L’entraînement apprend à l’athlète à repousser ses limites. Parfois il va sciemment chercher à atteindre ce seuil de sécrétion d’endorphines, qui confine parfois à une addiction et à un véritable manque lors de l’interruption de l’activité.
La douleur est pratiquement toujours présente dans la pratique sportive, elle peut tout aussi bien être le signe de simples courbatures qui accompagnent une reprise d’activité ou l’annonce d’une blessure plus grave. La douleur est un avertissement qu’il faut savoir écouter et comprendre afin de mettre au repos l’organisme et /ou de reconsidérer ses charges de travail tant du point de vue du volume que de son intensité mais aussi parfois de sa forme L’activité physique et l’excitation qui l’accompagne exercent un effet analgésique important Le seuil de perception est individuel, chaque individu doit apprendre à se connaître en fonction de son vécu de ses antécédents traumatiques, des sports qu’il a pratiqués et de son niveau d’entraînement. Il doit apprendre à quantifier sa douleur autant dans sa fréquence que dans son intensité. Il est toujours utile de mettre en relation ce qui a été fait à l’entraînement et les douleurs qui apparaissent plus ou moins rapidement, plus ou moins systématiquement, après celui-ci. Tous ces éléments seront déterminants pour le médecin si le sportif est amené à consulter.
La consultation médicale doit être une question de bon sens. Il ne s’agit pas de consulter à la moindre courbature après une période d’arrêt. Par contre, une douleur très aiguë, invalidante en dehors de toute activé sportive, récurrente ou tout simplement inquiétante doit amener à consulter.

Le risque de conduite dopante
Pour pallier à cette douleur le sportif est parfois tenté de prendre soit un anti-inflammatoire ou un antalgique avant une épreuve. C’est le meilleur moyen de soumettre son organisme a un stress supplémentaire l’inhibant de sa défense naturelle et pouvant faire le lit de la blessure. Les antalgiques comme par exemple le paracétamol et l’acide acétylsalicylique (aspirine) ainsi que les anti-inflammatoires non stéroïdiens sont en vente libre et n’ont pas besoin de l’approbation d’un professionnel de santé pour être ingérés. Ils ont, comme tout médicament, des effets secondaires. Pris en grande quantité, sur le long terme, ils peuvent avoir des incidences graves sur certains organes comme le rein, le foie, l’appareil digestif et le myocarde…
Le monde médical est actuellement très vigilant sur les anti-inflammatoires non stéroïdiens. Ils étaient hier avantageusement prescrits pour les douleurs ostéo-articulaires car d’une réelle efficacité anti-inflammatoire et antalgique et ils n’avaient pas les effets secondaires de la cortisone. Aujourd’hui, on constate que la prise de ce type de molécule sur le long terme peut entraîner des complications. Actuellement, les rhumatologues préfèrent utiliser dans des douleurs extrêmement invalidantes des antalgiques à forte dose plutôt que des anti-inflammatoires non stéroïdiens.
Les anti-inflammatoires en pommade n’ont bien évidement pas les mêmes inconvénients car ils passent en moindre quantité dans le sang. En revanche, peut se poser la question de son réel intérêt en prévention de la douleur chronique et rebelle, surtout en automédication.

La douleur ; un garde fou !
Le sport est une école de courage, de volonté et parfois de souffrance au cours de laquelle le sportif passera par des moments extrêmement pénibles comme le franchissement du fameux mur des 30 kilomètres du marathon.
La grande majorité des sportifs considère la douleur comme une traîtrise de leur propre corps alors qu’au contraire, elle est un merveilleux signal naturel, autant dans le diagnostic d’une blessure latente, que dans la phase de consolidation d’une blessure récente.
S’il est tout à fait possible de la dépasser occasionnellement pendant un effort exceptionnel, il est impératif de laisser ensuite le temps nécessaire à la réparation des différents tissus de l’organisme.
Une bonne hygiène de vie ; une alimentation équilibrée, des temps de sommeil respectés, un entraînement adapté, des massages, des étirements seront la meilleure des préventions. L’automédication par des antalgiques, pire encore par des anti-inflammatoires est à proscrire non seulement pour les effets secondaires qu’ils occasionnent mais aussi parce qu’une douleur qui apparaît ou qui perdure sous anti-inflammatoire est potentiellement révélatrice d’une blessure grave.
Si toutes les douleurs ont un sens, le sportif doit aussi pouvoir appréhender celles-ci en faisant preuve de bon sens et à ne pas hésiter à consulter.