L'asthme d'effort ou bronchoconstriction induite par l'effort (BIE)

mis à jour le 16/06/2014

L’asthme d'effort est plus fréquent chez les sportifs que dans la population générale. La différence est encore plus grande chez ceux qui pratiquent des sports d’hiver. Les autres sportifs ne sont pas épargnés, en particulier parmi ceux qui s’entraînent assidument en hiver. Comment mieux appréhender ce problème afin de gérer les crises et les prévenir ?

Par Rachid Ziane

L’asthme d'effort est plus fréquent chez les sportifs que dans la population générale (par ex. : 20% des athlètes britanniques vs 8% de la population générale). La différence est encore plus grande chez ceux qui pratiquent des sports d’hiver : 50% des skieurs de fond d’élite et presque autant de patineurs de vitesse et de hockeyeurs.

 

 

Les autres sportifs ne sont pas épargnés, en particulier parmi ceux qui s’entraînent assidument en hiver (cyclistes, coureurs de fond…).

Comment mieux appréhender ce problème afin de gérer les crises et les prévenir ?

 

 

 

 

Qu’est-ce qu’une bronchoconstriction induite par l’effort ?

C’est un syndrome aiguë d’obstruction réversible des voies respiratoires : un rétrécissement transitoire des voies aériennes qui se produit pendant ou après l’effort.

On parle alors :

-        d’asthme d’effort chez les personnes asthmatiques,

-        de bronchospasme d’effort chez les personnes qui ne sont pas asthmatiques.

Près de 90 % des asthmatiques souffrent aussi de BIE. A l’inverse, on peut être sujet à une BIE sans être atteint d’une autre forme d’asthme.

Pour expliquer ce phénomène, deux hypothèses doivent être envisagées (Fitting, 2005) :

-        L’hypothèse thermique : L’effort induit un refroidissement bronchique, suivi d’un réchauffement rapide à l’arrêt de l’effort qui entraîne une vasodilatation bronchique puis un œdème.

-        L’hypothèse osmotique : L’effort provoque une déshydratation bronchique provoquant une contraction des muscles lisses.

A gauche : Les tissus sont inflammatoires, le calibre est rétréci par la constriction des fibres musculaires et par les sécrétions. Dans ces conditions, l’air ne passe plus que difficilement.

Symptômes

Les principaux sont :

-        essoufflement,

-        respiration sifflante,

-        sensation de resserrement thoracique (oppression),

-        difficultés respiratoires (dyspnée),

-        toux,

-        baisse immédiate de la performance sportive.

D’autres symptômes peuvent coexister tels que des maux de tête (céphalées), douleurs abdominales ou musculaires…

Facteurs de risques

Trois facteurs induisent ce phénomène :

-        la fraicheur de l’air inspiré,

-        le faible degré d’hygrométrie (humidité de l’air inspiré),

-        l’intensité de la ventilation.

En hiver, l’"assèchement" des voies respiratoires causé par une forte ventilation d’exercice est à l’origine de la plupart des cas. En été, la pollution de l’air (intensité et type de polluant) est un facteur  de risque prépondérant. La pollution est aussi un facteur de risque pour les pratiques de patinage sur glace.

L’ampleur de la réaction traduit des prédispositions allergiques. En effet, lorsque la surface des voies aériennes n’est plus suffisamment humidifiée, cela stimule la libération de médiateurs de l'inflammation. Ce phénomène est accompagné par :

-        une contraction du muscle lisse des voies respiratoires (un spasme des bronches),

-        un gonflement de la muqueuse,

-        une formation de bouchon muqueux.

Tests d’hyperréactivité bronchique induite par l'effort

Plusieurs tests sont couramment employés, parmi lesquels :

  1. le test de provocation bronchique à la métacholine,
  2. le test d'hyperpnée volontaire eucapnique (soit 6 minutes d'hyperventilation dans un milieu contenant 23,1% d'oxygène, 5% de CO2 et 74% d'azote).

Ces deux tests ne doivent être administrés que sous contrôle médical.

Le second test est recommandé par la Commission Médicale du CIO. La positivité de ce test est marquée par une chute de plus de 10 % du volume expiratoire maximum seconde (VEMS) c’est-à- dire le volume de gaz rejeté pendant la première seconde d’une expiration forcée (soit 70 à 80% de la capacité vitale).

La corrélation entre les résultats à ces tests et la manifestation de symptômes à l’effort n’est pas systématique.

A l’inverse, les cas les plus évidents sont connus des sportifs eux-mêmes. Pour autant, une expérience (Dickinson & col., 2011) a montré que « 73 % des athlètes [testés positifs] n'étaient pas connus pour présenter une hyperréactivité à l'effort ».

Comme le montre cette expérience fondée sur ces tests et contrairement à ce que croient certains : on peut être asthmatique sans pour autant être sujet à une hyperréactivité bronchique induite par l'effort.

Quoiqu’il en soit, un diagnostic ne peut être posé que par un médecin, car d’autres pathologies pulmonaires ont des symptômes en commun et peuvent même coexister (bronchite, allergie aux pollens…).

Prévention et gestion de l’effort

Lorsque le cas d’asthme d’effort est connu du médecin, il faut prendre les médicaments prescrits pour diminuer l’inflammation des voies respiratoires et les dilater avant l’effort.

D’autres précautions doivent être prises :

  1. Un échauffement progressif et prolongé,
  2. Eviter les efforts aérobies fractionnés ou d’intensité croissante,
  3. S’en tenir à des efforts en aisance respiratoire,
  4. Interrompre l’effort dès les premiers symptômes et éventuellement reprendre progressivement après une bouffée de spray bronchodilatateur (Ventoline…).

Dans la mesure du possible et en particulier à l’échauffement, il faut respirer par le nez plutôt que par la bouche pour réchauffer l’air avant qu’il ne parvienne aux poumons. On peut aussi s’entraîner en salle plutôt qu’en extérieur à condition que l’air ne soit pas trop sec et surchauffé. Une solution alternative consiste à porter un foulard ou une écharpe devant le nez et la bouche.

Il ne faut jamais oublier que :

Toute détresse respiratoire est un cas d’urgence.

Ceci incite, lorsqu’il a été prescrit par un médecin, à emporter un spray bronchodilatateur d’action rapide et éventuellement appeler le 17 ou le 15 !

Conclusion

L'hyperréactivité bronchique induite par l'effort est particulièrement fréquente chez les sportifs pratiquant l’hiver mais aussi chez les nageurs (39-44% dixit Bouilliez, 2012). Les compétiteurs ne sont pas les seuls concernés. L’air froid et sec mais aussi la pollution sont les agents déclencheurs chez les personnes sensibles.

Etre sujet à l'hyperréactivité bronchique induite par l'effort n’exclue pas les bronchites et autres pathologies broncho-pulmonaires qui peuvent avoir en commun plusieurs symptômes. Aussi, cette pathologie, qui peut survenir subitement, implique de consulter un médecin pour un diagnostic différentiel et un traitement.

Dès les premiers signes, l’entraîneur devra être particulièrement vigilant pour interrompre l’activité physique du sportif atteint, afin de ne pas l’emmener vers un état d’urgence respiratoire aggravé. En amont, il aura pris soin de recenser les cas parmi les pratiquants dont il a la charge et s’assurera que ces derniers sont en possession de leur spray broncho-dilatateur. En cas de crise, si le recours à celui-ci ne suffit pas, il ne faudra pas hésiter à appeler le 15 !

Références :

Bouilliez, J.-D. (2012). Quel test pour dépister une bronchoconstriction à l'effort chez l'athlète ? Jounal international de médecine. n° du 03/01/2012.

Dickinson, J. & col. (2011). Diagnosis of exercise-induced bronchoconstriction : eucapnic voluntary hyperpnoea challenges identify previously undiagnosed elite athletes with exercise-induced bronchoconstriction. Br J Sports Med ; 45: 1126-31.

Fitting, J-W. (2008). Asthme d’effort : diagnostic et prise en charge. Service de pneumologie. CHUV de Lausanne.

Gretchen, R. (2010). Why Do So Many Winter Olympians Have Asthma ? En ligne.

Rundell, K-W. & Jenkinson, D.-M. (2002). Exercise-induced bronchospasm in the elite athlete. Sports Med ; 32: 583-600

Weiler & al., (2007). Exercise-induced asthma. American academy of allergy, asthma & immunology. Work group report. Journal of allergy and clinical immunology. 1349-1358.