Politique publique "Sport - Santé - Bien-être" et sport sur ordonnance : Playdoyer pour une pratique d’activités physiques adaptées

mis à jour le 16/06/2014

Le 10 octobre 2012, les ministres français des Sports et de la Santé, ont annoncé la mise en œuvre d’une politique publique "Sport - Santé - Bien-être". Son objet est de promouvoir les activités physiques et sportives pour tous et à tous les âges de la vie. Son objectif est double : « accroître le recours aux thérapeutiques non médicamenteuses et de développer la recommandation des activités physiques et sportives par les médecins et les autres professionnels de santé ».

Par Rachid Ziane

Le 10 octobre 2012, les ministres français des Sports et de la Santé, ont annoncé la mise en œuvre d’une politique publique "Sport - Santé - Bien-être". Son objet est de promouvoir les activités physiques et sportives pour tous et à tous les âges de la vie. Son objectif est double : « accroître le recours aux thérapeutiques non médicamenteuses et de développer la recommandation des activités physiques et sportives par les médecins et les autres professionnels de santé ».

L’idée initiale est que la pratique d’activités physiques et sportives agirait au bénéfice de la santé et permettrait de réduire la consommation de médicaments et de traitements.

-        L’activité physique peut-elle se substituer à certains traitements et médicaments ?

-        Le sport entendu au sens d’activité physique pourrait-il être remboursé par la sécurité sociale ?

Si les enjeux sont de santé publique, en amont se pose une question de définition et en aval des conditions de pratique d’activités physiques… pas forcément compétitives.

Effet sur la santé

Les activités physiques peuvent :

-        jouer un rôle préventif pour diverses maladies.

-        accompagner voire venir en complément aux traitements,

-        permettre de réduire la consommation de certains médicaments.

Ces deux derniers points impliquent un contrôle et un suivi médical.

Activités physiques et soins médicaux

Les activités physiques peuvent-elles permettre de réduire la consommation de traitements médicaux (médicaments et soins) ?

Une étude australienne (Courtney & al., 2009) a mis en évidence « … une diminution significative des demandes en soins médicaux chez des patients de plus de 65 ans participant à un programme global et quotidien d’activité physique ». Ce programme consistait en des exercices de stretching, d’équilibre et de renforcement musculaire des membres à raison de 30 à 40 minutes 3 à 4 fois par semaine, assortis de 20 min de marche.

Ce résultat à lui seul est déjà très encourageant. D’autres études montrent que la pratique régulière d’une activité physique permet de réduire la consommation de médicaments, en particulier pour des maladies chroniques et/ou inflammatoires.

Au-delà des bonnes intentions déclarées… des missions et des moyens

La politique publique "Sport - Santé - Bien-être" vise à encourager les publics dits « à besoins particuliers » (sédentaires, seniors, patients atteints de maladies chroniques…) à pratiquer une activité physique régulière. Pour cela, le projet consiste à développer des réseaux régionaux sport et santé, à créer un pôle ressource sport et santé au sein du ministère chargé des sports visant l’intégration de la pratique physique dans les projets régionaux de santé et les contrats locaux de santé…

Exemple concret

A Strasbourg, une expérimentation prévue sur une durée d’un an est menée auprès de 400 personnes avec la participation de 50 médecins. Les personnes ont été choisie en priorité car elles sont atteintes d’une maladie chronique liées à la sédentarité parmi lesquelles : l'obésité, le diabète de type 2 et les maladies cardiovasculaires stabilisées. Les activités proposées sont : le vélo, la marche à pied, la marche nordique, l’aviron, les activités aquatiques, la gym-forme, la gym-douce, le Taï Chi et le Qi Gong. Les patients seront suivis régulièrement.

« En pratique, les personnes dont le médecin aura estimé qu'elles peuvent tirer bénéfice d'une activité physique régulière modérée se rendront, munies d'une prescription, auprès d'un éducateur sportif de la ville qui les orientera vers une activité, en fonction des recommandations du médecin et d'une évaluation de la sédentarité et des habitudes en matière de pratique d'activité physique ».

Conclusion

 « Les activités physiques et sportives constituent un facteur important d'équilibre, de santé, d'épanouissement de chacun » (art.1 - L. 84610 abrogé). Après avoir ainsi imposé l’idée comme une évidence, les pouvoirs publics organisent et font la promotion d’une politique publique "Sport - Santé - Bien-être" : avec différentes avec ses axes et ses missions, cherchant à modifier les pratiques sportives et la consommation de traitements médicaux ; les premiers devant permettre de réduire les seconds.

L’idée est fondée : « La pratique régulière d’une activité physique réduit les risques de problèmes fréquents tels que la surcharge pondérale, les maladies cardiovasculaires, le diabète II, l’ostéoporose, les douleurs dorsales ainsi que le cancer du côlon et du sein. Par ailleurs, faire de l’activité physique a un effet antidépresseur et épanouissant. Les personnes physiquement actives vivent plus longtemps. L’âge venant, elles requièrent moins de soins » Martin-Diener (2009).

Si l’activité physique est reconnue pour ses effets bénéfiques sur la santé, c’est plus récemment que l’inactivité (la sédentarité) a été dénoncée pour sa dangerosité. Par exemple, « le temps passé en position assise peut être considéré comme un facteur de risque essentiel pour le développement de maladies chroniques » Grosclaude et Zilteiner (2010).

La France n’est pas le seul pays à s’être posé la question du coût médical de la sédentarité : « En Suisse aussi, l’inactivité coûte cher : les frais de traitements directs sont en effet estimés à 2,4 milliards de francs (suisses) ».

En France, l’Académie de Médecine préconise de développer la prescription médicale d'activités physiques avec prise en charge par la Sécurité Sociale et par  les mutuelles…  avec ce qui peut sembler paradoxale : une baisse des dépenses de sécurité sociale consécutive à une amélioration de la santé. 

Il s’agit de lutter contre les effets délétères de la sédentarité et non pas de sport de compétition ou non pratiqué de façon intense et le plus souvent sans suivi médical. Ainsi, ce qui est visé n’est pas la production de performances, mais de prévention du capital-santé de chacun(e).

Références :

Auteurs non-précisés. (2012). Sport sur ordonnance : l’Académie le préconise, Strasbourg l’expérimente. impact-santé.fr. En ligne.

Bilhaut, D. (2012). Le gouvernement va lancer une nouvelle politique « Sport - Santé - Bien-être ».  Le quotidien du médecin. 11-10-2012. En ligne.

Bilhaut, D. (2012). L’Académie de médecine pour un « sport santé » pris en charge par la « Sécu ». Le quotidien du médecin. 30-10-2012. En ligne.

Bilhaut, D. (2012). Le sport gratuit sur ordonnance médicale en expérimentation à Strasbourg. Le quotidien du médecin. 06-11-2012. En ligne.

Jappert, J. (2012). Oui, il faut prescrire du sport comme on prescrit un médicament. L’Express. En ligne.

Martin-Diener, E. (2009). Activité physique et santé. Document de base. Office fédéral du sport OFSPO.hepa.ch.