Renforcer pour mieux se placer : une piste dans le traitement de la lombalgie ?

mis à jour le 19/06/2014

La lombalgie est un problème récurrent chez les sportifs et dans la population plus généralement (Cherin, & de Jaeger, 2011). L’évolution des modes de vie et de travail sont vraisemblablement un facteur aggravant. Pour autant, en matière d’entraînement, il est parfois indispensable d’améliorer la force et la puissance des membres inférieurs en réalisant des squats avec charges additionnelles. Cela semble à priori incompatible chez une personne souffrant du dos. Et si cette contrainte était l’occasion d’envisager des solutions pour renforcer les dos fragiles et apprendre à se placer lors du port d’une charge ?

Par Arnaud DELAFONTAINE, BEES karaté 2ème degré, Kinésithérapeute et Ostéopathe, Docteur en STAPS (Paris Sud), D.U. Préparation physique et musculation ;
et Jérôme FRIGOUT, BEES karaté 2ème degré, Doctorant en STAPS (Paris 5 Descartes).

 

Renforcer son dos

Pour que le rachis lombaire soit anatomiquement protéger, le ratio des muscles agonistes/antagonistes du tronc doit être maintenu. En d’autres termes, quels que soient la spécificité et le niveau de pratique sportive, les abdominaux et les érecteurs du rachis doivent conserver une synergie.
Ils doivent être entrainés aussi bien par des co-contractions pour améliorer mécaniquement la poutre composite (augmentation de la résistance de l’os), que par du travail en chaîne musculaire croisée (exemple d’une chaine à droite : rhomboïde droit, dentelé antérieur droit, oblique externe droit, oblique interne gauche, Dufour & Pillu, 2005).

Les muscles de la masse sacro-lombaires peuvent être renforcés directement (extension du tronc ou des membres inférieurs) mais également par « inversion de point fixe », ce qui est souvent oublié.
L’inversion de point fixe permet de cibler l’action d’un muscle poly-articulaire dans une seule de ces composantes (transversale, sagittale, ou rotatoire). Par exemple : les faisceaux iliocostaux et costaux-transversaires du carré des lombes participent en inversion de point fixe à l’inclinaison du rachis lombaire.

Afin de permettre une meilleure transmission des forces entre le rachis et les membres, il est également indispensable de renforcer le grand dorsal, seul muscle assurant la liaison entre la ceinture pelvienne et scapulaire.

Cependant, pour que cette transmission des forces soit optimale, le renforcement musculaire seul ne suffit pas, il doit être mis au service de l’apprentissage postural lors de la réalisation d’un geste.

 

Apprentissage du placement au cours d’un exercice de demi-squat

L’angulation recherchée pour protéger le dos sur un travail de demi-squat (angle de 90° au niveau des genoux) permet plus facilement une mise sous tension du caisson abdominal et des muscles dorsaux-lombaires, comme vu à travers des exercices de gainage.

Si une activité sportive n’utilise pas fonctionnellement les secteurs angulaires du squat complet (flexion maximale de genou), il est plus judicieux de privilégier le demi-squat.
En effet, localement lorsque le genou se fléchit au-delà de 110°, l’articulation fémoro-tibial subit une contrainte de glissement d’autant plus importante que la surface de contact articulaire se réduit fortement (Mansat, 1999 ; Figure 1). Ces microtraumatismes répétés peuvent conduire à des lésions méniscales à type de fissuration ou d’anse de saut (fracture méniscale).
 


Figure 1 : écrasement méniscal lors du squat complet (issue de Dufour, 2001)

Sur la face antérieure du genou, le corps adipeux de Hoffa (Figure 2) est comprimé contre le tendon patellaire (anciennement tendon rotulien). Cette compression peut être à l’origine de tendinite ou de syndrome rotulien (douleur rétro-patellaire d’étiologie inconnue).
 


Figure 2 : anatomie du genou (issue de Dufour, 2001)

Sur la face latérale du genou, l’hyper flexion favorise le frottement récurrent de la bandelette de Maissiat (tendon terminal du Tenseur du Fascia Lata, Figure 3) sur le condyle fémoral externe. Ce frottement peut conduire à l’apparition de douleur inflammatoire (« syndrome de l’essuie-glace »).
 


Figure 3 : tendon terminal du Tenseur du Fascia Lata (issue de Dufour, 2001)

En périphérie, la limitation de la flexion a également un impact protecteur puisqu’elle limite l’augmentation des pressions intra-discales (Bouisset, 2002), notamment au niveau lombaire, source de déplacement vertébral et de hernie du disque intervertébral.  


Demi-squat : toute flexion de jambe entre 90° de flexion de genou et la position horizontale des fémurs

(Réf : Aurélien Broussal, newsletter SSPP juin 2013)

Il est donc intéressant, à la fois pour des questions de santé, de rationalisation et de gain de temps, de travailler sur des angles spécifiques plutôt que sur des squats à amplitude complète.

Le placement postural lors de la réalisation du demi-squat doit favoriser le maintien d’une co-contraction « abdominaux/spinaux lombaires ». L’axe fémoro-tibial doit être rectiligne avec contrôle du genou varum/valgum notamment chez les plus jeunes (Pauly, 2007).
La ceinture scapulaire doit servir de point fixe par le rôle stabilisateur des fixateurs d’omoplate (Rhomboïdes et Trapèze Moyen) et des rotateurs latéraux d’épaule (Infra-Epineux, Petit Rond, Deltoïde Postérieur).
 

Conclusion

Le renforcement musculaire des membres inférieurs, via la réalisation de squats plus ou moins spécifiques, ne peut être dissocié d’un gainage protecteur de la zone lombaire. Mais outre sa dimension prophylactique, ne perdons pas de vue que ce gainage sera aussi la condition d’une transmission efficace des forces entre le bas et le haut du corps, ou l’inverse.

Bibliographie

 

  • Bouisset, S. (2002). Abreges- Biomécanique et physiologie du mouvement. Masson.
  • Cherin, P., & de Jaeger, C. (2011). La lombalgie chronique : actualités, prise en charge thérapeutique. Medecine & longévité, 3(3), 137-149.
  • Dufour, M., & Pillu, M. (2005). Biomécanique fonctionnelle : Membres-Tete-Tronc. Masson.
  • Mansat, CH. (1999). Articulation du genou. Etude de la biomécanique ligamentaire. SMS (Royan), n°spécial « Biologie et sports », 18-21.
  • Pauly, O. (2007). Musculation pour l’enfant et l’adolescent : pourquoi ? quand ? comment ? Amphora