Conseil départemental

Course de vitesse entre biodiversité aquatique et variations climatiques

mis à jour le 23/03/2015

Le dérèglement climatique a un impact direct sur le cycle de l’eau, ce qui bouleverse la biodiversité qui en est dépendante. Ces effets se cumulent avec les pressions subies par le milieu naturel du fait des activités humaines. Face à ces modifications, les espèces tentent de réagir spontanément afin de survivre, cependant leur capacité de réaction n’est pas nécessairement adaptée à la vitesse de ces changements globaux.

Climat, qualité de l’eau et biodiversité


Rotengle (RND des îles de la Marne - 2012)

Les variations du climat perturbent les milieux aquatiques : augmentation de la température de l’eau, baisse du niveau et du débit des rivières sont attendus. Cela modifie les paramètres physicochimiques de la qualité des cours d’eau, dans lesquels vit et se reproduit toute une palette d’espèces diversifiées : algues, plantes, insectes, poissons, oiseaux…

En effet, la majorité des espèces aquatiques sont des organismes à sang froid, sensibles de ce fait à toute modification de la température de leur milieu. Celle-ci a en effet souvent un rôle majeur dans le fonctionnement de leur cycle de vie, pour réguler par exemple la croissance et la période de reproduction. Par ailleurs, la température peut modifier la qualité de l’eau, accroissant le pouvoir toxique de polluants, ou altérant les capacités des espèces à se défendre.

Il n’est pas toujours aisé de distinguer les effets des variations du climat de ceux liés aux activités humaines. Les cours d’eau, notamment dans le Val-de-Marne, ont été remodelés pour permettre la navigation, l’urbanisation, et sont fortement utilisés pour divers usages (alimentation en eau potable, fret fluvial, loisirs…). La biodiversité aquatique est donc déjà mise à mal par ces pressions qui ont modifié le cycle naturel de l’eau. Cependant, les deux phénomènes  - dérèglement climatique et pressions anthropiques - agissent de concert et renforcent de façon évidente la vulnérabilité des milieux et de leurs espèces, qui peinent à s’adapter à ces changements globaux.

Les poissons, indicateurs des effets du changement climatique


Chevesne (RND des îles de la Marne - 2012)

Chaque espèce vivante a des exigences particulières pour accomplir son cycle de vie. Chacune sera donc touchée différemment par les effets du climat, et n’aura pas les mêmes capacités de survie. Cela rend difficile les travaux de prospective, cependant quelques tendances peuvent être dégagées à travers l’observation des poissons, qui constituent des espèces « repères » particulièrement intéressantes pour évaluer la qualité écologique des milieux aquatiques. L’ONEMA a ainsi publié en octobre 2014 une étude sur « Les poissons d’eau douce à l’heure du changement climatique : état des lieux et pistes pour l’adaptation », qui permet de mieux comprendre les effets du changement climatique sur la biodiversité aquatique.

Selon ce rapport, face aux bouleversements subis, les espèces développent deux stratégies d’adaptation :

  • Adapter leur fonctionnement physiologique aux modifications de leur milieu, par exemple écourter ou allonger la période de reproduction. Ces changements de comportements sur plusieurs générations sont déjà visibles sur de nombreux cours d’eau en France, cependant pour permettre la survie de l’espèce, les bouleversements du milieu de vie ne doivent pas être trop rapides.
  • Migrer afin de suivre les modifications induites par le climat, par exemple remonter la rivière vers des altitudes plus importantes, si la température de l’eau devient trop élevée. Cela suppose que la circulation des espèces ne soit pas entravée (barrages, écluses), les piégeant à un endroit qui n’est plus adapté à leur survie.

Tous les modèles visant à anticiper les effets du climat sur les poissons signalent ainsi un glissement des aires de répartition des espèces, et une homogénéisation de leur diversité, suivant plusieurs mécanismes :

  • En aval du cours d’eau, les espèces de poissons seraient probablement favorisées par le réchauffement climatique, avec possibilité de coloniser des zones plus en amont ;
  • Les espèces vivant très en amont des rivières seraient les plus défavorisées, obligées de migrer en altitude vers les têtes de bassin afin de survivre. Le phénomène majeur serait donc l’extinction de certaines espèces, et la colonisation de l’amont par d’autres espèces ;
  • Dans la zone intermédiaire, un renouvellement des espèces serait probable, avec l’arrivée de nouvelles espèces, issues des communautés voisines, pour remplacer les espèces éteintes localement.

Agir pour préserver la biodiversité

Si les poissons et les oiseaux peuvent a priori se déplacer pour suivre les milieux qui sont les plus adaptés, il n’en va pas de même pour d’autres populations, notamment végétales. Le changement climatique devient le premier facteur d’extinction ou de permanence des espèces, en fonction de leur capacité à adapter leur physiologie ou leur comportement. Cela bouleverse l’ensemble des écosystèmes qui doivent revoir leur fonctionnement et leur organisation. Cela modifie aussi l’organisation des activités humaines, qui s’étaient ajustées à ces équilibres naturels.

S’adapter au changement climatique suppose donc aussi d’accompagner et de faciliter la survie des espèces vivantes aux bouleversements du climat : supprimer les obstacles à la circulation des espèces dans les rivières, par exemple, et restaurer les continuités écologiques entre les milieux naturels. Le Schéma Régional de Cohérence Ecologique, adopté fin 2013 par la Région Ile-de-France, encourage la constitution de trames vertes et bleues au niveau local, afin que les espèces puissent se déplacer d’un milieu à l’autre (forêts, rivières, mares…) et disposent de conditions satisfaisantes tout au long du cycle de vie.

Enfin, la biodiversité peut aussi être utilisée pour lutter contre les effets du changement climatique : planter des arbres dans les rues, végétaliser les toits, accentuer la place de l’eau en ville sont ainsi des moyens efficaces de lutter contre les îlots de chaleur urbain, en réduisant la température de l’air. La biodiversité est donc également un outil important d’adaptation au changement climatique.