Conseil départemental

De l'espace à contrainte à l'espace de nature

mis à jour le 11/12/2017

Depuis le 1er janvier 2017, la Loi Labbé impose une interdiction d’usage des pesticides chimiques sur une partie des espaces publics que sont la voirie (hors raison de sécurité), les espaces verts, les promenades et forêts. Pour la plupart de ces espaces la démarche de réduction voire d’arrêt de la part des collectivités est engagée depuis plusieurs années déjà. Ainsi, l’indicateur « Objectif zéro pesticide » en Île-de-France publié en mars 2016 par Natureparif (future Agence Régionale pour la Biodiversité en Île-de-France) montrait que 84 % des collectivités ayant renseigné le questionnaire étaient déjà à zéro pesticide sur les espaces verts dont elles avaient la charge. A l’inverse seule une commune sur deux avait arrêté le désherbage chimique sur la voirie et plus des 2/3 sur les cimetières.

CONCEVOIR ET AMENAGER EN AMONT, POUR UNE GESTION ECOLOGIQUE EN AVAL 

Les espaces verts, parcs, jardins et squares sont des espaces pionniers pour la mise en œuvre d’une démarche d’arrêt des pesticides par l’absence de contraintes fortes de gestion et surtout de désherbage. Ces espaces souvent fortement végétalisés, offrent plus de facilités pour mettre en place des pratiques plus écologiques. A l’inverse, la voirie, espace minéralisé par excellence, offre d’avantage de difficultés aux gestionnaires publics notamment concernant le désherbage et l’acceptation de la présence du végétal sur les trottoirs.

ACCEPTER LES MAUVAISES HERBES

Cette contrainte se retrouve dans les cimetières qui pour des raisons historiques, sont fortement minéralisés en France. Du coup, le moindre brin d’herbe est perçu comme un abandon des défunts par les familles. En termes de gestion, ces derniers se sont vus progressivement associés à des « espaces à contraintes » pour les communes à cause du sentiment affectif et symbolique qu’ils représentent. Cette faible tolérance des adventices les oblige à les entretenir régulièrement pour maintenir un état d’acceptabilité. Avec les terrains de sports, les cimetières sont souvent la dernière frontière de la gestion écologique pour les collectivités.


Lionel Allorge Naturparif

FAIRE DES CIMETIÈRES DES ESPACES VERTS À PART ENTIÈRE

Les pesticides ont longtemps été la solution la plus pratique pour le désherbage de ces espaces. Cela s’est fait en ignorant largement les impacts sur la santé des applicateurs et des usagers, sur l’environnement, particulièrement la biodiversité, mais aussi sans tenir compte des coûts cachés (externalités) induits par leur utilisation (coûts de l’achat des produits et de la dépollution des eaux contaminées). D’ailleurs, les cimetières peuvent représenter, à eux seuls, près d’1/5e de la consommation totale de pesticides des communes (source : « L’entretien des cimetières « un cas sensible » » - Conseil général de la Dordogne). Avec la montée des inquiétudes vis-à-vis des pesticides, les communes sont de plus en plus enclines à réduire voire supprimer l’utilisation des pesticides. En outre, la réglementation actuelle (arrêté du 27/06/2011 relatif à l’interdiction d’utilisation de certains produits mentionnés à l’article L. 253-1 du code rural et de la pêche maritime dans des lieux fréquentés par le grand public ou des groupes de personnes vulnérables) contraint fortement les communes dans leurs usages incitant ainsi à un arrêt définitif. Certaines se tournent vers des alternatives mécaniques et thermiques pour la gestion, mais font vite face à d’autres problématiques (consommation d’énergie, faible efficacité des machines), qui ne font que repousser les problèmes au lieu de les résoudre sur le long terme. Les gestionnaires cherchent à obtenir à l’aide de ces techniques un résultat identique à celui des produits chimiques. Malheureusement, pour cela, ces techniques demandent souvent plus de temps et des moyens supplémentaires d’un point de vue humain, matériel et financier. Les collectivités ne peuvent pas se le permettre dans un contexte financier contraint. Il faut donc avoir en tête qu’aucune alternative aux pesticides ne sera jamais autant efficace que les pesticides pour désherber, et que la solution est donc à chercher ailleurs.

En réalité, c’est dans la conception même des cimetières que se trouve la clé : faire en sorte qu’ils soient conçus dès le départ en accord avec la nature, en vue d’une gestion écologique future.

Pour se passer de ces produits, deux solutions complémentaires s’offrent aux gestionnaires : redéfinir les schémas de conception et d’aménagement des cimetières en amont et mettre en place une gestion écologique et différenciée en aval. Il faut parler aujourd’hui de cimetière naturel, plus proche d’un espace vert. Il s’agit d’un lieu qui permet de concilier gestion écologique et deuil des familles. Ce concept se retrouve beaucoup dans les pays anglo-saxons ou en Europe de l’Est où la présence du végétal est beaucoup mieux acceptée au point de le laisser couvrir les tombes et les allées. Dans ces espaces, la nature a autant sa place que la sépulture.

Un compromis doit être trouvé pour faire cohabiter ces enjeux environnementaux et les désirs légitimes des familles, qui évoluent par ailleurs au fil des années, vers une demande de plus en plus forte de reconnexion avec la nature. En effet, une telle conception permet de lever bon nombre d’obstacles liés au passage à une gestion écologique (temps de travail, intolérance à la végétation spontanée,…). Construire et aménager les cimetières dès le départ avec le végétal facilite les pratiques de gestion écologique et l’acceptation par les usagers par la suite.


Cimetière des Gonards à Versailles/Jonathan FLANDIN

Ces espaces deviennent des espaces verts à part entière, au-delà de leur rôle premier, ils sont pour les habitants des lieux de promenade, de passage à travers la ville, ou de visites culturelles (journée du patrimoine…).

La présence de la nature apporte une atmosphère plus calme, propice à la méditation et au recueillement. La gestion écologique des cimetières permet de renforcer la présence de nature en ville et le maillage vert urbain. Ils participent à la trame verte urbaine en jouant un rôle de corridor écologique lorsqu’ils sont à proximités d’espaces plus naturels (bois, parcs, jardins, friches…), mais également de refuge pour de nombreuses espèces faunistiques et floristiques, du fait du calme inhérent à ces lieux. Tout comme les parcs urbains, les cimetières peuvent être de véritables îlots de nature dans la ville.

ET LES TERRAINS DE SPORT ?

Pour les terrains de sport, la problématique est différente et n’est pas liée à des pratiques de désherbage mais plus au maintien d’une qualité de l’espace. Ce sont souvent les exigences des différents clubs et fédérations sportives qui poussent les gestionnaires vers des pratiques intensives peu favorables à l’environnement et aux sols en particulier. Cela peut amener à penser que la fonction du lieu et ses contraintes s’opposent aux initiatives écologiques et à la gestion différenciée.

Les abords des terrains de sport peuvent être facilement gérés écologiquement. Il s’agit dans la plupart des cas de bandes enherbées, de talus ou de haies. Ce sont surtout les zones de jeu elles-mêmes qui posent problème. Il existe pourtant des techniques qui permettent un entretien écologique. Le travail mécanique du sol, le décompactage, le carottage du sol, le défeutrage, la scarification, le regarnissage, mais aussi la communication sont les principaux axes de travail pour passer au zéro pesticide sur les pelouses de sport sans perte de qualité pour les utilisateurs.

Attention ! Les terrains synthétiques sont souvent présentés comme une alternative « écologique » au gazon naturel. Si les pelouses naturelles demandent un entretien relativement intensif dont le coût peut être non négligeable, elles permettent de maintenir une surface végétalisée avec des propriétés plus avantageuses en matière de gestion de l’eau, de préservation des sols et de régulation des températures. Même si l’entretien d’une pelouse synthétique est moins contraignant, il s’agit quand même d’une artificialisation du sol et un entretien, imposé par un cahier des charges bien défini, est malgré tout nécessaire.

Jonathan FLANDIN

Naruparif