Dérèglement climatique et assainissement en ville

Les modifications climatiques ont des conséquences sur la gestion de l’assainissement en ville, qui joue un rôle crucial pour maintenir des conditions d’hygiène satisfaisantes, et contribuer à une bonne qualité de l’eau des rivières. Le Syndicat Interdépartemental d’Assainissement de l’Agglomération Parisienne (SIAAP) s’est penché sur la question, corrélée à l’évolution de l’agglomération parisienne.


Bassin de rétention des eaux de pluie à Arcueil (propriété SIAAP - gestion CG94)

Rappel : le rôle majeur de l’assainissement

Développé depuis le XIXème siècle, le réseau des égouts est indispensable à la santé publique et à la protection de l’environnement. Il collecte en effet les eaux usées issues des habitations et des entreprises, ainsi que les eaux pluviales issues des toitures et qui ruissellent sur la voirie, et les rejettent, après traitement, dans le milieu naturel. Dans le Val-de-Marne, l’assainissement est une compétence partagée entre les communes, les intercommunalités, le Département et le Syndicat Interdépartemental d’Assainissement de l’Agglomération Parisienne (SIAAP), qui gère notamment la station d’épuration de Seine Amont à Valenton, dans le Val-de-Marne.

Très schématiquement, pour un bon fonctionnement du réseau d’assainissement, il faut un certain débit d’eaux transportées, avec une vitesse suffisante pour transporter les effluents jusqu’à la station d’épuration. Sinon des polluants se déposent au fond des tuyaux, ce qui risque d’obstruer progressivement les réseaux. Le réseau d’assainissement, en séparatif ou en unitaire, est ainsi conçu et dimensionné en fonction des spécificités du territoire et des besoins pré-identifiés à un moment donné.

Il faut donc anticiper l’évolution de ces besoins, qui peuvent changer au cours du temps avec l’évolution de l’agglomération parisienne. Le changement climatique est une nouvelle donnée à prendre en compte. Afin d’anticiper à horizon 2030 et 2050 les modifications à prévoir pour la gestion de son réseau d’assainissement, le SIAAP a étudié les impacts du changement climatique, en lien avec l’évolution du territoire.

Prévoir les impacts du dérèglement climatique sur la gestion de l’assainissement

Le SIAAP s’est basé sur un programme de recherche (2009) concernant les impacts du changement climatique sur les Ressources en Eau et les Extrêmes Hydrologiques dans les bassins de la Seine et de la Somme (REXHYSS), porté par le CNRS et le Ministère de l’Ecologie et du Développement Durable.

En dépit des incertitudes inhérentes à toute prospective, le dérèglement climatique en Ile-de-France devrait se traduire par deux modifications importantes d’ici 2050 : une augmentation de la température, et une modification de la pluviométrie. Ces deux paramètres ont des incidences sur le traitement des effluents, ce qui se répercute sur la qualité des rivières.

1/ L’augmentation de la température risque d’entraîner des conditions critiques pour la gestion des réseaux d’assainissement :

  • La température des eaux usées collectées et transportées va nécessairement augmenter, ce qui peut faciliter l’épuration de ces eaux, car les traitements utilisés utilisent entre autres des procédés biologiques qui nécessitent une température élevée. Cependant, cela entraînera également une élévation du degré de septicité, c’est-à-dire le développement de germes et bactéries infectieuses.
  • Le volume d’eaux transitant dans les réseaux va s’amenuiser : L’augmentation de l’évapotranspiration naturelle réduira significativement la hauteur des nappes phréatiques, qui sont alimentées par l’eau de pluie. Or ces nappes participent à 25% au volume d’eau transporté dans les réseaux d’assainissement en s’infiltrant sous forme d’eaux dites « parasites ». Comme en parallèle, les consommations d‘eau des ménages diminuent, réduisant le volume d’eaux usées, c’est le volume total d’eau à traiter qui en sera réduit, ce qui augmente le dépôt potentiel des polluants dans les réseaux.
  • La rivière sera plus vulnérable à la pollution : le débit actuel des cours d’eau permet d’accueillir les rejets des stations d’épuration dans de bonnes conditions pour le milieu aquatique, en diluant les pollutions résiduelles. Si le débit des rivières devient moins important, leur capacité de dilution baisse également, portant atteinte à la qualité de l’eau et du milieu récepteur.

Or le territoire de l’agglomération parisienne est en mutation, en particulier dans le Val-de-Marne : la population est en augmentation, ce qui occasionnera un accroissement parallèle des eaux usées à traiter. En même temps, les consommations d’eau potable diminuent, ce qui devrait s’accentuer, surtout si le réchauffement climatique demande des  restrictions d’usage. En conséquence, il faudra traiter un volume d’eaux usées similaire à celui d’aujourd’hui, mais davantage chargé en polluants. Les gestionnaires en assainissement doivent anticiper ces changements.

2/ les épisodes de pluies devraient être plus espacés et plus violents (orages),

beaucoup d’eau de pluie tombant sur le territoire sur un temps très court : il y aura donc une différence encore plus grande entre les situations par temps sec (peu de volumes dans les égouts, dépôt des polluants) et par temps de pluie (volume d’eau important qui charrie les pollutions ramassées au-dehors et les dépôts).

  • En termes d’exploitation, le fonctionnement des stations d’épuration devra s’adapter à ces situations plus extrêmes.
  • Les canalisations risquent d’être sous-dimensionnées en cas de pluie trop importante, d’où un risque de pollution du milieu naturel. Pour en savoir plus sur l'assainissement pluvial

En parallèle, ce phénomène sera accentué par la densification du territoire du Val-de-Marne, qui risque d’imperméabiliser davantage les sols, augmentant les ruissellements d’eau de pluie sur la voirie et les bâtiments, et donc les volumes d’eau de pluie accueillis par les réseaux d’assainissement.

Les impacts du changement climatique doivent donc être anticipés dès maintenant par les gestionnaires d’assainissement, parallèlement à l’évolution du territoire, afin que le service public d’assainissement demeure optimal, en termes de santé publique et de protection de l’environnement. Cependant l’action de tous les autres acteurs sera  importante :

C’est donc un défi qui doit être relevé ensemble.