Conseil départemental

Formation et dynamique naturelles des îles de la Marne

mis à jour le 25/09/2014
Investies par les usages sociaux, qui ont présidé à leur évolution au cours de notre histoire, et conduit à la disparition des îles sur la Seine, les îles n’en sont pas moins des terres formées et modelées par la rivière. Un regard sur les îles de la Marne permet de dégager les traits physiques généraux qui les caractérisent.

La formation des îles val-de-marnaises peut avoir plusieurs origines, liées à la dynamique de la rivière et à ses caractéristiques (vitesse d’écoulement, fréquence et ampleur des crues etc.), lesquelles dépendent de sa physionomie globale, c'est-à-dire, entre autres, de la forme de son lit, de la nature de ses berges et de sa pente. Le cours relativement lent de la Marne, lié à sa faible pente et la présence de larges boucles, transporte et dépose des matériaux qui forment des bancs. Ceux-ci se renforcent et se rehaussent d’année en année, jusqu’à se végétaliser. La superficie des îles de la Marne varie ainsi de quelques centaines de m² (îlots de Brétigny, îles des Gords) à plusieurs hectares (île des Loups, île Fanac). La majeure partie varie entre 0,5 et 1 ha, soit des îles de taille moyenne.


Source : S. Grivel et E. Gautier, 2012 (http://cybergeo.revues.org)

Dans un premier temps, la végétation se compose de plantes annuelles ou de certaines vivaces, typiques de ces zones de contact entre terre et eau. Par la suite, cette végétation devient à son tour susceptible de favoriser le dépôt des alluvions, en les piégeant. Cette succession de phases de dépôts va permettre l’installation d’arbustes et de jeunes arbres qui vont donner le caractère boisé que nous connaissons aujourd’hui sur la plus grande partie des îles de la Marne. La formation des îles peut également être le fruit d’un cycle d’érosion qui aurait pu conduire au détachement plus ou moins progressif d’une portion des rives, par creusement d’un bras par exemple.

La photographie ci-dessous montre ainsi la succession végétale qui s’installe sur l’île à partir des vasières inondées chaque année, sur lesquelles la Marne dépose ses alluvions. Ces vasières sont colonisées par des plantes comme l’Iris des marais. En arrière-plan et selon la topographie, l’île est successivement colonisée par des arbres et arbustes (Aulne glutineux, Saules). La partie supérieure, la moins concernée par les crues, abrite des essences moins caractéristiques d’une rivière, comme l’Erable sycomore.


Ile de Pissevinaigre - ENS des îles de la Marne - Photo CG94 / N. Bourgoin

La dynamique naturelle des îles et îlots sur un cours d’eau à régime hydraulique naturel conduit à un cycle de métamorphoses, de disparitions et de créations ou de re-créations : autrement dit, l’érosion des berges d’une île conduit à sa modification, voire sa disparition, tandis qu’à d’autres endroits de la rivière, d’autres îles peuvent se créer ou se développer.

La Marne et la Seine sont des rivières qui ont été fortement transformées par nos sociétés, ce qui bouleverse leur dynamique naturelle. S’il reste des inconnues sur une connaissance précise de la dynamique actuelle des îles, il apparaît difficile que leur disparition puisse être totalement compensée par la formation de nouvelles îles, dans un système perturbé. Globalement elles peuvent évoluer suivant différents modèles, une disparition ou une désagrégation en îlots, une modification de leur morphologie par phénomène d’érosion-sédimentation, un regroupement ou un rattachement à la berge du cours d’eau par comblement du bras qui les séparaient jusqu’alors.



Evolution des îles de la Marne

Le graphique ci-contre illustre l’évolution attestée d’un chapelet d’îles inhabitées de la boucle de Saint-Maur en un siècle. De gauche à droite (de l’amont vers l’aval) se succèdent les îles de l’Abreuvoir, de Champigny, des Gords et de Pissevinaigre. De 1900 à 1999, la forme des îles a beaucoup changé. Certaines d’entre elles semblent s’être compactées (île de Champigny), épaissies (îles des Gords) ou se sont déplacées vers l’aval (île de Pissevinaigre).

 

Sur des périodes beaucoup plus courtes, parfois d’une année sur l’autre, il est également possible de distinguer des mouvements, suite à des crues. Le phénomène d’érosion-sédimentation est ainsi visible sur deux îles qui composent l’Espace naturel sensible des îles de la Marne. L’île des Gords aval et celle de Pissevinaigre, par exemple, ont vu leur pointe aval s’allonger nettement lors de l’hiver 2013-2014 à la faveur des dépôts. Si ces « bancs » demeurent actuellement submergés, ils permettent à des herbiers aquatiques de s’enraciner. A l’inverse, les pointes situées à l’amont marquent des tendances à l’érosion, comme d’autres berges.