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Le réseau parisien d'eau non potable, une alternative à l’eau potable pleine de ressource

mis à jour le 16/06/2015

Paris a la particularité de disposer d’un patrimoine hydraulique exceptionnel, comprenant notamment un double réseau d’eau souterrain garantissant à la fois la fourniture d’eau potable destinée à la consommation humaine, et la fourniture d’eau non potable, consacrée à des usages urbains spécifiques. Aujourd’hui, le réseau d’eau non potable, longtemps délaissé, retrouve une nouvelle jeunesse !


Lac Daumesnil au bois de Vincennes, alimenté par le réseau d'eau non potable - © Fotolia

Alors qu’au Second Empire, le baron Haussmann perçait les grands boulevards parisiens, son ingénieur hydraulique Eugène Belgrand laissait dans la Capitale une empreinte encore bien vivante. On doit à cet ingénieur le fabuleux réservoir de Montsouris ou encore l’aqueduc de 156 km de la Vanne. Mais qui connaît l’un de ses héritages les plus remarquables : la création d’un double réseau d’eau implanté dans des galeries souterraines visitables. Au XIXe siècle, deux réseaux d’eau coexistaient : un réseau dit « privé » qui alimentait les bâtiments d’habitation et qui constitue de nos jours le réseau d’eau potable et un réseau dit « public » qui desservait notamment les fontaines publiques – c’est aujourd’hui le réseau d’eau non potable.

Ce dernier, qui quadrille sur 1700 km le sous-sol parisien, s’étendait au-delà du périphérique. L’ingénieur Belgrand était en effet métropolitain avant l’heure et inscrivait son action dans une logique de coopération territoriale. Il a pensé le réseau d’eau potable dans une approche métropolitaine, intégrant la desserte  des communes alentour. Les éléments de ce réseau qui sont encore utilisables sont un atout à cet égard.

Sous-utilisé pendant des années, ce réseau constitue une alternative séduisante à l’eau potable, adaptée à de nombreux usages de la ville, réduisant son impact environnemental. A l’heure de la transition écologique, l’argument vaut son poids d’or. C’est ainsi que par une délibération de mars 2012, le Conseil de Paris a décidé de maintenir ce patrimoine particulier. Il a confié à Eau de Paris, régie municipale parisienne en charge du service public de l’eau, le soin de remettre en bon état  le réseau d’eau non potable pour développer les usages de cette eau écologique.


Carte du réseau d'eau non potable à Paris

Un réseau en cours de rénovation

A côté du service public de l’eau potable, Eau de Paris distribue chaque année en moyenne près de 200 000 m³/jour d’eau non potable. Cette eau, prélevée dans la Seine et le canal de l’Ourcq n’est pas traitée et n’est pas destinée à la consommation humaine. Elle fait l’objet d’un simple dégrillage dans les trois usines de production qui en assurent le pompage : l’usine d’Austerlitz (13e arr.), de la Villette (19e arr.) et d’Auteuil (16e arr.).


Réservoir de Passy - ©François Grunberg - Mairie de Paris

L’eau non potable est ensuite stockée dans huit ouvrages (sept réservoirs, un château d’eau) d’une capacité totale d’environ 152 000 m³. Quatre réservoirs sont exclusivement dédiés au stockage d’eau non potable : Charonne (20e arr.), Grenelle (15e arr.), Passy (16e arr.), Villejuif (94). Le château d’eau de Montmartre (18e arr.) et les réservoirs de Montmartre, Belleville (20e arr.) et Ménilmontant (20e arr.) permettent, quant à eux, de stocker de l’eau potable et de l’eau non potable.

L’eau non potable produite est affectée à 99% à des usages municipaux, comme l’arrosage d’espaces verts, l’alimentation des lacs et rivières des bois de Boulogne et de Vincennes, le lavage de la voirie (trottoirs, caniveaux et chaussées), le curage des égouts par l’effet de chasses d’eau non potable.

Conformément au nouvel élan donné par le Conseil de Paris en mars 2012, Eau de Paris a engagé des travaux de première nécessité (réparations, remises en état) et entamé un programme de rénovation  du patrimoine de l’eau non potable. Les travaux prioritaires consistent à fiabiliser et moderniser les usines de pompages de production ainsi que les conduites stratégiques (faisant le lien entre les usines et les réservoirs), notamment par des renouvellements de canalisations. Une première étape nécessaire à la revalorisation de ce patrimoine historique.


Usine de production d'eau non potable à Austerlitz - © Eau de Paris

Au croisement de l’eau et de l’énergie

Mais ce renouveau ne s’arrête pas là. La suite laisse entrevoir l’avenir de nos villes. L’eau est un enjeu majeur. Sa bonne gestion et notre capacité à la valoriser au mieux sera une composante du bien-être des générations futures. Et ce ne sont pas les bonnes idées qui manquent ! Là où le haut niveau de qualité de l’eau potable n’est pas nécessaire, recherchons si l’alternative de l’eau non potable peut être mise en œuvre. Cette démarche fait apparaître de nouveaux usages de l’eau dans la ville de demain.
Parmi les différents nouveaux usages possibles, celui qui transforme le réseau d’eau non potable en vecteur d’énergie renouvelable est prometteur et connait de premières réalisations. Lorsque la configuration du réseau le permet, il est possible d’utiliser l’eau non potable comme fluide caloporteur dans un circuit de climatisation fermé, sans contact avec l’extérieur. L’eau passe dans un échangeur thermique pour céder ses calories ou frigories à un circuit d’eau secondaire. Elle est ensuite restituée dans le réseau d’eau non potable. Elle acquiert ainsi « une seconde vie » et peut servir à son usage classique : arrosage, nettoyage de voirie, etc.

Ce type de dispositif est en fonctionnement à Paris dans trois sites différents, des premières expériences qui permettront d’étendre plus largement ce nouvel usage en climatisation :

• la climatisation de l’Hôtel-de-Ville de Paris ;

• la climatisation et le chauffage en continu d’un bâtiment situé rue Boudreau à Paris 9e ;

• la climatisation de locaux situés avenue Victor Hugo à Paris dans le 16e arrondissement.

Pour développer de nouveaux usages et élargir les usages actuels de l’eau non potable, la régie publique parisienne souhaite répondre aux demandes aussi bien des collectivités que des acteurs privés. Elle leur apporte son expertise et leur offre l’opportunité de disposer d’une eau économique qui réduit leur impact environnemental. Pour que le réseau historique d’eau non potable réponde aux défis de demain !



Chateau d'eau de Montmartre - © Eau de Paris