Conseil départemental

Pourquoi utiliser de l’eau non potable ?

mis à jour le 16/06/2015

Utiliser de l’eau potable, grâce à l’organisation de nos services publics, nous paraît normal pour n’importe quel usage. Pourtant d’autres ressources en eau, de qualité inférieure, permettraient peut-être de réaliser des économies. En Val-de-Marne de nombreux acteurs s’y sont essayés. Utiliser des eaux non potables, est-ce vraiment judicieux ?


Signalétique à la station de pompage VL2 – Département du Val-de-Marne

Quels sont les retours d'expériences en Val-de-Marne ?

Une étude réalisée fin 2014 par le Département du Val-de-Marne sur les retours d’expériences de structures val-de-marnaises permet de dégager trois objectifs principaux en matière d’utilisation d’eau non potable :

- Préserver les milieux naturels (enjeu environnemental) : réutiliser à la parcelle les eaux de pluie dans une démarche de développement durable, au lieu de les envoyer dans des réseaux d’assainissement, participe d’une gestion de l’eau plus respectueuse du cycle naturel de l’eau : Pour en savoir plus sur l'eau de pluie ;

- Valoriser l’eau dans la ville (enjeu social) : redonner de la place aux petites rivières et aux sources en milieu urbain, alors qu’elles ont été drainées au fil de l’urbanisation croissante, permet de rafraîchir des espaces de plus en plus imperméabilisés et d’améliorer le cadre de vie des habitants, par exemple en alimentant en eau des fontaines ou des mares ;

- Réduire les dépenses liées à la facture d’eau (enjeu économique) : utiliser de l’eau de piscine pour arroser les espaces verts et nettoyer la voirie des espaces publics permet de réduire significativement le budget attribué à ces usages pour une commune ; recycler ses eaux usées pour le nettoyage de son matériel permet à une entreprise de dépenser moins pour la facture d’eau, mais aussi en termes de redevance assainissement.

Les usages qui ont été répertoriés dans le Val-de-Marne par l’étude sont les suivants :

  • Arrosage / irrigation ;
  • Nettoiement de voiries et de surfaces ;
  • Nettoyage de matériel ;
  • Alimentation des toilettes ;
  • Alimentation des bouches incendie ;
  • Alimentation de mares, de fontaines ;
  • Usages industriels : refroidissement, préparation de réactifs, fabrication de béton…

L’étude a ainsi répertorié 54 retours d’expériences sur le Val-de-Marne. Ils concernent majoritairement des utilisations d’eau de pluie, surtout par des collectivités publiques ; suivies des eaux usées, qu’il s’agisse d’eau de piscine (par des communes) ou d’eaux usées traitées (par des entreprises), et enfin d’eau brute.

 Les structures publiques interrogées (composées essentiellement de communes) s’intéressent particulièrement à l’utilisation des eaux de pluie et pluviales. L’utilisation des eaux de piscine est le deuxième type d’utilisation privilégié par les communes et intercommunalités, devant l’utilisation d’eaux brutes (7 retours d’expériences contre 5). Les retours d’expériences les plus nombreux recueillis chez les entreprises concernent les eaux usées.

Quelle est l’efficacité des dispositifs d’utilisation d’eau non potable ?

Il apparaît logique d’éviter d’utiliser de l’eau potable pour des raisons environnementales (éviter un traitement inutile de l’eau) ou économiques (réduire ses dépenses), et pourtant dans les faits, ces objectifs ne sont pas toujours atteints :

  • en termes environnementaux :

Il ne faut pas oublier que les eaux potables comme non potables sont liées au cycle naturel de l’eau ; par conséquent, utiliser de l’eau de rivière ou de l’eau souterraine au lieu d’eau potable ne permet en aucune façon de préserver la ressource en eau, puisque ces types d’eau sont puisés dans la même source. En revanche, recycler eau de pluie et eaux usées, au cas par cas, permet en effet ponctuellement d’éviter le gaspillage d’eau potable et d’économiser la ressource naturelle.

  • en termes sociaux :

L’analyse de la qualité et de la disponibilité de l’eau est importante pour tout usage de l’eau dans la ville : éventuelle pollution amenée au grand air par une source ; obstruction progressive des canalisations induite par une dureté trop importante de l’eau…

  • en termes économiques :

Le dispositif à mettre en place peut avoir un retour sur investissement important ; c’est pourquoi il est essentiel de réaliser une étude de faisabilité avant toute installation, afin de vérifier qu’elle sera vraiment rentable ; en fonction du type de ressource, du site, de l’usage ciblé, du besoin, les résultats peuvent être différents.

Une priorité : diminuer les besoins en eau avant d’utiliser les eaux non potables :

Qu’il s’agisse d’enjeux économiques ou environnementaux, pour économiser l’eau, toute utilisation de ressources alternatives à l’eau potable n’a de sens que si elle s’inscrit dans une démarche d’économie des ressources en eau en réduisant la consommation : avant de vouloir utiliser des eaux non potables, il faut d’abord et avant tout diminuer ses besoins en eau. Cela passe par des gestes simples :

  • Prendre des douches au lieu de bains ;
  • Faire la chasse aux fuites d’eau, en posant et en vérifiant les compteurs d’eau ;
  • Réutiliser l’eau des pâtes pour supprimer les mauvaises herbes ; ou au contraire réutiliser l’eau de nettoyage de la salade pour arroser les plantes du balcon, etc.

Divers outils existent, qu’on soit un particulier, une collectivité ou une entreprise, pour diminuer sa consommation en eau :

Les eaux non potables : une ressource à développer, des questions en suspens

En Val-de-Marne, l’utilisation d’eaux non potables est ainsi une réalité, au fil d’expérimentations isolées qui se sont développées au cas par cas au fil des besoins et en fonction des moyens disponibles. Il est à noter également le cas limitrophe de la Ville de Paris qui possède, en parallèle de son réseau d’eau potable, un réseau d’eau non potable, dont l’usage pourrait être étendu aux territoires voisins. Pour en savoir plus


Arrosage des plantations avec de l'eau de forage, centre de production horticole de la Communauté d'agglomération Plaine Centrale

Le potentiel de développement des eaux non potables est important, mais souffre d’une réglementation encore incomplète, et d’une carence en retours d’expériences au niveau national, qui freinent la mise en place de dispositifs. La perspective de ce développement s’accompagne actuellement de réflexions à plusieurs niveaux :

  • la mise en place d’une réglementation plus complète visant à garantir l’absence de risques sanitaires ;
  • la valorisation de la place de l’eau en ville, modifiant le rapport de la société vis-à-vis de la gestion de l’eau, pour un rapprochement des logiques urbaines avec le cycle naturel des écosystèmes ;
  • le questionnement sur la tarification de l’eau, puisque le financement des services d’eau et d’assainissement repose actuellement sur la facturation des consommations d’eau potable et des rejets industriels aux réseaux (redevance assainissement). Avec la diminution avérée des consommations d’eau potable, si l’utilisation d’eaux non potables se développe tous types de ressources confondus, cela devrait avoir pour conséquences moins d’eau potable consommée, moins d’eaux usées rejetées en assainissement, et des eaux de pluie réutilisées, donc rejetées en réseau sans être déclarées. Les modalités de prise en charge financière des services publics d’eau potable et d’assainissement pourraient donc théoriquement être remises en question.