Prévoir la gestion du soutien d’étiage pour l’alimentation en eau potable

Le niveau de l’eau en Seine est maintenu artificiellement tout au long de l’année par les barrages-réservoirs construits en amont de Paris. La gestion de ces barrages par l’EPTB Seine Grands Lacs doit s’adapter et anticiper les effets du changement climatique, notamment pour continuer à satisfaire nos besoins en eau potable.



Etiage de la Seine à Paris (Pont Marie – 1943)

La Seine, un tout petit fleuve pour de grands besoins

Le fleuve de la Seine a aujourd’hui une physionomie qui ne correspond pas à son activité naturelle : son niveau demeure stable tout au long de l’année, permettant notamment la navigation fluviale. Il n’en a pas toujours été ainsi : avant 1949, la vie de la Seine était rythmée par d’importantes crues l’hiver, parfois majeures, comme celle de 1910, et des étiages sévères l’été, quand le niveau de l’eau s’abaisse. Des gravures et photos attestent jusqu’en 1840 de situations où la Seine se réduisait à un mince filet d’eau, dans un lit à moitié sec, avec les barques échouées sur le côté (voir photo).

Les inondations traumatisantes de 1910 et 1924 mènent à partir de 1949 à la construction de 4 lacs-réservoirs, et à la création d’une institution pour les gérer : l’Etablissement Public Territorial de Bassin Seine-Grands Lacs, qui modifie artificiellement les variations de débit sur la Seine, la Marne, l’Aube et l’Yonne :

  • L’hiver, les lacs sont peu à peu remplis, retenant l’eau en amont de façon à éviter que les crues n’aboutissent à des inondations (écrêtement des crues) ;
  • L’été, au contraire, l’eau stockée dans les lacs est progressivement restituée aux rivières, afin de maintenir un niveau d’eau qui permette la satisfaction des usages (soutien d’étiage). Les apports moyens des lacs représentent ainsi près de 30% du débit observé sur la période du 1er juillet au 1er novembre.

Car les usages autour du bassin de la Seine sont très nombreux et d’une importance majeure : outre un rôle économique de premier plan, lié à la navigation, le fleuve assure l’alimentation en eau potable d’une grande partie de l’agglomération parisienne. Les usines d’eau potable du SEDIF, d’Eau de Paris et de Saint-Maur-des-Fossés puisent l’eau dans la Marne et la Seine, la potabilisent, puis la transportent jusqu’aux habitations. Le soutien de l’étiage assuré par l’EPTB Seine-Grands Lacs est donc indispensable. 

 

Anticiper les effets du changement climatique sur les crues et l’étiage

Plusieurs programmes de recherche ont été menés afin de prévoir les effets du dérèglement climatique sur la ressource en eau, et d’adapter les pratiques :

  • La démarche nationale « Explore 2070 » permet de prévoir qu’à partir de 2050-2065, nous serons confrontés à une diminution de la ressource en eau, avec une baisse de la fréquence des pluies, du niveau des nappes souterraines (d’environ 4 mètres), et des débits de la Seine de 30 à 50 % en moyenne, par rapport à l’état actuel. L’étiage annuel de nos rivières sera donc beaucoup plus important qu’aujourd’hui.
  • Le programme européen « Climaware » mené par l’IRSTEA, de 2010 à 2013, a tenté de définir des stratégies d’adaptation pour limiter les impacts du changement climatique. Ce programme a notamment modélisé le bassin versant de la Seine, intégré les changements climatiques et socio-économiques projetés en 2050, et évalué sur cette base les règles de gestion actuelles des lacs-réservoirs, pour savoir si celles-ci devront évoluer, et dans quel sens.

 

Réfléchir à l’adaptation des règles de gestion des lacs-réservoirs

Les résultats de cette étude ont montré qu’avec les règles de gestion actuelle des lacs-réservoirs, les étiages du bassin de la Seine deviendraient plus sévères et plus longs à partir de 2050 : autrement dit, le niveau de la Seine serait plus bas, sur une durée plus importante. En revanche, l’incidence du changement climatique sur les crues n’est pas confirmée.

Pour en savoir plus sur les effets du dérèglement climatique sur le cycle de l’eau

Le rôle de l’EPTB Seine-Grands Lacs en matière de soutien d’étiage va donc devenir encore plus crucial dans un contexte de changement climatique, afin de répondre aux besoins les plus importants :

- L’alimentation en eau potable de tous les usagers ;

- La gestion de l’assainissement, les rivières jouant un rôle de dilution des rejets issus des stations d’épuration. Pour en savoir plus

- Les besoins énergétiques assurés par les centrales thermiques et la centrale nucléaire de Nogent-sur-Seine, qui utilisent l’eau des rivières pour le refroidissement de leurs installations.

L’EPTB Seine-Grands Lacs se mobilise afin de réfléchir à l’adaptation de ses pratiques. Les prochaines années vont ainsi prendre en compte les résultats de l’étude afin de :

- Réviser les règles de gestion des différents lacs-réservoirs : le « règlement d’eau » du lac de Pannecière sera ainsi révisé de façon partenariale dès 2016 ;

- Une étude sur les enjeux socio-économiques des étiages sévères en région Ile-de-France sera lancée en 2016 afin d’affiner les conséquences de ces étiages et de les anticiper.