Conseil départemental

Puiser dans les eaux brutes

mis à jour le 16/06/2015

Vous avez peut-être un puits dans votre jardin, qui vous permet d’arroser vos plantes : vous utilisez de l’eau brute ! Si cette ressource peut se substituer à l’eau potable pour des besoins ponctuels et limités, il est important de connaître ses limites en matière de qualité et de disponibilité.


Lac de Créteil : ses eaux contribuent à l'arrosage d'espaces verts par la commune de Créteil

Le prélèvement d’eau brute ne doit pas affecter les besoins en eau potable

L’eau brute est l’eau puisée dans le milieu naturel, qu’il s’agisse :

  • d’eau de surface, dite « superficielle » : lacs, plans d’eau, rivières ; la réglementation inclut aussi dans cette dénomination les nappes d’accompagnement des cours d’eau ;
  • d’eau en profondeur, dite « souterraine », avec les nappes phréatiques présentes dans différentes couches géologiques.

Dans le Val-de-Marne, cette ressource naturelle est déjà largement utilisée en tant que source d’eau potable : plus de la moitié de l’agglomération parisienne boit de l’eau issue des usines d’eau potable qui puisent l’eau brute dans la Seine, la Marne ou bien la nappe des calcaires de Champigny.

C’est toute la différence entre eau potable et eau brute : elles ont la même origine mais la première garantit un niveau de qualité compatible avec la santé, soumise à des contrôles rigoureux, alors que la seconde peut être affectée de multiples pollutions qui la rendent impropre à l’usage. Il convient donc, en cas d’utilisation d’eau brute, de vérifier sa qualité en la faisant analyser par un laboratoire.

Par ailleurs, au contraire de l’eau de pluie ou des eaux usées recyclées, utiliser de l’eau brute ne permet pas de préserver la ressource en eau naturelle, puisque le volume puisé dans le milieu naturel est le même. En cas d’épisodes de sécheresse, ou bien de pénurie d’eau, des restrictions d’usage seront appliquées par les autorités, mettant à mal la disponibilité de l’eau brute. La priorité est en effet de garantir les besoins de notre société en eau potable.

Le prélèvement d’eau brute doit respecter la réglementation

- Il est interdit d’utiliser de l’eau brute pour un usage domestique (alimentation humaine, soins d’hygiène, lavage de produits animaux ou végétaux destinés à la consommation, nettoyage à l’intérieur des bâtiments) ;

- Tout prélèvement d’eau brute doit obligatoirement être soumis à déclaration ou autorisation en Mairie ou à la Préfecture, en fonction des volumes prélevés ;

- Un prélèvement d’eau souterraine supérieur à 10 000 m³ par an est soumis à une redevance prélevée par l’Agence de l’Eau Seine-Normandie ; un prélèvement d’eau superficielle par un riverain peut s’élever jusqu’à 1000 m³ par an.

D’autres contraintes s’appliquent, en fonction de l’usage (domestique ou non), et de la ressource (superficielle ou souterraine). Pour l’utilisation d’eaux souterraines, il faut ainsi respecter :

  • le Code Minier s’il y a un ouvrage souterrain de plus de 10 mètres de profondeur ;
  • le Code de la Santé publique s’il y a définition d’un périmètre de protection de captage en eau potable ;
  • le Code de l’Environnement.

Pour en savoir plus

Des retours d’expérience en Val-de-Marne

En dépit de cette réglementation, une étude menée par le Département du Val-de-Marne dans le cadre du Plan bleu fin 2014 montre que les usages de l’eau brute existent sur le territoire :

  • pour l’arrosage et l’irrigation d’espaces verts : espaces verts de Créteil, serres de la communauté d’agglomération de Plaine centrale, golf, pépinières, parc départemental du Morbras ; cimetière de Noiseau ;
  • pour des usages industriels : pompage d’eau de Seine pour la fabrication du béton ; refroidissement des fours par les usines d’incinération, nettoyage de machines et matériel.

Utiliser de l’eau brute permet pour ces acteurs de réduire le budget consacré aux besoins en eau ; en revanche, une attention particulière doit être accordée à la qualité de l’eau prélevée car elle n’est pas toujours adaptée : les pépinières prennent ainsi garde à ne pas utiliser une eau souterraine trop riche en sulfates pour arroser des plantes à massifs, trop sensibles.

Dans tous les cas, si utiliser de l’eau brute de façon ponctuelle pour des usages non domestiques peut être intéressant économiquement, il faut avoir conscience de ses limites en termes de qualité et de disponibilité. Du point de vue environnemental, il n’y a pas davantage de préservation du milieu naturel qu’en cas d’utilisation d’eau potable.