Conseil départemental

Recycler les eaux usées

mis à jour le 11/06/2015

Recycler les eaux usées est un moyen pour les acteurs publics et privés de réduire la facture liée au traitement et à l’alimentation en eau. En dépit d’un cadre réglementaire limité à l’irrigation, les usages de cette ressource alternative à l’eau potable se multiplient, et témoignent d’un potentiel de développement majeur en France et à l’étranger.



Le centre aquatique de Vincennes réutilise les eaux grises et eaux de bassin pour l'arrosage des espaces verts - ©P.-Y. Jan / Aurianne studio – ville de Vincennes

Définitions

Par « eaux usées », dans cet article, nous entendons toutes les eaux utilisées par l’homme, ce qui comprend :

  • Les eaux usées domestiques, issues des foyers et des ménages. On y trouve les « eaux grises » (lavabos, douches, lave-linges), et les « eaux noires » (toilettes), ainsi que les eaux de cuisine.
  • Les eaux usées non domestiques, issues des commerces, entreprises, et industries, qui comprennent également les eaux de piscine.

Le recyclage des eaux usées est en plein essor, en dépit d’une réglementation limitée.

Seul l’usage d’eaux usées traitées pour irriguer des cultures et des espaces verts est réglementé, à travers l’arrêté du 2 août 2010, qui fixe des contraintes en fonction de l’usage et de la qualité de l’eau. Dans le Val-de-Marne, une étude réalisée par le Département du Val-de-Marne dans le cadre du Plan bleu fin 2014 (en téléchargement ci-dessous) révèle que le recyclage d’eau usée traitée, hors irrigation, se développe de diverses façons :

  • Les eaux issues de stations d’épuration :

- le Syndicat Interdépartemental d’Assainissement de l’Agglomération Parisienne (SIAAP) utilise une partie des effluents pour les process d’épuration des eaux ;

- le Département du Val-de-Marne réutilise des eaux traitées à la sortie de la station d’épuration de Valenton, pour le refroidissement des pompes et l’alimentation des bornes incendies dans un équipement d’assainissement (station de pompage VL2) ;

  • Les eaux issues d’usages industriels :

- Air France Industries recycle en circuit fermé l’eau utilisée pour le nettoyage des moteurs d’avions, sur le site aéroportuaire d’Orly (vidéo en visionnage) ;

- D’autres industriels recyclent leurs eaux usées, après les avoir traitées au sein de leurs installations : nettoyage des installations, lavage de pommes de terre, préparation de réactifs, bains de trempage de pièces métalliques, refroidissement de diamants…

Ce recyclage permet non seulement une économie d’eau potable, mais aussi une réduction des rejets au réseau d’assainissement qui, pour les industriels, fait l’objet d’une redevance et de contraintes réglementaires de qualité du rejet.

  • Les eaux issues de piscines :

Sept communes réutilisent ou vont recycler les eaux des bassins pour l’arrosage des espaces verts et/ou le nettoyage de la voirie. Il faut savoir que les piscines sont tenues d’évacuer 30 litres par jour et par baigneur pour assurer une qualité sanitaire de l’eau ; or il suffit d’un simple traitement d’évaporation ou de suppression du chlore pour que ces volumes d’eau puissent être réutilisés, ce qui entraîne une économie d’eau potable non négligeable.

La question des risques sanitaires est cruciale en matière de réutilisation des eaux usées

C’est pourquoi il est rigoureusement interdit de réutiliser des eaux usées non traitées, même si des expériences isolées existent dans plusieurs villes françaises pour utiliser la chaleur des réseaux d’assainissement pour le bâtiment (exemple d’Arras). Chaque projet de recyclage est ainsi étudié par l’Agence Régionale de Santé avant autorisation, au cas par cas, par le biais des permis de construire, afin de déterminer s’il y a risque sanitaire ou pas. Cela dépend en effet de différents facteurs (qualité de l’eau…) et usages (à l’intérieur, en extérieur, dans un espace recevant du public, etc.)

L’Agence Nationale de SEcurité Sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) a ainsi réalisé plusieurs études pour définir les risques sanitaires des différents usages d’eaux usées et les conditions de leur utilisation :

- en mars 2012, l’étude sur la réutilisation des eaux usées traitées pour l’irrigation des cultures, l’arrosage des espaces verts par aspersion et le lavage des voiries, s’intéresse aux risques d’une exposition par voies respiratoires et cutanée pour les résidents ou passants ; Pour en savoir plus

- en février 2015, l’étude sur les risques sanitaires liés à la réutilisation d’eaux grises pour des usages domestiques aboutit à des recommandations précises. L’ANSES estime que le risque sanitaire doit être estimé au cas par cas pour chaque projet avec un encadrement réglementaire important, pour des usages et des sites géographiques limités. Pour en savoir plus

Un potentiel de développement important, démontré par les retours d’expériences à l’étranger

Ces dernières années, le nombre d’études européennes et nationales concernant la réutilisation des eaux usées témoigne de l’intérêt de cette ressource qui pourrait, dans un contexte de changement climatique, représenter une solution pour de nombreux pays afin de préserver les réserves naturelles d’eau et atténuer les effets des épisodes de sécheresse, en particulier dans un objectif d’irrigation.

La Commission européenne a ainsi lancé une consultation fin 2014 sur la réutilisation des eaux usées afin de mesurer l’acceptabilité de cette ressource en fonction des usages et de promouvoir des solutions sûres. Car le potentiel de développement et les avantages de la réutilisation des eaux usées en Europe ne sont plus à démontrer, et pourtant peu d’Etats-membres s’en sont réellement donné les moyens (techniques et réglementaires).

- Pour en savoir plus sur ce potentiel et les difficultés listées par l’UE ;

- Résultats de l’étude en anglais.

Face à l’augmentation de la pénurie d’eau, de nombreux pays en zone méditerranéenne se sont lancés dans de telles actions. L’Espagne arrive ainsi en tête des utilisateurs d’eaux usées ; à noter l’exemple de la Confédération hydrographique du Segura (Région de Murcie) qui a mis en place de 2001 à 2010 un programme d’actions visant à épurer et réutiliser davantage les eaux usées urbaines, ce qui a permis d’augmenter la disponibilités des ressources en eau pour l’irrigation et d’améliorer la qualité environnementale du fleuve Segura (source : La lettre du RIOB 2014).

Les acteurs de la recherche se mobilisent donc pour tirer les leçons des différents retours d’expériences à travers des guides, tel celui du Centre d’activités régionales Plan bleu Méditerranée ou l’IRSTEA qui a élaboré en 2013 un outil d’aide à la décision pour les porteurs de projets.