Activités physiques de pleine nature pratiquées l’été : Comment prévenir et traiter la maladie de Lyme ?

Les beaux jours incitent à la pratique d’activités physiques de pleine nature (footing, VTT, course d’orientation, randonnées, équitation…). Avec la chaleur, la tendance est de se découvrir et d’exposer les bras et les jambes au soleil. Si les risques de coups de soleil, même au printemps sont connus, ceux liés aux morsures de tiques le sont beaucoup moins alors que leurs conséquences peuvent être autrement plus graves. Parmi les maladies transmises par les tiques, il en est une redoutable et particulièrement invalidante : La maladie de Lyme. Selon le Ministère des Affaires Sociale et de la Santé (2016) : « Quelques 27 000 nouveaux cas sont identifiés en France chaque année ».

Qu’est-ce que la maladie de Lyme ?

Elle se prononce maladie de "laïme" et non pas "lime". Cette maladie est due à une espèce de bactéries (Borrelia burgdorferi), transmise dans la plupart des cas par une morsure de tique. Cette maladie peut devenir chronique. Elle est caractérisée par « Des douleurs diffuses chroniques et invalidantes [qui] peuvent persister mais leur cause n'est pas univoque » (Marre, 2016). La maladie de Lyme est évolutive voire dégénérative. En effet, l’infection peut se propager de la peau à tout l’organisme, entraînant des complications graves qui peuvent toucher de nombreux organes (cœur, cerveau…) et plusieurs articulations.

 

Vecteurs et réservoirs

La tique est le principal vecteur de la bactérie responsable de la maladie.

Fig. extraite de peps23.e-monsite.com
Tiques à différents états de croissance (Fig. extraite de peps23.e-monsite.com)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les réservoirs de tiques sont notamment les fougères et les herbes hautes, les feuilles de certains arbres sur lesquelles les tiques se postent en attendant un hôte.

Fig. extraite de synthedigital.com
(Fig. extraite de synthedigital.com)

Les animaux sauvages (cervidés, bétail, petits rongeurs, hérissons) et les animaux domestiques peuvent aussi en devenir porteurs et constituants d’autres réservoirs. Concernant les animaux de compagnie, le contact se fera soit au cours de leurs escapades solitaires (chats), soit lors de promenades (chiens) en forêt ou dans les prés.

 

 

 

Densité géographique et périodes d’activités

Mâles ou femelles, les nymphes de tiques ne sont pas toutes infectées. Comme leur densité, cela dépend des régions.

Fig. d’après Chapuis & al, 2010
Densité des nymphes d’Ixodes ricinus, l’espèce de tiques la plus présente en France (Fig. d’après Chapuis & al, 2010)

« Cette crainte d’une augmentation du risque, qui est en cours d’évaluation, est exprimée de façon importante en région Île-de-France, et en particulier autour de la forêt de Sénart » (Méha & Al., 2012).
L’activité des tiques et donc les probabilités d’être en contact évoluent de façon saisonnière : « plus fréquentes […] en France entre le début du printemps et la fin de l’automne » (Op. Cit.)

 

 

 

Comment l’éviter ?

Les mesures de prévention de morsure de tique et de transmission de Borrelia burgdorferi sont simples.

Il s’agit :

  • avant toute sortie en milieu à risque de se couvrir les jambes (pantalon fermé en bas, guêtres), ce qui est d’ailleurs un point de règlement en course d’orientation, la tête (chapeau, casquette) et éventuellement les bras.
  • pendant, on évitera dans la mesure du possible et à fortiori dans les endroits réputés habités par des tiques, de frôler les herbes hautes, les feuilles des arbres et plus encore les fougères.
  • après, de s’ausculter minutieusement et éventuellement à deux (cheveux, dos, arrière des cuisses et des bras…) après chaque sortie, laver vêtements et chaussures.
  • se raser les jambes (VTTistes, randonneurs) ne suffirait pas à supprimer tout risque de morsure.

 

Conduite à tenir en cas de morsure de tique

Toutes les morsures de bactéries Borrelia burgdorferi n’entraînent pas systématiquement la maladie. Pour autant, une tique qui s’est installée doit être retirée avec une pince spéciale et non pas arrachée ni écrasée.

Fig. extraite de chassenaturealpes.fr
(Fig. extraite de chassenaturealpes.fr)

 

 

 

 

 

 

 

 

Ecraser ou arracher une tique, avec une pince à épiler par exemple, , c’est prendre le risque d’injecter le contenu de la tique et donc des bactéries qui n’avaient pas été transmises ! Après l’avoir retirée, il faudra ensuite désinfecter la piqûre avec un antiseptique et surveiller le point de piqure. Une petite rougeur, dans les 24 heures, est une réaction normale. Par contre, si une plaque rouge apparait dans les 30 jours, à fortiori accompagnée de symptômes "grippaux", il faudra impérativement consulter un médecin.
 


Plaque rouges ou érythème chronique migrant consécutif à une morsure de tique. (Fig. Extraite de : health.gov.on.ca)

 

Attention, les plaques rouges ne sont pas systématiques même en cas de transmission de la bactérie et les symptômes du stade primaire (douleurs diffuses chroniques et invalidantes) peuvent être assimilés par erreurs à des signes de surentraînement.

 

 

Traitements de la maladie

 

Pour le Professseur Christian Perronne (2016), infectiologue à l'hôpital Raymond Poincaré à Garches : « […] si une rougeur s'installe et grossit, il faut immédiatement consulter son médecin et il faut exiger du médecin un traitement antibiotique systématique pour toute rougeur après la piqûre de tique.
Il faut prendre l' […] amoxicilline au minimum 4 grammes par jour. Le consensus français avait précisé trois grammes ce qui était une mauvaise dose.
La dose officielle, c'est quatre grammes pendant minimum deux à trois semaines. C'est un gros traitement […] si on ne traite pas convenablement au stade primaire, où on peut espérer guérir la maladie de Lyme très tôt, on va voir des milliers de personnes à des stades secondaires et tertiaires ».

 

Conclusion

Après une période d’entraînement en pleine nature, les signes évoquant le surentraînement ne doivent pas faire oublier qu’il peut aussi s’agir de la maladie de Lyme. Ainsi, avec « un taux d’incidence annuel moyen estimé à 43 cas pour 100 000 habitants » (Op. Cit.), les risques inhérents à la morsure de tique ne doivent pas être pris à la légère.
S’il est facile de prévenir les complications de la maladie de Lyme par un traitement antibiotique précoce et intense (4g par jour pendant 3 semaines), nombreux sont les cas non-diagnostiqués dont les porteurs eux-mêmes ignorent qu’ils ont été mordus par une tique. En effet, les petites tiques accrochées ne sont pas toujours repérées ni même recherchées après une sortie en pleine nature. Ce n’est souvent qu’après plusieurs mois que les symptômes apparaissent et qu’un diagnostic s’impose. C’est donc à titre de prévention primaire qu’il convient d’agir en portant des tenues couvrantes et en s’inspectant après chaque sortie.
Par ailleurs, ces risques se sont étendus, ne concernant plus exclusivement les activités de pleine nature :  « cette maladie semble poser une nouvelle problématique de santé publique dans les espaces fortement urbanisés, et ce, en raison […] de la capacité polarisante des grands massifs forestiers périurbains » (Op. Cit.)
Enfin d’après une étude récente (Middelveen & Col., 2014), la maladie de Lyme serait sexuellement transmissible.

 

Rachid ZIANE

 

Références