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Dans quelle mesure l’endométriose est-elle compatible avec la pratique d’une activité physique ?

mis à jour le 15/04/2022
L’endométriose fait partie des troubles, propres aux femmes les plus mal compris voire ignorés par les entraîneurs. Pourtant, ces troubles influencent l’engagement à l’entraînement sportif et la production de performances. A défaut de pouvoir soigner, comprendre ces troubles féminins et adapter l’entraînement en conséquence pourrait aider entraîneurs et sportives concernées à progresser en direction des objectifs visés. - Qu’est-ce qu’une endométriose ? - Quels en sont les traitements ? - Dans quelles mesures endométriose et pratique d’activité physiques sont-elles compatibles ?

Qu’est-ce qu’une Endométriose ?

L’endométriose toucherait entre 1,5 à 2,5 milions de femmes (Ministère des Solidarités et de la Santé, 2022).
« C'est une maladie bénigne, mais dont les conséquences peuvent être invalidantes au quotidien [et notamment à l’entraînement sportif]. La localisation et la profondeur des lésions, le ressenti des douleurs, l'impact sur la qualité de vie, sont variables d'une femme à l'autre » (EndoFrance & ARS de Hauts de France, 2020).

Les symptômes sont : 

-    Des dysménorrhées, c’est-à-dire des douleurs survenant au moment des règles qui sont souvent invalidantes.
-    Des douleurs pelviennes et lombaires.
-    Des dyspareunies, c’est-à-dire des douleurs ressenties pendant et après les rapports sexuels.
-    Des troubles urinaires et digestifs, tels qu’une sensation de brûlures, des mictions fréquentes et des douleurs durant la selle.
 

Source : EndoFrance & ARS de Hauts de France, 2020

Quels sont les traitements ?

« […] il n’existe pas de traitement curatif pour guérir de l’endométriose. Les options thérapeutiques existantes restent limitées à la prise en charge des douleurs » (Ministère des Solidarités et de la Santé, Op.cit.).
Les objectifs des traitements sont essentiellement d’éviter le développement de lésions et d’améliorer la qualité de vie. Dans certains cas, cela peut consister à supprimer les règles en provoquant une ménopause artificielle par injections.
Mais, dans la plupart des cas, les traitements médicaux consistent à utiliser un dispositif contraceptif tels que la pillule, un implant ou un stérilet hormonal.
Lorsque les traitements médicaux ne calment pas suffisamment les douleurs, une intervention chirurgicale, le plus souvent sous coelioscopie, peut être envisagée.

Il existe par ailleurs des alternatives plus ou moins efficaces :

  • « Thérapeutiques non médicamenteuses : acupuncture, sophrologie, auto-hypnose, osthéopathie, cures thermales en complément du traitement médical […]
  • Alimentation : aucune étude ne prouve l'impact de l'alimentation sur la douleur. Cependant pour de nombreuses femmes, améliorer sa qualité de vie passe par la modification de l'alimentation » (EndoFrance & ARS de Hauts de France, 2020).

Compatibilité avec la pratique d’activités physiques : Quelles adaptations ?

Deux phénomènes permettent de mieux comprendre les femmes touchées par cette affection :

  1. « Les troubles liés à l’endométriose surviennent le plus souvent avant et au moment des règles […] ».
  2. « Si les tissus et le sang s’écoulent naturellement de l’utérus, ce n’est pas le cas des foyers d’endométriose. Il en résulte des douleurs et une inflammation des tissus autour de ces foyers » (EndoFrance & ARS de Hauts de France, 2020).

Pour autant, le principe général est que l’endométriose ne contre-indique pas à la pratique d’activités physiques.
« Les femmes atteintes d’endométriose profitent tout autant des effets positifs de l’exercice sur la santé que celles qui ne le sont pas. En principe, les premières peuvent pratiquer tous les types de sport et d’exercice qui leur plaisent et qui ne leur sont pas interdits pour d’autres raisons » (Bayer, 2020). Cependant, chaque femme étant différente, certaines activités physiques se prêtent mieux à certaines femmes plus en souffrance : « Activité physique adaptée : le yoga peut par exemple être pratiqué pour réduire les douleurs » (Ibid).
Quelle que soit l’activité choisie, la découverte ou la reprise de la pratique incite à consulter un gynécologue en plus du médecin traitant, lesquels pourront, entre autres, définir « le degré d’effort optimal pour elles avant de commencer un sport » (Ibid).

L’entraîneur sensibilisé à la problématique de ces troubles devra sans hésitation adapter son plan d’entraînement aux signes de pénibilité et de douleurs.
En effet : « La douleur est un signe que l’organisme est endommagé ou risque de l’être. Du point de vue de la santé, pratiquer une activité physique entraînant des douleurs ou en augmentant l’intensité n’a aucun sens » (EndoFrance & ARS de Hauts de France, Op.cit.).
Par exemple, dans certains cas, seuls des exercices impliquant les bras et les épaules seront possibles. Dans d’autres cas, il faudra accepter que l’entraînement ne soit tout simplement pas supportable : « Dans ce cas, et même si l’exercice procure [en général] un grand plaisir, il faut être raisonnable et cesser toute activité physique jusqu’à ce que les troubles aient disparu » (Ibid).

Si les recommandations suggèrent la pratique d’activités douces telles que le yoga, le Pilates, le Taï chi, le renforcement musculaire, il est possible pour certaines femmes atteintes de pratiquer une activité sportive intense et même compétitive. En effet et contrairement aux idées reçues : « […] endométriose et sport intense peuvent, pour certaines, faire bon ménage ! Tant qu'une activité sportive vous fait du bien, il n'y a pas de raison de vous en passer. Sandrine Gruda est, par exemple, basketteuse professionnelle et atteinte d'endométriose. [Sommer, 2021]. Elle le dit elle-même, le sport à haut niveau l'aide à gérer la maladie. La preuve que rien ne doit vous arrêter ! ».

Conclusion

L’endométriose est une maladie aux nombreux symptômes et aux causes mal connues associant plusieurs facteurs. Pour cette raison, cette maladie est difficile à diagnostiquer. Aussi et comme le signale Ministère des Solidarités et de la Santé sur son site internet « […] Aujourd’hui, le diagnostic est trop souvent tardif […] (délai estimé à en moyenne 7 ans) ». C’est notamment pour cette raison que cette institution a lancé en mars 2021, une mission dotant la France d’une stratégie nationale de lutte contre l’endométriose. Il s’agit ainsi de lutter contre l’errance diagnostique et d’améliorer la prise en charge des femmes concernées.
L’entraîneur peut aussi agir à son niveau. Informé, il doit continuer à croire en la sincérité et en l’engagement des sportives concernées et envisager des adaptations plus ou moins ponctuelles de l’entraînement en durée, en intensité et/ou en complexité des tâches, mais aussi en termes de récupérations entre efforts et de repos entre séances. Il s’agira plus encore de dévoluer à l’intéressée en toute confiance, donc sans questionnement invasif, tout ou partie de la gestion de ces variables : « lorsque les troubles liés à l’endométriose sont particulièrement forts, il faut savoir adapter son plan d’entraînement à ses symptômes » (EndoFrance & ARS de Hauts de France, Op. cit.).

 

Rachid ZIANE

 

Références