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Force, mouvement et plans anatomiques : importance et considérations pour une optimisation de la performance.

mis à jour le 22/02/2021

Dans l’optique du développement de la force, la majorité des encadrantes, encadrants et des pratiquantes, pratiquants utilisent des exercices de base, polyarticulaires, notamment issus de l’haltérophilie (squat, arraché de terre, développé couché, etc ). Ces exercices mobilisant des charges additionnelles font partie des moyens les plus efficaces pour gagner en force. Cependant en considérant la notion de plans anatomiques, on note que la majorité de ces mouvements ne s’effectuent que dans un seul plan à la fois alors que les habiletés motrices spécifiques à une activité sportive s’effectuent, elles, dans plusieurs plans.

Ce constat nous amène à questionner la nature des transferts de force de ces exercices sur les actes moteurs spécifiques aux différents sports. Les notions de transférabilité et d’efficience motrice prennent dès lors toute leur importance et modifient la perception que l’on peut se faire de la force et de ses différents modes d’expression.

Le système de référence anatomique et les plans anatomiques et axes

Le système de référence anatomique désigne l’ensemble des terminologies autorisant la description anatomique précise d’un organisme.

Elle définit une position de référence qui permet de situer le corps dans l’espace et de définir les différents plans anatomiques. Ces plans coupent en deux le corps, selon des directions données et sont au nombre de trois :

  • Le plan sagittal/médian : c’est le plan vertical, orienté d’avant en arrière. Il sépare la moitié gauche de la moitié droite du corps, définit si une structure est plus médiale (à l’intérieur) ou latérale (à l’extérieure qu’une autre).

  • Le plan frontal : il est perpendiculaire au plan sagittal, détermine le haut et le bas et définit si une structure anatomique est supérieure (plus haute) ou inférieure (plus basse) à une autre. On évoque les termes « proximal » et « distal » également.

  • Le plan transverse/horizontal : il est perpendiculaire aux 2 plans précédents, et coupe le corps en 2 parties (antérieure et postérieure). Les termes « ventral » ou « dorsal » sont également utilisés pour comparer la position d’une structure anatomique.


De ces différents plans, 3 axes anatomiques se dessinent :

  • L’axe céphalo-caudal/longitudinal : de haut en bas perpendiculaire au plan horizontal formé par l’intersection du plan sagittal et du plan frontal. Il est également appelé « axe médian ».

  • L’axe antéro-postérieur : Il passe d'arrière en avant, est perpendiculaire au plan frontal et formé par l’intersection du plan sagittal et du plan transversal.

  • L’axe transversal/latéro-médial : Il passe de droite à gauche du corps, est perpendiculaire au plan sagittal. Formé par les plans transversal et frontal.


Pourquoi faut-il prendre en considération les plans anatomiques dans les exercices de renforcement musculaire ?

La question de la correspondance entre les spécificités biomécaniques d’un mouvement et les exercices basiques de renforcement musculaire se pose. Lors d’une course en ligne droite, les actions motrices effectuées sont principalement réalisées dans le plan sagittal et l’axe antéro-postérieur (que ce soit en termes de déplacement, ou de la rotation des articulations principalement sollicités : cheville-genoux-hanches-épaules). Le squat parait donc adapté à ce genre d’action motrice car il sollicite la triple extension hanche/genou/cheville dans le plan sagittal. Cependant dans le cadre d’un changement de direction, notamment comme pour les sports collectifs, la sollicitation du squat semble ne pas être optimale. En effet, les plans horizontaux et frontaux sont sollicités lors d’un changement de direction.

Nous pouvons alors dès lors nous interroger : la pratique du renforcement musculaire sollicite-t-il les différents plans du corps ?

Si nous observons la pratique actuelle en musculation, comme les soulevés de terre, les développés couchés, les développés militaires ou même les tractions sollicitent quasi-uniquement le plan sagittal.

Cette tendance à utiliser le plan sagittal peut s’expliquer en plusieurs points. Ils constituent tout d’abord des exercices résultant de la décomposition des techniques d’haltérophilie.  Le plan sagittal est, a priori, le plus simple à solliciter. Bon nombre d’actions motrices s’effectuent simplement dans ce plan. Par ailleurs, il permet aisément de soulever des charges lourdes et surtout d’en faciliter le contrôle. Enfin, nous avons également tendance à associer « fort » à « sans blessure » en sollicitant les principales ceintures anatomiques.

Un renforcement musculaire s’effectuant dans un seul plan anatomique peut en revanche avoir des limites sur les aspects de transfert de force. En effet, dans le cas d’une course multidirectionnelle, si cette personne a l’habitude de courir dans le plan sagittal (en ligne droite), comment peut-elle assurer le transfert de ces forces linéaires vers le plan frontal (pour aller à gauche ou la droite) ou vers le plan horizontal (pour se retourner) ?
Cette capacité de changement de direction est en réalité liée à la capacité à transférer les forces d’un plan à un ou plusieurs plans.

Vers une diversification des mouvements en fonction des plans anatomiques

La prise en compte des plans anatomiques devrait être donc centrale dans la conception d’entraînements en préparation physique. Ainsi, dans le cas du tennis par exemple, les différents déplacements de fond de court se font principalement dans le plan frontal et les frappes de balle se font à la fois dans le plan sagittal et horizontal.

Les plans d’entrainement en musculation doivent considérer ces contraintes et amener à une diversification des exercices, pour ne pas « être fort pour être fort ». Les situations proposées doivent donc amener à une situation d’exploration motrice permettant de passer d’un plan à un autre ou de solliciter plusieurs plans dans le même temps.

Nous pouvons en déduire qu’un plan d’entrainement de renforcement musculaire, ne proposant de travailler que dans un plan anatomique unique, peut être réducteur au regard de l’acquisition d’une force spécifique dans différentes dimensions. La charge additionnelle sera de moins en moins importante dans la sollicitation de plusieurs plans.

Nous pouvons illustrer ce continuum de la façon suivante :

1. Leg press/Presse à cuisse  : exercice mono-articulaire, guidé dans le plan sagittal, qui permet de solliciter les membres inférieurs, dans contrôle de charge directe.

2. Squat : exercice permettant de solliciter une charge et un déplacement sagittal.

3. Fente latérale : exercice permettant de solliciter une charge dans le plan frontal principalement, et le plan sagittal secondairement.

4. Arabesque avec rotation (hip Airplane) : sollicitation de la hanche à la fois dans le plan sagittal et dans le plan horizontal (vidéo).

5. Cossack squat : sollicitation principalement par la masse corporelle, dans le plan frontal et sagittal.

6. Fente avec rotation des épaules et extension des membres supérieurs (Split squat & chop) : permettant de solliciter à la fois le plan sagittal (avec les membres inférieurs), et le plan frontal et horizontal (ceintures pelviennes) (vidéo).

7. Cossack squat ou pistol squat : permet de solliciter le plan frontal lors du cossack squat (vidéo), le plan horizontal quand on amène la jambe tendue vers l’avant et le plan sagittal quand on fait le pistol squat (vidéo).

Cet exemple montre une complexification de l’exécution des mouvements : de plus en plus de groupes musculaires sont impliqués et sollicités dans les différents plans.

Conclusion

La capacité de l’encadrant à prendre en considération les différents plans anatomiques est primordiale : se limiter à un seul plan ne permet pas une exploration motrice optimale. La capacité du corps à transférer de l’énergie d’un plan à un autre doit se faire en amont avec des situations qui se complexifient de plus en plus. La prise en compte de ces paramètres permettra alors de trouver des situations qui autoriseront de meilleures adaptions motrices, amenant à un risque de blessure plus faible.

 

Benjamin DUMORTIER

 
* Les images d’illustration sont issues du site sci-sport.com. Les liens vidéos sont donnés à titre d’exemple pour une meilleure compréhension des mouvements et n’engagent que leurs auteurs.
 

Références

  • Reiss D., Prevost Pascal. La Bible de la préparation physique. Edition Amphora
  • Broussal-Derval et coll. La préparation physique moderne. 4Trainer Edition
  • Contreras B. Fessier : Le guide ultime. 4Trainer Edition.