Conseil départemental

La kinésithérapie au service au service des sportifs

mis à jour le 25/01/2021

De nombreuses sportives et sportifs consultent une ou un kinésithérapeute avec l’idée de faire disparaître des douleurs musculaires et autres traumatismes articulaires.
Le point de vue de Steeve CHIAPOLINI est intéressant à plusieurs titres. Après une licence professionnelle "Métiers de la forme – Responsable d’équipe et de projets", Steeve a repris les études jusqu'à devenir kinésithérapeute. À son compte depuis plusieurs années, il a poursuivi sa formation en physiothérapie notamment. Actuellement, il emploie cinq kinésithérapeutes assistants, une ostéopathe ainsi qu'une psychologue et, passionné de sport, il monte également un second cabinet pour prendre en charge la prévention et la réhabilitation de plusieurs pôles France (athlétisme, handball, boxe et football), ainsi que des sportives et sportifs professionnel.le.s de la région.

Rachid Ziane : Quels sont les domaines d’action de la kinésithérapie ?

Steeve Chiapolini : Le champ de compétences de la kinésithérapie est extrêmement large. Les différents systèmes physiologiques du corps humains sont les cibles des traitements : musculaires, nerveux, circulatoires... Chacun des systèmes possède une capacité d'auto-guérison afin de rétablir son fonctionnement et son équilibre dans le corps humain. Mais, leurs fonctions peuvent être perturbées pour diverses raisons : immobilisation, traumatisme, maladie, infection, dégradation de l’hygiène de vie…
C’est par son analyse, son expertise et ses stratégies thérapeutiques que le kinésithérapeute va participer à rétablir le fonctionnement et l’équilibre de ces différents systèmes. Pour cela, il va employer une approche clinique et piocher dans son arsenal thérapeutique, le mouvement étant le socle du traitement.
Cependant, depuis une dizaine d’années, la profession a entamé une mutation parallèlement aux avancées de la recherche scientifique. En effet, la kinésithérapie s'est tournée vers une démarche EBP (Evidence based practice). Cela a eu pour effet de modifier considérablement la prise en charge des patients et par nécessité la structure des cabinets. Les domaines d’expertise se sont eux aussi élargis recourant, par exemple, à la pratique de la thérapie invasive et en amont à l’échographie fonctionnelle pour préciser l’examen clinique et le bilan kinésithérapeutique.

Rachid Ziane : Quelle est la différence entre kinésithérapie et ostéopathie ?

Steeve Chiapolini : Loin des idées reçues et des polémiques de corporations, le kinésithérapeute ne s’occupe pas d’une pathologie localisée mais bien de traiter un patient dans sa globalité et sa spécificité. Tout comme l'ostéopathie, la kinésithérapie cherche à traiter les causes et les conséquences qui ont amené le patient à consulter. L’objectif est de rétablir la fonction spécifique et globale du patient.  
Bien que sur certains aspects, ces deux professions soient proches et complémentaires, la principale différence réside dans l’action thérapeutique et les outils utilisés. La prise en charge thérapeutique du kinésithérapeute est majoritairement placée sur la participation active du patient et rend celui-ci acteur de son traitement par le mouvement. Le kinésithérapeute va moduler ses choix thérapeutiques en fonction des phases de la pathologie (Hand-On /Hand-Off) et va pouvoir utiliser d’autres outils thérapeutiques que ses mains.
Par ailleurs, le kinésithérapeute est un professionnel de santé inscrit au Code de santé publique, possédant un Conseil de l’Ordre et de ce fait, il est soumis à un code de déontologie professionnel strict, ne lui permettant pas de travailler dans des structures de type commercial, ni de faire de la publicité.

Rachid Ziane : En quoi consiste une séance chez le kinésithérapeute ?

Steeve Chiapolini : Comme dans toutes professions de santé, chaque séance commence par une évaluation de l’état de santé physique et psychique du patient. Cela permet d’avoir une vision globale des événements passés entre deux séances. La séance se poursuit par l'application d’une ou plusieurs thérapies. Le choix est fondé sur l’état de santé du patient et sur le bilan effectué lors de la première séance qui aura défini des objectifs et des stratégies thérapeutiques pour les atteindre.

Deux champs thérapeutiques vont alors être possibles :

  • Les thérapies passives : ce sont les thérapies manuelles (mobilisation articulaire/tissulaire, manipulation, massage manuelle ou instrumenté, étirement…), la physiothérapie (électrothérapie, onde de choc, TECAR thérapie, laser…), la thérapie invasive (dry needling), ainsi que le strapping, le tapping.
  • Les thérapies actives : elles visent le développement des qualités physiques déficitaires (mobilité, force, hypertrophie, endurance musculaire et cardio vasculaire, puissance, stabilité, coordination, contrôle moteur, travail postural, neurocognitif…).

La combinaison, l’association, la gestion, de ces différents champs et outils vont être utilisées par le kinésithérapeute dans sa programmation de santé, via une méthodologie thérapeutique.

Quelques exemples en vidéos (auteur : S. Chiapolini)

Rééducation de l'épaule :

Rééducation Athetic groin pain (AGP) ou douleur athlétique à l’aine : travail excentrique adducteur et oblique (chaînes croisées)

Rachid Ziane : Quelles sont les limites de la kinésithérapie ?
 
Steeve Chiapolini : Les limites sont inhérentes à l'état de santé général du patient et/ou du degré lésionnel de la structure atteinte. Celle-ci nécessitera alors un traitement pharmaceutique ou chirurgical. L'établissement d’un bon diagnostic médical et kinésithérapeutique doit permettre de limiter les échecs thérapeutiques et d’orienter au mieux le traitement et le patient.  
 
Rachid Ziane : Quelles en sont les contre-indications ?  
 
Steeve Chiapolini :  La kinésithérapie n'utilise pas un seul type de thérapies, cela permet d’augmenter les indications. Il n'existe pas de contre-indications à la kinésithérapie mais plutôt, une non-indication en lien avec l'efficacité du traitement face à la pathologie rencontrée ; le plus souvent des pathologies telles que des maladies infectieuses non-chroniques et certaines inflammations veineuses (phlébites). Le kinésithérapeute est consultable à tout âge et est présent dans chaque domaine de la médecine pour son action directe ou indirecte sur la pathologie et l'état de santé globale du patient.

Rachid Ziane : Que peut apporter la kinésithérapie aux sportifs ?  

Steeve Chiapolini :  L’activité physique qu’elle soit encadrée ou non peut générer d’éventuelles pathologies. Le sportif est un patient qui possède des spécificités propres au sport qu’il pratique. La kinésithérapie du sport est un domaine d’expertise qui confère au thérapeute des connaissances plus précises en termes de traumatologie du sport, de mécanique du mouvement et ainsi d’optimiser la prise en charge du sportif et son retour sur le terrain ou RTP (Return to Play).
Un travail de coopération avec l’entraîneur et le préparateur physique est mis en place pour atteindre ces objectifs. Plus le niveau du sportif est élevé, plus le kinésithérapeute va prendre une place importante dans le staff. Ce praticien participe ainsi conjointement à l’élaboration de la prophylaxie, la réhabilitation, la réathlétisation et la récupération du sportif.

Rachid Ziane : Les sportifs doivent-ils consulter régulièrement un kinésithérapeute ?  

Steeve Chiapolini :  Le système économique de santé actuel est peu propice à une prise en charge régulière, au long court ainsi que sur la prévention chez le sportif amateur. Seuls les sportifs de très haut niveau en bénéficient. Cependant, l’augmentation des pratiques sportives depuis plus de 30 ans dans la population et son accessibilité grandissante augmentent considérablement l’importance de consulter un kinésithérapeute du sport afin de mieux encadrer les pratiques et de minimiser les risques de blessures. Dans les faits, cela est peu mis en place pour diverses raisons : manque de disponibilités des praticiens, méconnaissance des compétences et pratiques de la kinésithérapie du sport par le corps médical et la population générale...