Conseil départemental

L’activité physique est-elle incontournable pour l’hypertension artérielle ? Partie 2

mis à jour le 14/12/2020

Dans une première partie, nous avions défini l’hypertension artérielle (HTA) et souligné les effets bénéfiques de l’exercice sur cette pathologie. L’objet de cette seconde partie sera de préciser les modalités de pratique selon le profil de l’HTA en nous appuyant sur les recommandations en vigueur.

Le rôle central de l’examen médical dans la prescription de l’activité physique

Tous les sujets hypertendus doivent bénéficier d’une évaluation médicale de leurs facteurs de risque (HTA, DT2, cholestérol, tabac, sexe, antécédents familiaux de maladies cardiovasculaires, bilan rénal…) ainsi que du calcul de leur risque cardiovasculaire global (RCVG) (1) avant de recevoir des conseils pour améliorer leur mode de vie, la prescription d’une activité physique adaptée, indépendamment d’une prescription médicamenteuse pour leur HTA.

Les personnes atteintes d’une HTA de stade 1 et 2, après bilan cardiologique, peuvent pratiquer une activité légère ou modérée, voire une activité physique (AP) d’intensité élevée selon l’avis médical.
L’autorisation de la pratique d’une (AP) pour les hypertendus de stade 3 se révèle beaucoup plus complexe et nécessite un bilan très soigneux et le contrôle préalable des chiffres tensionnels.
Il n’existe pas de recommandations uniformes pour la mise en route d’une AP chez les patients hypertendus.

Les paramètres à prendre en compte sont :

  • Le nombre de facteurs de risque et le résultat du calcul du risque cardiovasculaire global, la présence de retentissement de cette HTA ou des autres paramètres bio médicaux sur les organes cibles (cœur, cerveau, reins).
  • La réponse au traitement médicamenteux s’il a été mis en route (tolérance et résultat chiffré).

C’est à partir de cet ensemble de données que l’on peut conseiller une activité physique en termes d’intensité et de fréquence en prenant en compte les envies du sujet.

(1) Le risque cardiovasculaire global (RCVG) est la probabilité calculée (à partir d’équations connues et facilement utilisables) de la survenue d’accidents cardio-vasculaires aigus ou de décès cardiovasculaires pour une échéance de 5 ou 10 ans.

Recommandations de l’AP pour les sujets souffrant d’HTA

Le médecin et les professionnels des activités physiques adaptées (APA) doivent accompagner progressivement le sujet vers un changement de comportement de mode de vie plus actif et moins sédentaire, notamment par la pratique régulière d’une APA.

Tout en sensibilisant les sujets sur les bienfaits de l’activité physique de la vie quotidienne (marcher, monter les escaliers, faire le jardinage, le ménage…), il faut présenter la pratique d’une APA comme fondamentale pour optimiser les bénéfices escomptés. Les AP d’endurance doivent être privilégiées et peuvent être complétées par des AP en renforcement musculaire d’intensité modérée, en augmentant progressivement la durée et en les associant avec des exercices d’assouplissement comme le préconisent les recommandations de la Haute Autorité de Santé.

Le tableau suivant résume les principales recommandations éditées par l’European Society of Cardiology (ESC), en relation avec le tableau de classification des sports de Mitchell and coll.


Classification des activités de loisirs et sportives selon leurs contraintes cardio-vasculaires (Haute Autorité de Santé)


Observance : une coordination nécessaire entre le sujet, le médecin et les professionnels de l’APA

L’état de motivation détermine la capacité d’un individu à changer initialement de comportement et à poursuivre avec assiduité la pratique d’une activité physique.
La motivation du sujet pour les AP doit ainsi être soutenue et renforcée à toutes les étapes du parcours de santé par le médecin lors de la consultation initiale et tout au long du suivi, mais également par l’ensemble des professionnels de l’APA amenés à encadrer les AP prescrites.
Le médecin peut tout d’abord s’appuyer sur le modèle transthéorique de changement de comportements (TTM) de Prochaska et Di Clemente (1983)(2) afin d’évaluer et de suivre l’état de motivation du patient pour les AP choisies avec lui.


Dans la suite du parcours de santé, les professionnels de l’APA auront un rôle déterminant dans les facteurs motivationnels en créant et en maintenant un climat motivationnel et des conditions favorables à une pratique assidue et plaisante.
Ils pourront pour cela s’appuyer sur les facteurs de motivation à l’AP chez les adultes qui sont : la santé, le contrôle du poids, le ressenti de bénéfices physiques (diminution des sensations de fatigue et de dyspnée à l’exercice) et psychologiques (plaisir, bien-être), l’estime de soi, la valeur physique perçue (apparence physique et force musculaire pour les hommes), la socialisation et le sentiment d’accomplissement (implication et persévérance).

(2) Le TTM distingue cinq stades de motivation : l’indétermination, l’intention, la préparation, l’action et la consolidation. Le passage d’un stade à un autre s’accompagne d’une augmentation de l’AP du patient et de sa « confiance en soi » (auto-efficacité). Le sujet peut se situer à différents stades selon les différents types d’AP envisagées.

Conclusion

La pratique d’une activité physique adaptée et régulière, associée à une hygiène de vie complémentaire, joue un rôle majeur dans le cadre de la prise en charge de l’HTA. Elle permet une amélioration de la qualité de vie et du contrôle des chiffres tensionnels (et donc un effet sur le pronostic à long terme, non démontré mais vraisemblable). Une étroite relation entre les professionnels de santé et les patients déterminent (en partie mais à des degrés variables selon les individus) l’observance de la pratique régulière et donc son efficacité. La diversité des activités présentées laisse à penser que chacun pourra faire des choix en fonction de ses envies et ainsi bénéficier des bienfaits de la pratique adaptée de manière pérenne.

Thierry PINJON, UPEC

Références

  • Dr. Patrick Bacquaert Bougez et hypertension artérielle IRBMS.com 2018
  • Dr. Patrick Bacquaert Hypertension artérielle et Activités Physiques Adaptées (APA) IRBMS.com 2018
  • B. Gojanovic.Activité physique, sportet hypertension artérielle. Revue Médicale Suisse. 2015
  • Commission médicale du Comité national olympique et sportif français, Société française de médecine de l’exercice et du sport. MédicoSport santé. Dictionnaire à visée médicale des disciplines sportives. Paris: CNOSF; 2017
  • Haute Autorité de Santé, Prescription d’activité physique et sportive Hypertension artérielle, 2018
  • Cornelissen VA, Fagard RH. Effects of endurancetraining on blood pressure, blood pressure-regulatingmechanisms, and cardiovascularriskfactors. Hypertension
  • 2005;46:667-75.
  • Haute Autorité de Santé. Guide de promotion, consultation et prescription médicale d’activité physique et sportive pour la santé chez les adultes. 2019