Conseil départemental

Les mécanismes sous-jacents au mouvement : le système visuel  et le système oculomoteur

mis à jour le 14/09/2020

La captation du monde par nos sens est une nécessité primordiale : à l’origine il permettait la survie dans un environnement hostile, mais offrant des ressources. Aujourd’hui, nos capacités sensorielles sont sollicitées dans un autre registre pour nous permettre d’assoir notre compréhension et notre maîtrise du monde, mais également, in fine, de nous-même. Sans capacité sensorielle, l’information n’existe pas. Sans information fiable, pas de capacités motrices élaborées. Le capteur sensoriel le plus fort et le plus conceptuel est l’œil. Ce capteur nous permet de mettre en image le monde qui nous entoure, de le colorer et de mieux l’appréhender. La vision représente la principale entrée sensorielle du corps humain, la plus compréhensible, la plus « préhensible » pour la plupart d’entre nous. L’adage « Je ne crois ce que je vois » résume bien cette emprise de la vision sur notre conception du monde. Cependant, comme pour les autres aspects sensoriels, la vision est un aspect minoré par la majorité des encadrants, notamment par rapport aux aspects physiques « classiques » et technico-tactiques. L’intervenant en activité physique a une possibilité de prendre en compte et d’agir sur le système oculomoteur pour améliorer la capacité visuelle des encadrées.

Quelques rappels

L’œil permet de capter et d’analyser la lumière et les couleurs, de distinguer les formes (sans toucher) et finalement d’interagir avec l’environnement.

D’un point de vue anatomique, on parle de « globe oculaire » constitué dans sa partie antérieure de la cornée et de la sclère sur le reste du globe (le « blanc de l’œil »). La cornée est une partie transparente, permettant ainsi à la lumière de rentrer dans le globe oculaire. Ce globe est composé de différentes enveloppes appelées tuniques : externe, moyenne et interne.
Sans rentrer dans les détails de ces différentes tuniques, nous signalerons ces différents éléments :

  • Le cristallin : situé au niveau de la tunique moyenne, c’est une lentille convergente naturelle. Elle permet de focaliser l’image sur la rétine en fonction de la distance ;
  • La rétine : située sur la tunique interne, elle est le lieu sensible de l’œil. C’est ici que la lumière est captée et transformée en potentiel d’action pour interpréter le signal lumineux. Cette rétine est elle-même décomposée en plusieurs sous-parties :
    - La fovéa : qui est sensible aux couleurs (grâce aux bâtonnets) et participe à la précision de la vision.
    - La macula leta : qui assure la motilité de l’œil. Cette motilité est le déplacement spontané de l’œil, grâce à la haute concentration de cette zone en cônes, qui permet une grande précision visuelle en condition diurne (pleine journée).
    - La papille : qui est « la tache aveugle ». C’est la jonction avec le nerf optique où il y a aucune cellule photosensible.
  • Le nerf optique : qui permet une liaison directe avec le cortex visuel… pour assembler les images des deux yeux.

Pour que la prise d’information soit possible et correctement discriminée par le système nerveux central, la motilité de la macula doit être assurée via un système musculaire. Ce dernier est composé de 6 muscles, appelés muscles oculomoteurs :



Ainsi, le système visuel peut assurer une prise d’informations dans l’espace qui seront interprétées par le système nerveux central.

Système visuel et système vestibulaire : une relation réflexe

Le système visuel et le système vestibulaire sont intimement liés ; les différents réflexes archaïques qui relient ces deux entités témoignent de cette relation indissociable.
Parmi ces réflexes, nous pouvons souligner le réflexe de redressement de la tête oculaire et labyrinthique. Ce réflexe est primordial, notamment pour la capacité d’attention et de fixation du regard en dissociation avec les muscles du cou. La position de la tête est notamment donnée par le système vestibulaire (via l’accélération) et les muscles du cou (proprioception). Ainsi, les yeux peuvent se déplacer indépendamment de la position de la tête pour fixer le regard sur une cible quelconque.

Le réflexe vestibulo-occulaire est également une preuve de cette relation. Ce réflexe permet de dissocier le mouvement de tête et la fixation de l’objet par les yeux. Ainsi, lorsque la tête fait un mouvement accéléré vers une direction, après un léger temps de latence (7ms environs.), les muscles oculomoteurs exécutent un mouvement opposé à ce mouvement de la tête pour fixer l’image.  Par exemple, lorsque la tête tourne vers la gauche, les yeux effectuent donc un contre-mouvement vers la droite. Ainsi, quel que soit le mouvement de tête, nous sommes capables de fixer un objet en tournant la tête.

L’importance du système vestibulaire, que nous avons déjà décrit, est important dans la capacité visuelle : comme le montre la pyramide d’apprentissage de Williams et Shellenberger, ce système est situé à la base de l’apprentissage moteur.

Par ailleurs, le système visuel est « relié » aux muscles du cou : une défaillance quelconque de ce système peut amener à des compensations sur le plan postural. En effet, une modification du tonus oculomoteur par exemple, impliquera une modification du tonus des muscles du cou. Ainsi, il y aura une adaptation posturale.

Comment tester le système visuel et son potentiel moteur ?

Au-delà des aspects visuels purs et de ses corrections ophtalmiques sur lesquels les éducateurs sportifs n’ont aucun pouvoir, ces derniers peuvent intervenir sur les muscles oculomoteurs. En effet, l’entraînement visuel ne peut qu’être oculomoteur. Cependant, nous tenons à préciser qu’il existe une spécialité dans l’entraînement oculomoteur : l’orthoptie. Les orthoptistes  sont capables de faire un bilan complet de la capacité motrice visuelle et de mettre en place les corrections nécessaires pour rétablir cette dernière. Si vous avez un doute, même après les tests, conseillez à vos sportifs  de se faire prescrire une ordonnance pour un bilan orthoptique. 

Déterminez l’œil directeur de votre sportif : c’est celui-ci qui prendra principalement l’information dans l’espace. Pour cela, demandez au sportif de faire un petit rond avec ses mains devant soi. Demandez de regarder un objet lointain (1 à 3 m) à travers ce rond et de rapprocher les mains vers le visage sans perdre l’objet de sa vision. L’œil directeur est l’œil qui regarde par ce trou.

Ensuite, faites ces 2 tests de terrain pour avoir des indices de dysfonctions oculo-motrices :

  • La convergence en suivi : prenez un stylo et partez d’une cinquantaine de centimètres de la racine du nez de la personne testée. Demandez de fixer la pointe du stylo. Approchez le stylo lentement à la racine du nez. Notez si un œil ou les deux ne sont pas capables de converger à la racine du nez. Attention, il faut réellement que les yeux convergent à la racine du nez, pas sur le bout du nez.
  • La convergence en saccade : mettez la pointe du stylo à la racine du nez et demandez au sportif de fixer au loin. Ensuite, demandez de fixer la pointe de stylo rapidement. Notez si un œil ou les deux ne convergent pas.

Notez également si l’œil directeur est hypo-convergent. Cela peut engendrer des problèmes de positionnement dans l’espace ou une incapacité à prendre certaines informations.

Exercices oculomoteurs

L’entraîneur peut mettre en place des exercices oculomoteurs, notamment à l’échauffement pour améliorer les capacités sensorielles des sportifs dont il a la charge. Il peut par exemple :

  • Demander de tenir un objet à bout de bras et de le fixer avec les yeux. Tout en fixant cet objet, faire des mouvements de tête plus ou moins accélérés.
  • Demander de tenir un objet à 10 cm de son visage (décaler sur la droite puis sur la gauche). Fixer cet objet pendant 3 secondes puis chercher un point au loin. Revenir sur cet objet. Répéter plusieurs fois.
  • Regarder le bout de son doigt et le fixer. Faire des cercles devant un des deux yeux et le rapprocher petit à petit. Faire de même avec l’autre.
  • Faire des 8 devant les yeux avec son doigt et le rapprocher au fur et à mesure, pui l’éloigner au fur et à mesure.
  • Demander à un partenaire de tenir un objet ou de lever un doigt. Demander de fixer cet objet, fermer les yeux, demander au partenaire de déplacer l’objet, rouvrir les yeux et refixer le plus rapidement possible l’objet.

Ceci n’est qu’une liste non-exhaustive de ce qui peut se faire comme entraînement oculomoteurs. Le but est réellement de se focaliser sur cet aspect afin d’acquérir une meilleure maîtrise et sensibilité de l’entrée sensorielle.

Conclusion

La vision est une entrée sensorielle qui est peu connue et peu entraînée. Considérée comme « acquise », l’entraîneur la délaisse. Or, un défaut de la motricité oculomotrice, notamment de l’œil directeur, peut impacter directement la capacité à lire les trajectoires, à prendre des informations mais également influence la posture du sportif, créant des adaptations posturales qui peuvent se révéler délétères  à long terme. La capacité de l’encadrant à évaluer cet aspect peut permettre une meilleure prise en charge du sportif, notamment en redirigeant ce dernier vers les orthoptistes, spécialistes de la rééducation oculomotrice. Il ne faut pas non plus négliger le système vestibulaire dont la relation est directe avec le système visuel. Une mauvaise calibration de ce dernier peut impliquer un mauvais fonctionnement oculomoteur.

Benjamin DUMORTIER

 

Références

  • Neurosciences, Purves et coll. Edition originale 1997. Réedition 2017. Deboek Supérieur.

  • Vilbert JF et coll., Neurophysiologie : De la physiologie à l'exploration fonctionnelle. 3eme édition. Elsevier.