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Préparation physique : nouvelles interprétations et pistes pour lutter contre la fatigue

mis à jour le 17/11/2021
La fatigue est un sujet fréquemment interrogé par les entraîneurs mais aussi régulièrement exploré par les chercheurs. Si l’éclairage neurologique a pu apporter des interprétations intéressantes (Lacour, 2012), des recherches prospectives plus récentes (Millet, 2021) suggèrent des solutions intéressantes pour les sportifs et les entraineurs.

Eclairage neurologique et dimension tissulaire de la fatigue

On sait depuis 1860 avec Setchenov, que c’est le système nerveux central qui commande toutes les grandes fonctions de l’organisme. Il était donc logique que soit investiguée la relation entre la fatigue et le système nerveux central.

Ainsi et bien que « […] d’origine métabolique […] les origines de la fatigue dans la pratique sportive pourraient aussi être tissulaires […] de la "casse" [de fibres musculaires] qui, par les messages qu’elle distille au cerveau, réduit aussi à terme la capacité à maintenir la même intensité d’engagement dans l’exercice » (Maquet, 2014 citant Lacour, 2012).

Cependant, il serait réducteur de s’en tenir au seul éclairage neurologique, la fatigue pouvant être de toute autre nature et s’exprimer sous d’autres formes.

La fatigue dans toutes ses dimensions

En effet, Guillet & Genéty (1973) définissent la fatigue comme étant « […] la conséquence d’excès désordonnés ou d’insuffisance de sécrétions hormonales […] avec des altérations métaboliques qui en découlent ».
Selon ces auteurs, ces altérations seraient plus précisément :

  • un excès de catabolisme, c’est-à-dire épuisement des réserves énergétiques,
  • une insuffisance d’anabolisme glucidique et protidique, c’est-à-dire de reconstitution des réserves énergétiques et de restauration des tissus lésés,
  • des pertes ioniques, donc de sels minéraux et d’oligo-éléments ainsi que des pertes hydriques non-compensées, c’est-à-dire une déshydratation,
  • des réactions inflammatoires,
  • une tension émotionnelle, pouvant rendre irascible ou au contraire déprimé.

A la fois physique et psychique, si la fatigue peut s’exprimer sous différentes formes, elle aboutit toujours au même résultat : l’impossibilité de poursuivre l’effort. Il est donc question de durées limites de sollicitation des ressources aboutissant à leur épuisement ; ces limites dépendant de l’intensité des efforts produits.

Différentes formes d’expression de la fatigue

À court terme :

  • pénibilité durable et d’intensité croissante.
  • difficulté croissante à maintenir l’intensité et/ou la durée de l’effort.
  • dégradation de la technique et augmentation du coût énergétique.

La dégradation de la technique est un indicateur fort qui doit conduire à réduire l’intensité voire à faire cesser l’effort, évitant ainsi l’apparition de douleurs anormales annonciatrices de blessures possibles.

À moyen terme

Les variations de l’état de forme et des "performances" en compétition et à l’entraînement, avec une tendance à la baisse doit inciter l’entraîneur à imposer du repos. Il devra également envisager une reprise progressive en durée et en intensité. En cas de récurrence des épisodes de fatigue, l’entraîneur devra envisager de changer de méthode d’entraînement, pour stimuler le développement de ressources relevant d’autres dimensions de la performance.

À long terme

Lorsque la récupération est insuffisante, la fatigue s’accumule de séance en séance et pouvant aboutir au surentraînement. Le repos s’impose alors jusqu’à une récupération complète, tant physique et physiologique que psychologique. La reprise de l’entraînement sera envisagée à partir de la disparation totale des diverses douleurs et inconforts et du retour de l’envie de pratiquer.

Dernières découvertes

Pourtant et à l’inverse du bon sens, qui consiste ainsi à arrêter de pratiquer, Millet (2021) suggère que : « pour sortir de la fatigue, il convient de briser le cercle vicieux selon lequel plus je me sens fatigué, plus je vais adopter un comportement sédentaire ».
En effet, cet auteur (Ibid) alerte au sujet des effets d’une telle réaction face à la fatigue :

  • Perte de la masse musculaire et de l’aptitude cardio-respiratoire.
  • Renforcement du sentiment de fatigue incitant à se reposer.

Ces deux phénomènes alimenteraient ce cercle vicieux : avec moins de masse musculaire et une moins bonne condition cardio-vasculaire, les efforts sont plus fatigants incitant à s’arrêter.

Cet auteur conclue que « Contrairement aux idées reçues, pour sortir de la fatigue, il faut donc faire de l’activité physique. Ça fonctionne presque à chaque fois » (Ibid). Toute la difficulté consiste alors à « apporter des solutions adaptées en termes de recommandations […] individualiser la réponse » (Ibid).

Conclusion

Au début des années 60, Bugard (1960) et Chauchard, (1962), alertaient sur le fait que la fatigue n’était pas toujours prise en compte comme dimension de la performance à optimiser. Cette omission, encore d’actualité chez bon nombre de sportifs et même d’entraîneurs, peut conduire certains à recourir au dopage pour en effacer les signes, plutôt que de développer des méthodes d’entraînement pour la retarder.

La prise en compte de la fatigue ne peut ignorer qu’elle est multidimensionnelle « […] à la fois physique et psychique subjective et objective, mettant en jeu la motivation d’une part et les fonctions neuro-musculaires, cardiaques et respiratoires d’autre part » (Guillet & Genéty, Op. cit.), ne pouvant ainsi pas s’expliquer par le seul éclairage neurologique. La variété des exercices d’entraînement, en durée, en intensité, en complexité et des situations psychologiquement stimulantes, peut permettre de dépasser la dimension physiologique de la fatigue voire de solliciter d’autres ressources que celles qui semblent épuisées.

Ainsi et comme le suggère Millet (2021) : « même si c’est contre-intuitif, bouger est une bonne solution pour diminuer la fatigue ».

Mais, lutter contre la fatigue impliquera aussi et d’abord de reconsidérer et des restaurer les différentes dimensions de l’hygiène de vie : sommeil et récupération, alimentation et hydratation, stimulation et gestion du stress.

Aussi, plutôt que de recourir à des produits défatigants, relevant du dopage, comme le rappelle Guillet & Genéty (Op.Cit.) : « la suppression de la cause est un facteur essentiel de la guérison […] ».

Il ne faut donc pas hésiter à donner voire à imposer du repos.

En effet, on oublie trop souvent que « la meilleure thérapeutique de la fatigue reste encore la mise au repos […] » (Ibid), ces mêmes auteurs suggérant plutôt le recours aux massages, techniques de relaxation et sommeil réparateur, auxquels nous conseillons d’ajouter des séances de basse intensité. Dans le cas contraire, la fatigue physiologique pourrait se muer en fatigue pathologique.

 

Rachid ZIANE

 

Références