Conseil départemental

Programmation : vers l’art d’entraîner

mis à jour le 16/06/2021

En plus des thématiques concernant la planification et la périodisation évoquées dans les précédentes newsletters, la programmation est un troisième pilier de l’organisation de l’entraînement sportif. Permettant notamment de hiérarchiser, prioriser et réguler les contenus, cette dernière assure également une cohérence entre la réalité du terrain et ce qui a été planifié, en prenant en compte le plus précisément possible le rythme des acquisitions de l’athlète au regard des échéances importantes.

En bref, l’entraîneur va devoir… s’adapter !

Programmation : Une seule définition ?

Une partie des auteur.e.s ne font pas le distinguo entre les termes « planification » (1), « périodisation »(2) et « programmation ». Cependant, il est important de bien différencier ces différents termes pour optimiser sa méthodologie et donc sa prise en charge. La programmation ne requiert pas la même méthodologie que la planification ou la périodisation.

La programmation se définit, d’après G. Cazorla (2017), comme : « L’opération qui, dans le cadre d’une planification préalablement définie, consiste à élaborer un plan détaillé de contenus d’entraînements. Ces contenus doivent comprendre un ensemble d’instructions nécessaires à l’exécution d’une suite logique d’opérations adaptées au rythme d’acquisition du sportif, et ce dans le but d’obtenir le développement des capacités requises par la performance visée ».

Il s’agit donc ici de prévoir les contenus à différents niveaux de la planification et de la périodisation en déterminant notamment les méthodes de développement des qualités au sein des microcycles, mésocycles et macrocycles. Ces contenus seront déterminés à la fois par le moment dans la saison (préparation de début de saison, période pré -compétitive, période compétitive...) et par les évaluations entreprises auprès de l’athlète.

Par exemple :

  • Pour la force, si un athlète manque de force maximale, il faut donc utiliser après une méthode de développement de la force Maximale comme le « 5-3-1 »,
  • Pour l’endurance, si après un test VMA, le sportif est en dessous des standards requis, il faut donc mettre en place des séances de « puissance aérobie » notamment avec le fameux « 30-30 »,
  • Pour la souplesse, en fonction de l’évaluation, nous utiliserons les étirement passifs, les étirements actifs, CRAC (relâcher avec contraction de l’antagoniste)...
  • De déterminer l’ensemble des paramètres de la séance : nombre de séries, nombre de répétitions, intensité relative, échauffement, retour au calme...

(1) « Plan de préparation sportive à partir de la reprise de l’entraînement jusqu’à l’objectif que constitue une compétition majeure » F.Aubert
(2) « Agencement cohérent de différentes périodes de travail et de repos, au sein d’un plan général d’entraînement, qui permet l’acquisition d’habiletés motrices, avec une maîtrise et l’expression optimale des qualités physiques » B.Dumortier

Programmer en agençant des contenus concrets de l’entraînement

La programmation s’effectue en lien direct avec les grands principes théoriques évoqués précédemment. La connaissance des modalités de mise en œuvre des contenus d’entraînement permet à l’entraîneur d’optimiser sa programmation.

Cazorla propose, dans son approche de la méthodologie de l’entraînement, un inventaire de modalités de mise en œuvre et met à notre disposition un moyen mémotechnique sous l’acronyme F.A.I.T.P.A.S (Fréquence, Assiduité, Intensité, Temps, Progressivité, Alternance, Spécificité).

  • Fréquence

Il s’agit de la sollicitation dans le temps de la charge d’entraînement que ce soit à propos des aspects quantitatifs (nombre de séries, de répétitions…) et qualitatifs (nombre de séances développant une qualité particulière, l’utilisation de charges additionnelles ou l’utilisation du poids de corps…).

  • Assiduité

Ce principe est en lien direct avec le principe de continuité. Il s’agit de savoir si la séance qui va être exécutée est en continuité directe avec les contenus précédents, à savoir s’il y a une période d’arrêt, de relâchement ou autre afin de savoir si l’intensité de la séance doit être modifiée.

  • Intensité

Ce paramètre permet de réguler le niveau de sollicitation des ressources énergétiques et métaboliques en vue de l’amélioration du potentiel et de la performance de l’athlète. La calibration de la séance s’effectue au regard des capacités maximales du sportif. Une évaluation préalable des charges maximales admissibles est nécessaire, voire une réévaluation et une recalibration des données au fur et à mesure du temps.

  • Temps

Il s’agit du temps consacré au développement d’une qualité dans la zone d’intensité requise. Par exemple, la puissance aérobie avec des intensités aux alentours de 100%. Il faut donc que l’entraîneur, en fonction de l’athlète (son niveau, moment de la saison etc.), consacre le temps nécessaire au développement de la qualité (i.e. : 9 min), à l’intensité qui permet ce développement (i.e. : ces 9 min à 100% de VMA).

  • Progressivité

Le volume d’entraînement et l’intensité doivent augmenter de manière progressive. L’augmentation de la charge de travail peut s’effectuer de plusieurs manières : hausse du nombre des séries, de répétitions, diminution des périodes de récupérations, intensification des exercices… L’accroissement de cette charge est dans un premier temps réalisé par une augmentation du volume, puis à l’aide de l’amplification l’intensité.
Pour cela, il est impératif de procéder à des évaluations précises afin de connaître le niveau et les valeurs qui feront références en termes d’intensité.

  • Alternance

Nous faisons référence ici du au principe d’alternance travail/repos. Que ce soit au niveau du cycle ou de la séance, les temps de récupération doivent être prévus en fonction de l’objectif afin de permettre à la fois, la capacité de maintenir le travail demandé mais aussi les adaptations physiologiques espérées.

  • Spécificité

C’est donc le principe de spécificité qui est rappelé mais aussi le principe de charge utile. La charge d’entraînement doit être à la fois orientée spécifiquement vers l’objectif fixé et solliciter de manière sélective les métabolismes mis en jeu dans la pratique de l’activité, afin de prévoir les contenus d’entraînement les plus appropriés.

Au-delà de ces modalités évoquées, l’entraîneur se doit également de faire appel aux modalités de mise en œuvre suivantes :

  • Le volume
    L
    e temps total (en minute) de la séance, matérialisé par le nombre total de répétitions, le temps passé dans une tranche d’intensité ou de tension (en musculation)...
  • L’intensité de la séance
    Que ce soit l’intensité moyenne de la séance ou l’intensité relative de chaque exercice proposé.
  • Les modalités de l’exercice
    Ce sont principalement les formes d’exécutions. En musculation, cela peut être les patterns d’exécutions (i.e. : accroupissement) ou pour la filière aérobie, si c’est porté (i.e. : vélo) ou non (course à pied).
  • Le ressenti de la séance
    L’échelle RPE est importante. Elle est un marqueur de la sollicitation de la séance. Ce ressenti doit être estimé avant par l’encadrant, évaluée après par l’encadré.

Faire face à l’incertitude : L’art d’entraîner

La notion de plan détaillé peut cependant être limitative dans le sens où elle peut enfermer l’encadrant dans un carcan et limiter son champ d’action. Il semble donc important d’introduire les notions de programmation « à priori » et programmation « à posteriori », afin de limiter ce risque :

  • Programmation à priori
    capacité à organiser, hiérarchiser et établir les contenus des périodes d’entraînement, au regard des objectifs fixés et du niveau du sportif, en supposant les effets de l’entraînement sur ce dernier. L’entraîneur se place donc dans une démarche prospective de l’entraînement, basée sur des hypothèses générales (surcompensation et adaptation à la charge d’entraînement).
     
  • Programmation à posteriori
    capacité à évaluer, à faire face à l’effet réel de la charge de travail et l’état de forme du sportif afin d’adapter le contenu à la situation réelle. L’entraîneur se met dans une position proactive vis à vis du pratiquant pour optimiser le développement de ses ressources.

Malgré une planification, une périodisation et une programmation rigoureuses en amont, la réalité du terrain peut remettre en cause l’organisation de l’entraînement prévue, comme des retards d’acquisitions ou des difficultés d’adaptation aux charges de travail. L’adaptation doit être de mise, elle peut même être anticipée.
L’entraîneur peut dans la programmation « à priori » mettre des anticiper des variations des paramètres de la séance afin de favoriser les prises de décisions lorsque des problèmes se présentent.

Voici quelques exemples :

  • Si la différence entre l'évaluation de l'effort perçu et l'évaluation de l'effort réel (cf échelle de Bjorg) lors d’une séance est strictement supérieure à 1, alors il faut diminuer l’intensité de la séance ayant le même niveau de charge de X%.
  • Si l’athlète présente une fatigue cumulée trop importante à une séance X, il est possible d’inverser cette séance du microcycle avec la séance Y.
  • Si l’entraînement s’est révélé trop difficile et que les objectifs n’ont pas été atteints, la séance X et Z peuvent être une période de repos complet.

Cependant, des situations exceptionnelles peuvent survenir (sommeil perturbé, menstruation pour le public féminin, charges liées à la vie scolaire/professionnelle…), il ne faut alors surtout pas hésiter à modifier la séance prévue. Pour respecter le principe de continuité, il faut exécuter une séance à faible intensité et à faible volume.
Par exemple, mettre en place une séance basée sur la respiration peut avoir des bénéfices supérieurs au fait d’annuler la séquence initiale ! En effet, la respiration peut influer positivement sur le système nerveux automne et donc favoriser son activation (système orthosympathique) ou sa désactivation (système sympathique).  Il est également tout à fait possible de mettre en place, en fonction du contexte, une séance qui insiste sur les points forts du sportif. Cela permet, sur le plan psychologique, un meilleur engagement de l’athlète malgré le problème présent.

Dans tous les cas, l’entraîneur doit s’interroger sur les contenus proposés et être capable de proposer des alternatives à ce qui était prévu initialement et ce de la manière la plus pertinente possible.

Conclusion

La programmation est la dernière étape du calendrier prévisionnel de l’entraîneur. Cette étape est le détail de l’ensemble du plan mis en place en amont. Cependant, la programmation des séances se fait sur des aprioris. L’entraîneur doit être capable de faire face à l’incertitude et d’adapter les contenus tout en garantissant la continuité et la cohérence des entraînements. La programmation « a postériori » rejoint directement la notion « d’art d’entraîner », que beaucoup évoquent.

 

Benjamin DUMORTIER

 

Références