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Quels sont les mécanismes sous-jacents au mouvement ? 
Le sensoriel tactile palmaire et plantaire au service du mouvement

mis à jour le 15/05/2020

Le sensoriel est une des bases primordiales pour éviter des blocages éventuels ou des limitations dans les progressions des pratiquants. Nous nous attarderons ici sur le sensoriel tactile distal.

La main et le pied sont en effet, les principaux réceptacles avec notre environnement proche. D’une grande importance chez l’Homme, ils présentent des caractéristiques qui leur sont propres, offrant de grandes possibilités sur le plan moteur mais exerçant aussi une influence sur les aspects cognitifs. On peut s’interroger sur les conséquences d’une mauvaise calibration du sensoriel tactile sur les réponses motrices, et par conséquence sur les capacités cognitives. Nous allons vous expliquer ici pourquoi et comment le travail sensoriel tactile doit trouver sa place dans tout processus d’entraînement, notamment pour lever les freins à l’apprentissage. Après avoir abordé le travail sensoriel d’un point de vue général, nous essayerons dans les prochains articles, de détailler les différents éléments de cet étage sensoriel.

La main et le pied : les principaux organes d’interaction avec l’environnement

La main peut être ici considérée comme un organe. En dehors de ses fonctions mécaniques, elle permet par le toucher, d’interagir avec l’environnement. Sur le plan anatomique, on notera qu’elle comporte des muscles intrinsèques (situés dans la main) et extrinsèques (situés dans l’avant-bras).
A l’extrémité de la jambe, nous retrouvons le pendant de la main : le pied. Même si l’évolution a conduit à une différenciation chez l’homme entre le pied et la main, sur les aspects neurosensoriels ils sont relativement proches. Le pied est donc situé sur la partie distale du membre inférieur du corps, relié par la cheville. Anatomiquement, voici quelles en sont les caractéristiques :

  • Composé comme la main de « doigts » : les orteils qui permettent une certaine préhension, moins marquée que la main ;
  • Composé d’une mosaïque de 26 os, 16 articulations, 20 muscles, 107 ligaments, l’architecture du pied est complexe ;
  • Décomposable en 3 sous-unités anatomiques : arrière-pied, médio-pied et avant-pied ;
  • Composé de muscles à la fois intrinsèques (situés dans le pied même) et extrinsèques (situés dans la jambe) ;
  • Possédant une arche, plus ou moins marquée selon l’appartenance ethnique.

De grandes similitudes existent donc entre les extrémités des membres. Cependant, leurs fonctions se sont différenciées chez l’Homme, au fur et à mesure de l’évolution. La main est devenue un organe de préhension et de manipulation, alors que le pied s’est spécialisé dans la locomotion et l’ajustement postural.

Et le sensoriel tactile dans tout ça ?

Capteurs sensoriels cutanés

«Tactile» vient étymologiquement du mot latin « tactilis », voulant dire palpable : ce mot désigne donc notre capacité à palper, toucher, ressentir le monde qui nous entoure. Ainsi, le tactile fait référence à la capacité de notre système nerveux périphérique à prendre l’information par le toucher. Le sensoriel tactile est présent surtout à la surface du corps : la peau est le principal outil de la prise d’informations. Le sensoriel tactile permet notamment une prise de conscience interne (intéroception) mais aussi externe (extéroception).

Au-delà de ces considérations anatomiques générales, attardons-nous sur les aspects neurosensoriels de la main et du pied.

La main et le pied sont dotés de différents capteurs sensoriels avec notamment :

  • Les corpuscules de Meissner : mécanorécepteurs qui permettent de sentir les glissements, avec des signaux courts
  • Les corpuscules de Ruffini : mécanorécepteurs captant les étirements de la peau de manière longue et prolongée, c’est-à-dire que l’information est décroissante lorsque l’étirement est maintenu
  • Les corpuscules de Pacini : mécanorécepteurs de pression et de vibration, qui réagissent de manière courte dans le temps
  • Les cellules de Merkel : mécanorécepteurs de pression, maintenant l’information tant que la pression est maintenue.

La sensibilité tactile dépend principalement de la densité des capteurs. Ainsi, la main est très richement dotée de capteurs sensoriels : la paume possède environ 17 000 afférences liées à des mécanorécepteurs, les bouts des doigts peuvent avoir une densité proche de 140 récepteurs/cm2. Mais le pied n’est pas en reste : la sensibilité à l’étirement est inférieure à 0.03 dyne/cm² ou sensible à un étirement de 1/100 de millimètres.

Le système nerveux périphérique dans ces zones, est donc le siège d’un foisonnement d’informations pour le système nerveux central. Dès lors, on peut considérer que l’entraînement tactile est une réelle nécessité pour générer un traitement de l’information efficace et ainsi faciliter les réponses motrices !

Relevons au passage que notre mode de vie de plus en plus sédentaire nous conduit à « une sous-stimulation » de nos capacités sensorielles : peu de travail manuel, chaussures rigides, semelles épaisses, cheville fixée, tâches palmaires appauvries et répétitives devant le poste de travail. Tout cela finit par engendrer des défaillances du système nerveux périphérique. A partir de là, des problèmes plus ou moins sérieux peuvent émerger par un jeu de décompensation systémique.

Comment intégrer un entraînement tactile dans son entraînement traditionnel ?

L’entraînement tactile doit trouver sa place en complément du processus habituel, soit à côté (le matin en se levant, le soir avant de se coucher…), soit à l’échauffement afin d’« activer » le système nerveux.

L’entraînement tactile est composé de stimulations des mécanorécepteurs de la main et du pied (stimulation périphérique).  Il va ainsi interpeller la capacité du système nerveux central à intégrer correctement les informations (intégrations centrales).

On peut ainsi proposer différentes situations :

Tactile palmaire

  • balle à picots
    Figure 2 : exemple de balle à picots

    Massage avec des objets de différentes formes/composition : balles plus ou moins sphériques, plus ou moins composées de picots ;

  • Manipulation d’objets ayant des masses et des formes diverses et variées, en les serrant, les frottant, les tirant ;
  • Stimulation par l’étirement : se mettre à 4 pattes et enfoncer sa paume de main dans le sol avec une rotation externe, essayer de déplacer sa main en glissant sur le sol (mais sans la faire bouger) ;
  • Travailler l’opposition pouce/doigts de manière unilatérale : faire le signe « ok » comme les plongeurs et revenir avec tous les doigts en extension complète.

Tactile plantaire

  • Massage avec des objets de différentes formes/composition : balles plus ou moins sphériques, plus ou moins composées de picots.
  • Marcher sur différents types de surfaces : granuleuse, plane, froide, chaude, pointue etc.
  • travail tactile plantaire avec une serviette
    Figure 3: travail tactile plantaire avec une serviette

    Faire glisser une serviette ou autre objet au sol en mettant plus ou moins de pression sur des régions diverses du pied.

  • Mettre plus ou moins de pression dans différentes parties du pied, des orteils en position assise ou debout, ou supprimer certaines zones de contact (décoller les orteils pendant que j’enfonce le talon par exemple).

Toutes ces stimulations seront renforcées si on les réalise en fermant les yeux. Il est également préférable de faire ces exercices pieds nus (sans chaussette !), pour stimuler subtilement les capteurs de la sole plantaire.

L’originalité de ce travail est qu’il est, de manière paradoxale, non spécifique. Il est transversal à toutes les activités physiques et sportives. Il favorisera la capacité du débutant à trouver rapidement la bonne tenue de raquette au tennis par exemple ou au judoka d’optimiser ses sensations au service de sa technique.

Conclusion

Le sensoriel tactile est une porte d’entrée pour enrichir utilement ses séances : la stimulation du système nerveux périphérique en routine et/ou à l’échauffement ouvre des perspectives intéressantes. La stimulation tactile plantaire et palmaire doit trouver une place dans tout processus d’entraînement. Si ces systèmes sont défaillants, les réponses motrices face aux situations problèmes seront de moins bonnes qualités voire altérées. De par la densité de leurs capteurs, de leur importance dans la compréhension du monde qui nous entoure, la stimulation des pieds et des mains doit être prise en considération pour améliorer la réalisation de tous les types de mouvements. L’entraînement tactile vise donc une intégration complète de ces deux organes sensoriels par le système nerveux central au service d’une motricité optimale.

 

Benjamin DUMORTIER

 

Références

  • Bethoz A. Le sens du mouvement. Odile Jacob 2013
  • Neurosciences Purves et coll. Edition originale 1997. Réedition 2017. Deboek Supérieur.
  • Muller M. & Pontes U. Le toucher dans la peau. Cerveau et psycho Vilbert JF et coll.
  • Neurophysiologie : De la physiologie à l'exploration fonctionnelle. 3eme édition. Elsevier.