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S'entraîner entre proches plutôt qu’en club sportif : Est-ce vraiment une bonne idée ?

mis à jour le 14/09/2023
L’une des conditions de la réussite de la vie en couple ou de l’entretien d’une cohésion familiale est de partager du temps ensemble. Vivre une histoire commune participe à l’épanouissement de chacun et contribue à la réussite de tous dans ce collectif de proches. Si certaines dimensions de cette vie commune peuvent être sportives, il y a une différence importante entre s’entraîner ensemble en club par exemple et entraîner son conjoint et/ou ses enfants. Dans ce dernier cas, les statuts et les relations ne sont pas de même nature, ce qui n’est pas sans effet sur les autres dimensions de la vie avec ses proches.

Par ailleurs, certain(e)s ont besoin de moments et/ou d’activités vécus seul(e) ou avec d’autres personnes que leurs proches, pour : prendre soin de soi, s’adonner à des loisirs (gym d’entretien, randonnée, sorties à vélo) ou pour son développement personnel (études, entraînement sportif…). L’idée évoquée alors est de ne pas s’enfermer dans son entourage proche.

  • Quelles sont les différences entre s’entraîner avec et entraîner un(e) ou des proches ?
  • Quels en sont les avantages et les risques ?
  • Quelles sont les alternatives ?

"S’entraîner avec" vs "Entraîner"

Même si l’une des personnes peut être plus expérimentée que l’autre, "s’entraîner avec" repose sur une égalité de statut et donc d’absence d’autorité hiérarchisée, laquelle serait alors incongrue. Ceci n’exclut pas pour autant de solliciter des conseils ni de partager son expérience dès lors que les deux parties en conviennent.
Qu’il s’agisse ou non d’un proche, être "entraîné par" une tierce personne implique de lui faire confiance, c’est-à-dire de lui confier tout ou partie du "pilotage" de son activité sportive. 
Mais, même s’il est ordinaire de considérer la relation entre entraîneur (le sachant) et entraîné (l’apprenant) comme une relation hiérarchique maître-élève, cela n’est ni une obligation systématique, ni un modèle unique idéal, à fortiori avec un ou des proches.

Préserver ses proches

Entraîner un proche en installant une relation hiérarchique n’a pas sa légitimité en dehors de ce cadre : une telle hiérarchie étendue à la vie privée crée un déséquilibre de la relation entre proches au risque de la dégrader. En effet, l’Homme étant, par définition, libre, contrôle tous ses faits et gestes, son alimentation, son sommeil, ses loisirs… revient à le pousser à s’extraire de cette aliénation.
Aussi, pour que la relation entraîneur-entraîné ne soit pas invasive voire aliénante, il convient d’en définir les limites et de les respecter, concernant les formes et les moments de prise en charge et de suivi. Ceci implique de convenir de règles explicites si nécessaire. Il ne s’agit donc surtout pas de vouloir contrôler l’activité de l’autre en toute circonstance : sommeil, alimentation, repos, loisirs… En effet, l’absence de frontière entre le statut d’entraîneur et celui de proche peut amener à une certaine ambiguïté et rendre inconfortable, invasive voire invivable la relation entraîneur-sportif.
Aussi, si le choix des exercices et des efforts à consentir relève de l’entraîneur, il ne s’agit en aucun cas d’étendre cette autorité à tous les registres du quotidien.

La prise en compte de l’apprenant

Cette posture binaire n’est d’ailleurs pas totalement réaliste : le sachant ne sait pas tout sur tout et l’apprenant n’est pas totalement candide, « il a ce "déjà là" » (Davisse, 1992) fait d’expériences passées et de représentations mentales que l’entraîneur doit prendre en compte et non pas ignorer ou systématiquement invalider : « […] l'élève n'est pas neutre. Il a sa façon de penser […] de ces représentations, certaines sont favorables à l'action, d'autres font blocage […] les élèves ont des représentations initiales […] le métier d'enseignant, c'est de les remplacer […] de transformer les représentations, en tout cas de les enrichir […] 
Ce qui me semble le plus urgent aujourd'hui […] c'est de passer d'une démarche de "transmission" à une démarche de "guidage" prenant en compte les représentations des élèves […] » Davisse (Ibid).
Complicité et dévolution (Harent, 2012) sont des voies alternatives pour rendre l’apprenant autonome.

Complicité et dévolution

La complicité consiste à vivre ensemble des expériences motrices et méthodologiques plus ou moins réussies, en se comprenant et en se soutenant mutuellement. Ceci implique confiance réciproque et empathie (Ziane, 2019). L’échec, faisant partie de l’apprentissage, doit alors être dédramatisé et analysé ensemble pour optimiser ce qui a fait défaut en vue d’atteindre de nouveaux objectifs.
Avec la dévolution, l’idée est de rendre l’apprenant « acteur de ses apprentissages » (Harent, 2012). Ceci est très différent de l’idée consistant à réduire le sportif au statut de simple exécutant. Alors que la dévolution est une tendance forte en EPS, dans le domaine de l’entraînement sportif, les résistances sont encore légion : « Le partage du pouvoir […] est perçu comme une perte d’autorité comme une méthode pédagogique à risque qui ne vaut pas la peine d’être expérimentée » (Harent, Ibid). En pratique, dévoluer consiste plus précisément à confier aux sportifs une partie des tâches de l’entraîneur, comme : 

  • L’introduction progressive des règles du jeu, par exemple dans un groupe comprenant des grands débutants et des sportifs déjà expérimentés (sports collectifs).
  • La redéfinition des objectifs d’exercice en fonction des difficultés de compréhension ou d’exécution (par exemple en athlétisme, en natation).
  • L’interprétation des résultats à la suite d’exercices plus ou moins réussis (par exemple en cyclisme).
  • La conception de remédiations (par exemple en musculation et en préparation physique). 

Si la dévolution permet de rendre plus autonome, il ne s’agit pas pour autant, comme le signale (Harent, Op. cit.), de tout dévoluer aux sportifs et tout le temps. Quoiqu’il en soit « […] la démarche pédagogique […] doit être anticipée, contrôlée et lisible pour [les apprenants].  [L’entraîneur] reste le concepteur des apprentissages visés et détermine ce que tous doivent apprendre […] ». Dévoluer aux apprenants des tâches, des responsabilités et même l’analyse et la conception de solutions, exige une expertise pédagogique certaine. Ceci nécessite aussi une bonne part de modestie, acceptant de lâcher prise sur ce que l’on se croit obligé de contrôler en permanence, ce que les entraîneurs les plus chevronnés savent faire.

Les bienfaits de l’entraînement en club

Rencontrer d’autres personnes que son entourage et s’affranchir, si possible, d’une relation hiérarchique à fortiori étendue à la vie privée, sont des faits importants. Mais, s’entraîner en club offre d’autres avantages, bien que tous ne soient pas exclusifs :

  • Être assuré et sécurisé
    Assurer les pratiquants est une obligation légale des clubs sportifs, qu’ils soient associatifs ou marchands. Les professionnels ont l’obligation de souscrire une assurance responsabilité civile professionnelle. De plus, les établissements recevant du public doivent disposer d’un défibrillateur.
  • Accéder à des installations sportives et disposer de matériels de qualité professionnelle
    Ces installations et matériels, normalement contrôlés, entretenus et renouvelés régulièrement, ne sont pas forcément à la portée de tout particulier.
  • Faire partie d’une "communauté" stimulante
    Parce que le plus souvent réalisés en groupe, les entraînements en club sportif sont souvent motivants. Les interactions avec d'autres sportifs poursuivant des objectifs comparables peuvent favoriser l'émulation, l’amitié et l’entraide. Ceci peut permettre d’entretenir la motivation et la persévérance aux bénéfices des apprentissages, des progrès et finalement des réussites.
  • Bénéficier de l’expérience voire de l’expertise
    Les entraîneurs des clubs sportifs sont expérimentés voire experts du sport en question. Les plus chevronnés ont une connaissance approfondie des techniques et des méthodes d'entraînement, mais aussi de physiologie de l’effort, d’anatomie, de biomécanique, de pédagogie… Leurs compétences permettent d'assurer un encadrement de qualité et adapté aux besoins propres à chacun(e).
  • Evoluer à travers des programmes d’entraînement structurés
    ®Sebastien Demasure
    Les clubs sportifs, pour la plupart, proposent des programmes d'entraînement structurés et progressifs. Ces programmes sont conçus pour répondre aux objectifs spécifiques des sportifs, qu'il s'agisse d'améliorer les performances, de développer des compétences ou simplement de rester en forme. Les programmes structurés aident à éviter les séances d'entraînement désorganisées et incohérentes.
  • Être évalué et suivi 
    Les entraîneurs des clubs sportifs procèdent à des évaluations physiques régulières des pratiquants et/ou à l’analyse des résultats en compétition et à l’entraînement. Ceci leur permet de mettre en évidence des progrès et d’ajuster les programmes d'entraînement en fonction des besoins changeants.
  • Prévenir les blessures
    Les entraîneurs de clubs doivent porter une attention particulière à la prévention des blessures et doivent accompagner les pratiquants sur l’acquisition des techniques qui leur permettent d’éviter de se blesser. Ils doivent également s’assurer du bon état des installations sportives et du matériel au plan sécuritaire, avant de les mettre à la disposition des pratiquants.

Ainsi, être accueilli, pris en charge et suivi par des éducateurs sportifs formés voire chevronnés sont des services auxquels on peut s’attendre lorsque l’on s’entraîne en club.

Conclusion

Entraîner un membre de sa famille ou son conjoint peut créer des tensions entre proches. La personne entraînée peut ressentir une pression psychologique forte et quasi-permanente en raison des attentes familiales. De son côté, l'entraîneur peut se sentir responsable des performances du proche qu’il entraîne. Il peut aussi plus ou moins consciemment lui transmettre son stress, à fortiori en cas de difficultés du sportif proche à répondre à ses attentes ou en cas de résultats décevants. Ainsi, des tensions délétères peuvent s’installer si la personne entraînée se sent surcontrôlée ou si l'entraîneur ne parvient pas à séparer clairement son rôle et son statut d'entraîneur de celui de membre de la famille/conjoint.

Aussi, lorsque des frontières claires ne sont pas établies, il peut être difficile de séparer les discussions et les décisions liées à l'entraînement du reste de la vie familiale ou conjugale. Cela peut engendrer un mélange des statuts et un manque de respect des limites, ce qui peut être préjudiciable tant sur le plan personnel et familial.

Pour autant, certaines personnes arrivent à gérer ces défis avec succès et tirer parti d'une relation entraîneur-proche. Mais pour prévenir toute dérive, il est crucial d'établir des attentes claires, de maintenir des frontières entre le sport et les autres activités de la vie entre proches, de favoriser une communication ouverte et honnête, et de reconnaître les signes de stress ou de tensions.
Quoiqu’il en soit, ne s’entraîner qu’avec un membre de sa famille ou son conjoint peut limiter les opportunités d'acquérir une expérience variée en tant qu'entraîneur mais aussi en tant que sportif. En travaillant avec des personnes ayant des expériences et des compétences différentes, les sportifs et entraîneurs peuvent développer et diversifier leurs compétences et améliorer leur compréhension de différentes stratégies d'entraînement. Ceci incite à s’entraîner en club et à côtoyer différents entraineurs et sportifs.

Rachid ZIANE

 

Références :