Conseil départemental

Sport et EPS : Substituables ou complémentaires ?

mis à jour le 22/02/2021

Bien qu’ils aient leurs propres publics, finalités, enjeux, objectifs et formes de pratique, sport et Education Physique et Sportive (EPS) apportent chacun, à leur façon, leur contribution à la formation des enfants de la Nation. Cette complémentarité s’illustre par le nombre d’élèves qui sont également sportifs et sportives de clubs et du fait que certains entraîneurs sportifs sont également professeurs d’EPS, sans oublier qu’il existe, par ailleurs, le sport scolaire. Plus encore éloquent, le Sport a récemment intégré l’Education nationale.

Avec les dernières consignes sanitaires entraînant la fermeture des clubs sportifs et des salles de remise en forme, l’EPS est, pour la plupart des jeunes, la principale voire la seule occasion de pratiquer des activités physiques. C’était déjà, avant cela, le cas pour 75% des lycéennes.

Le contexte actuel est ainsi l’occasion de rappeler l’utilité motrice, sanitaire et sociale de cette discipline scolaire dont peut bénéficier le milieu sportif.

L’EPS, c’est quoi ?

La confusion entre sport et EPS est courante dans le vocabulaire commun :élèves, parents, mais aussi journalistes parlent des cours de sport à l’école et des professeurs de sport qui l’enseignent, faisant référence à l’EPS.
Mais, nul besoin d’être expert pour s’apercevoir que les cours d’EPS d’écoles, de collèges ou de lycées ne sont pas diffusés sur les chaînes télé lors d’émissions sportives ; tout simplement parce que sport et EPS sont deux choses différentes.

Le sport est « l’ensemble des situations motrices codifiées de façon compétitive et institutionnalisées » (Parlebas, 1981 & 1992). Autrement dit, le sport, c’est la pratique d’activités physiques à l’entraînement et en compétition organisée par des fédérations selon des règlements spécifiques, visant la production de performances motrices et permettant de hiérarchiser des sportifs, des équipes voire des Nations (nombre de médailles aux J.O.).

L’EPS est quant à elle "une discipline scolaire d’appropriation critique de la culture physique, sportive, artistique", elle recherche la formation d’un pratiquant cultivé. L’EPS est donc éducation, elle transmet une culture physique » (Tribalat, 2014). Il n’y est pas question de hiérarchiser les élèves en fonction de leur performance, ni de chercher le champion. L'enjeu est la réussite de tous et toutes et de chacun et chacune par le développement de compétences motrices, méthodologiques et sociales.

Utilité sanitaire de l’EPS

Pour l’Organisation Mondiale de la Santé (1948), la santé est « […] un état complet de bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité ».
La charte d’Ottawa en 1986 précise que « la santé est perçue comme une ressource de la vie quotidienne, et non comme le but de la vie; c'est un concept positif mettant l'accent sur les ressources sociales et personnelles, et sur les capacités physiques ».

Quelle est la contribution de l’EPS à la santé des élèves ?

L’EPS contribue à développer et entretenir la santé des élèves dans ces trois composantes :

  • Composante physique de la santé
    En EPS, cela ne concerne pas seulement le fait d’apprendre et d’appliquer des routines d’échauffement que les élèves seront progressivement amenés à adapter à leurs particularités traumatologiques. Par la pratique des activités physiques, sportives et artistiques (APSA), l’EPS permet aussi aux élèves de construire des ressentis indispensables pour piloter leur corps de façon fine, sécuritaire et efficiente. Le développement de la proprioception n’en stimule qu’une partie ; d’autres ressentis sont à construire pour apprendre à gérer l'intensité de l'effort.
    L’EPS vise aussi chez les élèves, futurs adultes, la construction d'un habitus santé (Mérand, Dhellemmes, 1988), c’est-à-dire la transformation des attitudes et habitudes de vie vis-à-vis de son organisme, de ses relations à soi-même et aux autres. Ce dernier aspect conduit à penser la santé sociale. Ainsi et à l’inverse de la tendance à la sédentarité, l'EPS participe à « […] donner aux élèves une certaine disponibilité motrice, une capacité à apprendre et à s’adapter » Delignières (2005).

  • Composante sociale de la santé
    Par exempple lorsque les élèves sont amenés à construire des stratégies collectives (rugby, basket-ball) ou plus généralement des projets (danse, acrosport), l'EPS contribue à développer chez les élèves une forme de communication assertive, c’est-à-dire ni agressive, ni soumise (Ziane, 2014). L’EPS sollicite aussi de l'empathie émotionnelle, intellectuelle et compassionnelle (Ziane, 2019), par exemple lorsque les élèves sont amenés à coacher des camarades (badminton, course en relais, musculation), à les aider à s’autoévaluer (gymnastique, course en durée). Plus généralement, l’EPS cherche à développer leur citoyenneté (respect de soi, des autres, des règles, des installations, des dispositifs et de l’environnement) en stimulant la « capacité à s’insérer dans les projets collectifs, à y jouer un rôle actif […] » Delignières (Ibid).

  • Composante mentale de la santé
    En EPS les élèves sont amenés à assurer différents rôles sociaux, cette discipline scolaire participe à former la jeunesse au vivre ensemble, leur inculquant par la même occasion les valeurs de la République.
    Plus généralement et en EPS, notamment, « le bien-être psychologique est généralement défini par une bonne estime de soi et un faible niveau d’anxiété » Delignières (Ibid). Aussi, comme les autres disciplines scolaires, l’EPS a pour mission de faire réussir tous les élèves et de valoriser les progrès sur différentes échelles de temps. Pour cela, elle permet à chaque élève de découvrir et de s’éprouver dans différentes APSA (Activités Physiques Sportives et Artistiques). La variété des activités, des contextes de pratique mais aussi des situations d'apprentissage de l’EPS stimule et incite les élèves à construire et conduire des projets de différentes ampleurs (un itinéraire en course d’orientation, un projet de marque en sport d’affrontement, un projet de spectacle en danse ou en acrosport).
    L'EPS participe ainsi à accompagner les élèves vers l’accès à l'autonomie, à la créativité et à la prise d'initiative.

Apprendre à s’échauffer, développer des ressentis et une motricité fine en EPS créent des facilités et ouvrent aussi des possibilités et des motivations pour les pratiques sportives de club. L’éducation à la citoyenneté et la maîtrise des rôles sociaux en EPS prépareraient aussi les élèves à pratiquer en club avec le respect des règles, des personnes et des dispositifs.

Transversalement à la problématique de l’entretien et du développement de la santé, l’EPS vise le développement chez les élèves de leurs ressources d'action motrice.

Utilité motrice de l’EPS

Offrant ainsi un autre éclairage, Bouthier (1988) classe les ressources mobilisées dans l’action motrice en quatre registres. L’EPS cherche à développer, chez les élèves, les ressources de ces quatre registres :

  • Le développement des ressources techniques et stratégiques
    L’EPS vise à enrichir la motricité des élèves par la pratique de différentes APSA. Par des situations d'apprentissage variées, l’EPS stimule l'acquisition de techniques gestuelles dans ces différentes APSA. Par la pratique des activités d’affrontements individuels (badminton, boxe française) ou collectifs (rugby, volley-ball), l’EPS offre en plus la possibilité de construire et d'éprouver des plans d'attaque et de défense que les élèves eux-mêmes conçoivent à l'avance. Ces stratégies, fondées sur les ressources techniques des élèves de chaque équipe, sont d’autant plus variées que le registre technique des élèves s'enrichit au cours de son cursus scolaire.

  • Le développement des ressources tactiques et décisionnelles
    L'accès à l'autonomie est visé par l’école en général et en l’occurrence par l’EPS. Dans cette discipline scolaire, cela implique de permettre aux élèves, par exemple lors d'activités d'affrontement, à prendre des décisions tactiques, c'est-à-dire à adapter les stratégies conçues à l’avance aux réactions adverses. C’est également le cas dans d’autres disciplines telles que la course d’orientation.

  • Le développement des ressources affectives et émotionnelles
    En faisant vivre des activités plus ou moins appréciées, mais aussi plus ou moins subjectivement risquées, l'EPS permet aux élèves d'apprendre à se contrôler. L’EPS permet ainsi à des élèves de découvrir voire d’apprécier des activités nouvelles pour eux.

  • Le développement des ressources athlétiques
    L'EPS, par la diversité des activités qu'elle propose, participe à entretenir et même pour le plus grand nombre à développer les qualités physiques : force, vitesse, endurance, souplesse, coordination, équilibre...

Ces ressources sont les mêmes qu’en sport. Leur développement chez les élèves est un atout non négligeable en particulier lorsqu’ils débutent un sport en club. La réciproque est aussi vraie : les activités sportives pratiquées en club sportif confèrent aux élèves sportifs un bagage technique, athlétique et technico-tactique réinvestissable en EPS.

Point de vue disciplinaire

En tant que discipline scolaire, l'EPS vise le développement de compétences méthodologiques ou comment "Apprendre à apprendre" et sociales "Apprendre grâce et avec les autres".

En EPS, les compétences méthodologiques et sociales servent le développement des compétences motrices : les rôles sociaux (observateur, juge, coach, assureur, pareur...) qu’assurent les élèves aident leurs camarades à apprendre et à réussir en plus d’induire chez eux-mêmes des apprentissages vicariants (*) (Bandura, 1986).

Par sa singularité, l'EPS guide ainsi les élèves au cours de leurs apprentissages en privilégiant "ce qu'il y a à apprendre" plutôt que ce "qu'il y a à faire". Cette discipline leur permet de découvrir par des expériences motrices les APSA et les conduit à construire les connaissances dont ils ont besoin pour progresser. Pour cela, l'EPS sollicite l'analyse réflexive et la verbalisation des élèves au cœur des apprentissages par l'extraction des éléments fondateurs de l'efficacité dans l'action : « C'est quand je comprends ce que je dis et ce que je fais que je deviens l'auteur et l'acteur libre de mes actes » Tribalat (2014). L'EPS laisse ainsi davantage de place à l'élève sous son statut d'apprenant.

Enfin, en EPS, la dévolution (Hallal, 1979), par le professeur aux élèves, des outils et des responsabilités, est visée. Par exemple, les élèves sont amenés, par et sous la houlette de l'enseignant, à prendre des responsabilités concernant la sécurité passive (sécurisation des dispositifs pédagogiques) et active (appliquer et faire respecter les règles), mais aussi à s’auto-évaluer.

(*) : Qui remplace, qui se substitue (à autre chose).

Conclusion

Tous les élèves ne sont pas sportifs ou sportives de club et tous et toutes n’ont pas vocation à faire des performances en compétition. Par contre, tous les élèves ont besoin de développer et d’enrichir leur motricité et leur sociabilité. En cette période particulière au plan sanitaire, interdisant les pratiques en intérieur et celles de contact, l’EPS permet à tous les élèves d'entretenir, par la pratique régulière, leur motricité et leur condition physique, au bénéfice de leur santé. La reprise normale du sport devrait aussi et ainsi en bénéficier.

 

Rachid ZIANE

 

Références