Traumatisme crânien et encéphalopathie traumatique chronique

mis à jour le 13/02/2019

En 1984, le législateur postulait que « Les activités physiques et sportives constituent un facteur important d'équilibre, de santé, d'épanouissement de chacun » (Art. 1, Loi 84.610 du 16/07/1984). Bien que le texte ait été complété puis abrogé depuis, les accidents graves et à fortiori les décès en sport, ne sont pas plus acceptables actuellement. Pourtant, depuis quelques années, des décès consécutifs à des chocs violents de thaï boxeurs et de rugbymen plus ou moins jeunes, inquiètent la communauté sportive, au point que « la ministre des sports a exhorté la fédération française de rugby à réagir en appelant des mesures efficaces pour endiguer la violence dans ce sport ».
Ces décès ne sont pas sans rappeler ceux de joueurs de football américain évoqués dans le biopic « Seul contre tous ».

Traumatismes crâniens et chocs au cerveau

Les traumatismes crâniens sont « des lésions de l'encéphale créées par les phénomènes physiques d'accélération-décélération qui mettent en jeu des forces de cisaillement et d'étirement […] Les conséquences sur le fonctionnement neuronal sont immédiates ; elles sont transitoires en cas de sidération de la fonction, ou définitives en cas de lésion anatomique.

Plus rarement, il s'agit d'une plaie pénétrante qui crée des lésions corticales cérébrales directes définitives »

Une partie du cerveau, l’encéphale est flottant, subissant donc les mouvements de la tête. Si le liquide céphalo-rachidien, dans lequel il baigne, le protège des petits chocs de la vie courante, il ne suffit pas en cas de décélérations ou d’accélérations violentes (chocs, coups, chutes). Le cerveau vient cogner contre voire se blesser sur les parois osseuses qui l’entourent. Ceci n’est pas sans conséquence : « Ces lésions d'écrasement sont d'abord situées à la superficie du cerveau […] les tissus et microvaisseaux sous-jacents, la substance grise ou cortex et la substance blanche adjacente avec leurs artérioles, capillaires et veinules.

Ces petites lésions vasculaires constituent presque toujours un foyer nécrotique, hémorragique et œdémateux. L'hémorragie peut même devenir importante […] ».

C’est ce qui est arrivé au jeune thaï boxeur Anucha Thasako, 13 ans, lequel, à l’issue d’un combat en Thaïlande, a succombé à une hémorragie cérébrale grave après un K.O au troisième round.

Les sports d’affrontement individuels (boxe, karaté, lutte, judo) ou collectifs (rugby, handball, basket-ball, football américain) ne sont pas les seuls concernés. Les têtes en football, les chutes, bien que rares, en cyclisme, en VTT, en BMX ou en moto (trial, cross ou piste), en sports automobiles, en gymnastique artistique, en ski (e.g. : Michael Schumacher), en skate-board, en parkour, en slackline, peuvent être l’occasion de traumatismes crâniens.

 

Prévalence et prévention des traumatismes crâniens

La prévention fait partie des mesures essentielles de santé publique En effet, on compte en France en moyenne 150.000 cas, par an, dont 10.000 sévères et « les traumatismes crâniens constituent une cause majeure de décès et de séquelles graves notamment chez les sujets jeunes […] avec un pic différentiel très important pour la tranche 15-25 ans »

  • La prévention primaire vise à éviter l’accident

Les éducateurs sont invités à rappeler aux jeunes que, concernant les accidents de la circulation, la consommation d’alcool est le premier facteur en cause. Le second est la vitesse : « l’énergie cinétique du corps et donc de la tête est proportionnelle au carré de cette vitesse » : En doublant la vitesse, on quadruple l’énergie cinétique donc la violence du choc et en triplant la vitesse, on la multiplie par neuf… Le troisième est la consommation de drogue et d’abord du cannabis qui « multiplie par 2 le risque d’être responsable d’un accident mortel ; associé à l’alcool ce risque est multiplié par 15 ! » et certains médicaments qui peuvent induire une somnolence.

Enfin, si la fatigue et la baisse de vigilance sont les premières causes de mortalité sur autoroute, elles peuvent aussi être cause d’accidents sportifs (e.g. : trail, courses d’orientation de nuit). Que ce soit à l’issue d’une rencontre ou d’un match, l’entraîneur veillera à ce que les sportifs soient en état de reprendre la route sans se mettre en danger (ébriété, fatigue excessive) et dans le cas contraire, il s’assurera que des accompagnateurs le soient.

  • La prévention secondaire vise à limiter les conséquences d’un éventuel accident.

Dans les sports de contact (e.g. : taekwondo, karaté contact), les sports mécaniques (cyclisme, karting), ceux à risque de chute (ski, snowboard, skateboard, roller, escalade, spéléologie, canyoning, parachutisme) ou encore en eau vive (kayak, hydrospeed), le bon sens incite au port du casque.

Dans les infrastructures, (gymnase, playground, dojo, terrains de rugby) le rembourrage des poteaux participe à la diminution des chocs. Avant chaque entraînement ou compétition, l’entraîneur s’assurera de la présence et de l’état de ces protections

  • La prévention tertiaire vise à optimiser la prise en charge des blessés.

L’entraîneur est concerné au premier chef, étant normalement secouriste. Il protègera le blessé, alertera les secours (112, 18 ou 15) et apportera les premiers soins (mise en PLS).

Malgré les actions de prévention dont le port du casque, la pratique de certains sports reste à risque, comme par exemple le football américain.

Au-delà, c’est l’application en club et même l’évolution des règlements sportifs par les fédérations voire par le législateur qui permettent de préserver l’intégrité physique des pratiquants. L’éducateur sportif doit imposer sans concession le port des équipements de protection individuelle (EPI) et les arrêts médicaux suite à un traumatisme crânien.

Il n’existe pas de traitement curatif au traumatisme crânien.

 

L’encéphalopathie traumatique chronique

Le film biopic "Seul contre tous" raconte la découverte et le combat contre la National Football League (NFL) du neurologue pathologiste américain d'origine nigériane, le docteur Bennet I. Omalu. Ce dernier dénonce les dangers du football américain en mettant au jour des cas d'encéphalopathie traumatique chronique(1) (ETC) parmi les joueurs de la NFL (Omalu & Col. 2005, 2006), parmi lesquels :

  • Mike Webster, ancien joueur des Steelers de Pittsburgh, décédé en 2002 à 50 ans.
  • Justin Strzelczyk, décédé en 2004 à 36 ans
  • Terry Long, décédé (suicide) en 2005 à 45 ans
  • Andre Waters, décédé en 2006 à 44 ans
  • Tom McHale, décédé en 2008 à 45 ans

(1) Encéphalopathie traumatique chronique : Le plus souvent diagnostiquée post mortem, l’ETC est une forme d'affection cérébrale consécutive à une longue pratique sportive ponctuée de nombreuses commotions cérébrales, progressant en maladies neurodégénératives.

 

Les traumatismes crâniens répétés provoquent entre autres :

  • des accumulations de protéines spécifiques dans le cerveau (protéine tau).
  • de multiples foyers des varicosités axonales et de défects axonaux.

Les conséquences observées sont :

  • des troubles des fonctions psychomotrices (tremblements, troubles de la coordination).
  • des troubles des émotions et de l'humeur pouvant aller jusqu’à la dépression et même au suicide.
  • une consommation croissante d’alcool et/ou de drogue.
  • des troubles cognitifs et intellectuels voire de la démence précoce.

Si la démence pugilistique, également appelée encéphalite traumatique des pugilistes, a d’abord été étudiée chez des boxeurs, elle peut ainsi être présente chez des joueurs de football américain, mais aussi de hockey sur glace et depuis peu évoquée en rugby : « Aujourd’hui, le monde du rugby ne peut plus faire l’économie de ces questions. Jadis sport d’évitement, il s’est progressivement transformé en un sport concentrant les affrontements, les percussions, les chocs » Nau (2018).


 

Conclusion

Les valeurs de santé et de bien-être impliquant de préserver et même de développer l’intégrité physique et mentale ne doivent rien céder à la passion et au spectacle.
Bien que, la Fédération Française de Rugby ait mis en place un "Protocole de prise en charge de la commotion cérébrale 2014-2015", le neurochirurgien, doyen honoraire de la faculté de médecine de Clermont-Ferrand, le professeur Jean Chazal  mettait en garde au sujet des chocs violents en rugby : « Un jour, il y aura un mort »  Après le décès du jeune Adrien junior du Rugby Club de Billom, dans le Puy-de-Dôme « mort dans son lit d’une hémorragie à la surface du cerveau dans la nuit qui a suivi un match, d’où il était sorti KO après avoir plaqué un adversaire », Jean Chazal alertait : « Il y aura d’autres morts si ça continue […] et si rien n’est fait… ». En 2018, on dénombrait 4 morts au rugby.
Ceci n’est pas sans rappeler la vague en 2015 de jeunes pratiquants décédés en football américain :

  • Kenney Bui, lycéen de Seattle âgé de 17 ans, suite à un traumatisme crânien en match
  • Ben Hamm, âgé de 16 ans, qui a succombé à un choc à la tête lors d'un match dans l'Oklahoma
  • Tyrell Cameron, âgé de 16 ans, mort des suites d’une blessure au cou en Louisiane

Cinq lycéens sont morts en 2014 au cours d'un match, six en 2013. Le problème ne concerne ainsi et pas seulement la pratique professionnelle.

Dans les clubs amateurs, l’entraîneur joue un rôle préventif déterminant, à la fois par les recommandations et les conseils, mais aussi par les consignes impératives, donc sans concession, sur le port des EPI et la régulation de l’implication physique des joueurs et de leur retour à la pratique après traumatisme crânien.

 

Rachid ZIANE

 

Sources