Un esprit sain dans un corps sain Quels sont les bénéfices d’une pratique régulière d’activité physique pour la santé mentale ?

L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) estime que le manque d’activité physique serait la 4ème cause de mortalité dans le monde, avec près de 60% de la population qui serait sédentaire. Si les conséquences négatives de la sédentarité et les effets bénéfiques de la pratique d’activité physique sur la santé physique sont aujourd’hui bien connus et reconnus, on parle moins des effets de l’activité physique sur la santé mentale. Pourtant, les vertus sont bien réelles. Depuis quelques années, les études scientifiques ont cherché à mieux comprendre ce « feel good effect » (Biddle, Fox & Boutcher, 2000) que nous pouvons ressortir pendant ou après une séance de sport et qui se renforce quand on pratique régulièrement.

Que savons-nous à ce jour des effets de l’activité physique sur le bien-être psychologique ? Un état des lieux des connaissances peut permettre aux structures et aux éducateurs sportifs d’envisager de nouveaux enjeux pour les pratiques qu’ils offrent et encadrent.


L’activité physique, c’est quoi exactement ?

Par « activité physique », nous entendons ici tout mouvement entraînant une dépense énergétique. Il peut donc s’agir de monter des escaliers, de promener son chien, ou encore de faire la vaisselle.

Par « exercice physique », nous entendrons toute pratique permettant d’améliorer la condition physique, comme par exemple les exercices de musculation permettant de développer la force, les courses de fond améliorant l’endurance, ou encore les étirements améliorant la souplesse. Bien entendu, par définition, les exercices physiques font partie de la grande famille des activités physiques, tout comme les sports (pour lesquels la notion de compétition est apportée).

Selon l’Organisation Mondiale pour la Santé, en dessous d’une activité physique équivalente à 30 min de marche par jour ou à 7000 pas, la personne est considérée comme sédentaire.

 

Les risques de la sédentarité pour la santé mentale

Les campagnes de prévention sont le résultat d’études scientifiques menées dans le monde entier. Ainsi, de nombreuses enquêtes faites auprès de dizaines de milliers d’individus ont montré que la sédentarité favorise l’apparition de troubles anxieux (phobies, Troubles Obsessionnels Compulsifs) et de troubles de l’humeur (dépression, bipolarité). L’apparition de ces troubles seraient due à des lacunes d’estime de soi, au manque d’énergie, à la faible qualité du sommeil, à la dépendance sociale, à de mauvaises réactions face aux émotions, mais aussi à des difficultés attentionnelles et mnésiques, toutes liées à la sédentarité. Ces difficultés psycho-affectives fréquentes chez les personnes sédentaires sont à prendre en compte lorsqu’on accueille de nouveaux pratiquants jusqu’à alors sédentaires.

 


CD94/Michael Lumbroso
CD94/Michael Lumbroso

Les bénéfices de l’activité physique pour la santé mentale

Alors que pendant des années, les instances psychiatriques se sont refusées à entendre les arguments en faveur de l’adoption de programmes d’activités physiques à la place ou en complément de traitement médicamenteux, il est aujourd’hui courant de voir émerger des programmes de réadaptation à l’effort pour les populations vulnérables psychologiquement.

Comme évoqué précédemment, l’activité physique protège de l’anxiété. Ici, par « anxiété » nous entendons des sensations d’inquiétude, de stress ou de tension que la plupart des gens peuvent ressentir dans certains moments, mais aussi les troubles anxieux qui persistent dans le temps. Les programmes d’activité physique, qu’ils soient intenses ou non, de courte ou longue durée, montrent une efficacité comparable à celle de certains traitements anxiolytiques pour les problèmes de stress au quotidien. Par l’amélioration des capacités cardio-respiratoires, l’activité physique permettrait ainsi de mieux réguler les signes physiologiques de l’anxiété (fréquence cardiaque et rythme respiratoire) à court terme.
Cependant, lorsqu’il s’agit d’étudier l’effet des programmes d’activité physique auprès de patients diagnostiqués avec un trouble anxieux, aucune étude n’arrive à proposer de conclusion certaine en faveur d’une amélioration des symptômes. Jusqu’alors, il est impossible de savoir comment faire pour aider ces patients par l’activité physique.

De même, l’activité physique protège de la dépression. Ici, par « dépression » nous entendons des sentiments de tristesse, d’isolement ou de dégoût que la plupart des gens peuvent ressentir dans certains moments, mais aussi les troubles de l’humeur qui persistent dans le temps. Les études s’accordent pour dire que les programmes d’activité physique, quels qu’ils soient, ainsi que l’adoption d’un style de vie actif, sont associés à une réduction de l’humeur dépressive au quotidien mais aussi à une meilleure prévention de l’apparition de symptômes liés à la dépression clinique.

De plus, les programmes d’activité physique qui sont proposés aux patients souffrant de troubles de l’humeur permettent une réduction de la symptomatologie dépressive comparable aux psychothérapies et parfois même aux traitements antidépresseurs.

 

Comment l’activité physique agit sur la santé mentale ?

Les effets de l’activité physique sur notre santé mentale s’expliquent d’une part par des mécanismes physiologiques et biochimiques (sécrétion d’hormones et de neuro-transmetteurs, augmentation de la température corporelle, réduction de la tension musculaire et nerveuse…).  D’autre part, sur le plan psychologique, plusieurs explications sont plausibles.

L’activité physique peut agir comme une « distraction » psychologique c’est-à-dire que le temps de la pratique la personne peut se divertir, penser à autre chose, avoir un temps mort vis-à-vis des sources de stress de sa vie quotidienne ou de son activité professionnelle.
De plus, en développant ses qualités physiques et en progressant dans une activité sportive, elle améliore son estime de soi, c’est-à-dire la valeur qu’elle s’accorde, et sa perception de compétence et de maîtrise.
Enfin, la pratique d’activité physique, surtout lorsqu’elle se déroule en association ou en groupes, offre l’occasion d’interactions sociales et peut diminuer le sentiment de solitude. L’encadrant a alors un rôle essentiel à jouer en instaurant un climat agréable au sein du groupe.

 

Des enjeux de santé publique importants

L’éducateur sportif, conscient de ces effets de l’activité physique sur la santé mentale, peut alors considérer les pratiques qu’ils encadrent comme pouvant réellement contribuer au bien-être psychologique de la population. Dans certains contextes particuliers, comme celui du travail, il peut par exemple offrir ses services à des entreprises qui seraient soucieuses de prévenir le burnout et de favoriser le bien-être de ses salariés.

Les effets thérapeutiques de l’activité physique peuvent aussi être recherchés pour les personnes rencontrant des difficultés ou atteintes de pathologies d’ordre mental. Ainsi, les services de psychiatrie mettent de plus en plus en place des programmes d’activité physique adaptés aux pathologies mentales prises en charge. Cet objectif ne peut être atteint sans une collaboration efficace des différents acteurs (médecins, psychologues et éducateurs sportifs).
Des travaux de recherche sont encore nécessaires pour bien comprendre les mécanismes de ces effets de l’activité physique sur la santé mentale. De même, les chercheurs tentent d’identifier les modalités de pratique les plus efficaces en fonction des objectifs recherchés.

Pour les acteurs de terrain, une question mérite aussi d’être posée : Si l’activité physique est bénéfique pour la santé mentale, comment faire pour que les personnes sédentaires s’engagent dans une pratique minimale et durable ? Cette question cruciale sera l’objet de futurs articles dans de prochaines newsletters.

 

Alexis Ruffault Université Paris Descartes et Marjorie Bernier UPEC

 

Références

  • Décamps, G. (2011). Psychologie du sport et de la  santé. Bruxelles, Belgique : De Boeck.
  • Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale (Inserm). (2008). Activité physique : Contextes et effets sur la santé. Paris, France : Éditions Inserm.
  • Martin-Krumm, C. (2016). Psychologie, pédagogie et santé du sportif. Paris, France : Dunod.