Conseil départemental

Vélo à assistance électrique, leurre ou tremplin vers l’activité physique ?

mis à jour le 16/06/2021

Pour le plus grand nombre, le sport loisir, de compétition ou non, les activités physiques de remise en forme ou d’entretien, sont les formes des pratiques essentielles au bien-être et à la santé.
Aussi et parce que le vélo n’est pas que le sport de compétition de haut-niveau, cet article ne traite pas de dopage mécanique de vélos de course professionnelle par moteur et batterie cachée dans le cadre(1, 2).
La question est ici celle des effets sur la santé de l’utilisation de Vélo à Assistance Electrique (VAE) dans le cadre d’une activité physique modérée. En effet, si ses bienfaits sur la santé semblent évidents, ses détracteurs y trouvent également à redire (3).

L’utilisation d’un VAE présente-t-elle un réel intérêt pour la santé ?

Evolution de la demande

Les ventes des vélos neufs en 2020 et 2021 ont explosé, dépassant même les capacités de production. La sensibilisation aux bienfaits de l’activité physique sur la santé (4, 5), à la préservation de l’environnement (6) et les aides financières de l’Etat et des collectivités territoriales dans un contexte sanitaire de confinements successifs, expliqueraient ce « nouvel engouement des Français pour la bicyclette » (7). Ceci concerne également les vélos à assistance électrique (8).

Ainsi, suite à la demande croissante de pratiquer cette activité physique d’extérieur pour le plaisir, pour l’entretien physique ou comme moyen de déplacement, les aides financières ont rendu possible pour un plus grand nombre l’achat de VAE.

Mais, avec un vélo mécanique ou à assistance électrique, la pratique du cyclisme est-elle aussi bénéfique pour la santé ?

Activité physique et santé

Il est maintenant bien connu que la sédentarité, c’est-à-dire l’absence d’activité physique est délétère pour la santé (9).

A l’inverse, la pratique régulière d’une activité physique (10) même d’intensité modérée (11) induit des effets bénéfiques sur la condition physique et le métabolisme (12) et plus généralement sur l’entretien ou le développement du capital santé, sans oublier des effets psychologiques positifs comme l’illustre la figure ci-dessous :


Pour cela, il n’est pas nécessaire de pratiquer une activité physique compétitive avec recherche de performance. Pour certains publics une activité physique d’intensité modérée suffit. Une activité physique est dite d’intensité modérée lorsqu’elle « induit une légère accélération de la fréquence cardiaque et de la respiration et un faible essoufflement, permettant de discuter pendant l’effort » (10).

C’est précisément ce que propose les "promoteurs" de la pratique du vélo à assistance électrique.

Rappels des recommandations de l’OMS (16)

En terme d’activité physique, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) recommande :

Pour les enfants et les adolescents âgés de 5 à 17 ans :

  • « Au moins 60 minutes par jour en moyenne d’activité physique essentiellement aérobique d’intensité modérée à soutenue »
  • « Des activités qui renforcent le système musculaire et l’état osseux »
  • « Une limitation du temps de sédentarité des enfants et les adolescents, et en particulier le temps de loisir passé devant un écran ».

Pour les adultes âgés de 18 à 64 ans :

  • « Au moins 150 à 300 minutes d’activité physique aérobique d’intensité modérée ou au moins 75 à 150 minutes d’activité physique aérobique d’intensité soutenue ou une combinaison équivalente par semaine »
  • « La pratique d’activités de renforcement musculaire d’intensité modérée ou plus soutenue faisant travailler les principaux groupes musculaires deux fois par semaine ou plus ».

Pour les personnes âgées de 65 ans et plus :

  • « Au moins 150 à 300 minutes d’activité physique aérobique d’intensité modérée ou au moins 75 à 150 minutes d’activité physique aérobique d’intensité soutenue ou une combinaison équivalente d’activité physique d’intensité modérée et soutenue par semaine »
  • « La pratique d’activités de renforcement musculaire d’intensité modérée ou plus soutenue faisant travailler les principaux groupes musculaires deux fois par semaine ou plus »
  • « La pratique d’activités physiques variées et à plusieurs composantes qui mettent l’accent sur l’équilibre fonctionnel et des exercices de force d’intensité modérée ou supérieure, trois fois par semaine ou davantage, afin d’améliorer leur capacité fonctionnelle et de prévenir les chutes ».

Pour les adultes âgés de 18 ans et plus souffrant d’affections chroniques :

  • « Au moins 150 à 300 minutes d’activité physique aérobique d’intensité modérée ou au moins 75 à 150 minutes d’activité physique aérobique d’intensité soutenue ou une combinaison équivalente d’activité physique d’intensité modérée et soutenue par semaine »
  • « La pratique des activités de renforcement musculaire d’intensité modérée ou plus soutenue faisant travailler les principaux groupes musculaires deux fois par semaine ou davantage »
  • « La pratique d’activités physiques variées et à plusieurs composantes qui mettent l’accent sur l’équilibre fonctionnel et des exercices de force d’intensité modérée ou supérieure, trois fois par semaine ou davantage, afin d’améliorer leur capacité fonctionnelle et de prévenir les chutes ».

Controverses

Il est admis que "faire du vélo" « C’est excellent pour la santé. C’est l’un des meilleurs efforts qui soit […] Pour le système cardio-vasculaire, c’est fantastique, ça permet d’avoir un cœur qu’on renforce […] et puis c’est un sport qui est sans impact, qu’on peut faire très longtemps […] qui n’est pas usant pour les articulations » (13).

Néanmoins, comparativement à un vélo mécanique et à travail équivalent, l’effort est moins important, l’essoufflement est moindre, tout comme la fréquence cardiaque moyenne et la dépense énergétique comme le constate J.-C. Miniot médecin du sport (13), concluant que « ce n’est pas du sport ».

Cependant, rien n’interdit de réduire l’écart en prolongeant l’effort ou en accélérant, pour sortir de sa zone de confort et ainsi en tirer un meilleur bénéfice pour la santé. D’autant, qu’au-delà de 25 km/h l’assistance électrique se coupe contraignant l’utilisateur à se déplacer par sa seule force sur un engin beaucoup plus lourd qu’un vélo mécanique. Par ailleurs, il est aussi possible de moduler l’intensité de l’assistance électrique y compris en montée voire de ne l’utiliser qu’en cas de grande difficulté.

Même si réglementairement limités à 250watts et 25km/h, différents niveaux d’assistance électrique peuvent être sélectionnés au cours de l’utilisation. Bien que cela dépende des modèles, on trouve en général, trois niveaux d’assistance :

  1. Mode 1 ou "économique"
    L’assistance minimale ajoute 50% de force à celle du pédalage
  2. Mode 2 ou "intermédiaire"
    L’assistance double la force du pédalage, soit 100% de plus.
  3. Mode 3 ou "élevé"
    L’assistance puissante triple la force de pédalage, soit 200% en plus.

Ainsi, plus le niveau d’assistance est élevé, plus il est facile de pédaler, mais au détriment de l’autonomie de la batterie.

Le vélo à assistance électrique : Pour qui ? Pour quoi ? Comment ?

Activité physique portée et non traumatisante pour les articulations, la pratique régulière du vélo à assistance électrique peut être bénéfique pour la santé de plusieurs types de publics :

  • Les sédentaires en reprise d’activité physique qui n’ont pas forcément l’envie ou les capacités de recommencer directement par un vélo mécanique.
  • Pour les personnes aux capacités physiques réduites par une maladie chronique (asthme, obésité, insuffisance cardiaque…), pour lesquelles l’assistance est gage de contrôle de l’effort et de sécurité.
  • Pour les personnes trop âgées pour la pratique du vélo mécanique, pour lesquelles l’assistance électrique permet de prolonger les sorties et de ne pas crainte craindre de ne pas avoir l’énergie pour le retour.

Pour tous ces publics, le vélo à assistance électrique permet de pratiquer une activité physique d’intensité modérée qu’il est éventuellement possible d’augmenter avec progressivité.

Par exemple : après une séance de découverte de l’engin, de son fonctionnement et de ses fonctions sur une dizaine de kilomètres, des sorties à thèmes de distances et de durées croissantes peuvent être planifiées :

  • Rallier des villages ou quartiers avoisinants.
  • Sortie photos à thème (entrées de village, mairie, lavoirs, mairie, églises, couchers de soleil, paysages…).
  • Variations d’allure ou d’intensité par quelques accélérations à une fréquence régulière (en temps, en distance ou en retour à une fréquence cardiaque de récupération).
  • Alternance de sortie plus longues ou de sorties plus rapides.

Stimulant par la liberté qu’il peut permettre de retrouver, cet équipement peut aussi être un tremplin vers la pratique du vélo mécanique voire vers d’autres activités physiques (randonnée, cyclotourisme).

Conclusion

Un usager interrogé dans le cadre de l’émission télé citée en introduction déclarait : « Avec le "vélo électrique" on fait du vélo. C’est que du plaisir. Il n’y a plus besoin de forcer. On peut faire du sport ludique ! ». En effet, rappelons que la recherche de performances sportives n’est pas l’objectif de tous et qu’il n’est pas indispensable aux non-compétiteurs de se pousser constamment à bout pour progresser (14).

Par ailleurs et bien que les effets physiologiques soient moindres qu’avec un vélo mécanique, ce type d’équipement peut être bénéfique pour l’équilibre psychologique permettant de se réconcilier avec l’activité physique voire servir de tremplin vers d’autres activités.

 

Rachid ZIANE

 

Références